Budget des universités : encore un effort !

Les Echos | 21/03/2011 | par Louis Vogel
mardi 22 mars 2011
par  antonin
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Depuis quelques jours, Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’oppose vivement au secrétaire national du PS pour l’enseignement supérieur et la recherche, Bertrand Monthubert.

Selon la ministre, « depuis 2007, les hausses du budget atteignent 22 % pour les universités, 21 % pour l’Inserm [...], 14 % pour le CNRS », « en cinq années à peine, l’université et la recherche françaises auront rattrapé leur retard avec 9 milliards d’euros supplémentaires », les universités toucheront « 270 millions d’intérêts de la dotation de 5 milliards consacrée à l’opération Campus » et la recherche française augmentera considérablement « grâce au triplement du crédit impôt recherche ».

Selon le secrétaire national du PS, « en 2011, le budget du CNRS va baisser », la « situation [des universités] est préoccupante », les « sommes [du plan Campus et du Grand Emprunt] sont faibles une fois ramenées à une dotation annuelle, soit moins de 1 milliard d’euros », et « l’efficacité [du crédit impôt recherche] n’a toujours pas été démontrée ».

Qui croire ? Comment s’y retrouver dans ce dédale de chiffres et d’arguments ?

La Conférence des présidents d’université a analysé objectivement les données disponibles.

La ministre a raison : si l’on inclut le crédit impôt recherche dans le décompte, l’objectif d’accroissement de 9 milliards d’euros est presque atteint. Sur la période 2008-2011, l’enseignement supérieur a bénéficié d’une augmentation de ses crédits sans précédent : + 3,1 milliards. Mais, dans la plupart des cas, l’augmentation de ces crédits n’est pas perceptible (augmentation des charges de personnels) ou ne produira ses effets qu’à moyen ou long terme (opération Campus, partenariats public-privé, dépenses immobilières...). De là, le décalage entre les crédits effectivement perçus par les universités et les montants sur lesquels le ministère communique en additionnant les milliards, y compris ceux de l’emprunt national.

Le secrétaire national du PS n’a pas tort : sur les deux années 2011-2012, les crédits budgétaires stagneront en volume pour l’enseignement supérieur et diminueront pour la recherche. Les crédits de la partie enseignement supérieur augmentent en effet en 2011 de 196 millions d’euros en crédits de paiement, soit une progression de 1,4 %, alors que l’hypothèse d’inflation retenue pour la construction du budget 2011, probablement sous-estimée, s’élève à 1,5 %. En euros constants, les crédits baissent donc légèrement.

Les crédits pour la recherche augmentent de 230 millions d’euros en crédits de paiement. Toutefois, cette augmentation, purement comptable, s’explique par la budgétisation des dividendes d’Areva, directement versés avant 2011 au CEA sans transiter par le budget de l’Etat. A périmètre constant, le budget de la recherche diminue donc de 20 millions d’euros en crédits de paiement.

Le crédit impôt recherche, qui autorise une déduction fiscale de la base de l’impôt sur les sociétés, a explosé depuis sa réforme en 2008 : selon le ministère, il est passé de 1,7 milliard d’euros en 2007 à 5,1 milliards en 2012. Mais il ne rend pas compte de l’effort supplémentaire de recherche de notre pays, puisqu’il est désormais entièrement assis, non sur l’augmentation des dépenses de recherche, mais sur leur volume. Peut-être les entreprises auraient-elles de toute façon procédé à une grande partie de ces dépenses et se contentent-elles, en réalité, de bénéficier d’un effet d’aubaine ?

Malgré les efforts accomplis, indéniables, notre pays n’a pas encore rattrapé son retard : il consacre encore au financement de la recherche, et surtout de l’enseignement supérieur, une part de son PIB plus faible que celle des autres pays de niveau économique comparable. Si nous voulons poursuivre notre développement, affronter la compétition internationale, construire une véritable société de la connaissance et redonner espoir à notre jeunesse, nous devons non seulement continuer notre effort, mais même l’accroître significativement. Dépassons les batailles de chiffres et continuons de moderniser l’enseignement supérieur, mais en y associant de façon plus étroite les universités. L’investissement pour les grands projets ne peut se faire au détriment du fonctionnement actuel de l’université, que le budget 2011 ne couvre pas entièrement. Les grands projets de recherche dans le domaine scientifique ne doivent pas faire oublier que la formation de tous les étudiants demeure l’une de nos missions fondamentales, que l’université se décline sur un territoire et que sa diversité conditionne sa réussite.

Louis Vogel est président de la Conférence des présidents d’université et de l’université Panthéon-Assas


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Illustration : "La dernière pièce" de A I Magnus



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Brèves

Geneviève Fioraso lance à Grenoble ses premières initiatives

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C’est aux terres grenobloises que Geneviève Fioraso, nouvelle ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, a réservé hier [22 mai 2012] sa première sortie officielle en région. Là même où elle a tissé, durant des années, les mailles de l’écosystème innovant grenoblois. (...)

[Extrait] Résoudre la précarité des techniciens de laboratoire

« Malgré le contexte budgétaire difficile, il faut trouver une solution à la situation précaire de certains personnels de techniciens dont l’expertise est indispensable à leur laboratoire. »

Sur le Web : Source : Le Dauphiné

EU: Presidency seeks to expand Erasmus

Tuesday 6 September 2011

UWN | 04 September 2011 | Issue: 187 | Brendan O’Malley

The Polish presidency of the European Union is planning to expand the Erasmus student and staff exchange programme to non-EU countries on its eastern and southern borders.

Barbara Kudrycka, the Polish Minister for Higher Education, said on Tuesday: "We would very much like to see a widening of the Erasmus-scheme to non-EU countries, not only our Eastern neighbors but also for example the ones in the southern neighbourhood. In my view, the best diplomats for countries are students and scientists."

She was speaking at the 22nd European Students’ Convention in the Polish city of Lazy on Tuesday, a four-day event organised by the European Students Union, the umbrella organisation of 45 national unions of students from 38 European countries.

Kudrycka has previously called for all students from Eastern Partnership countries - Armenia, Azerbaijan, Belarus, Georgia, Moldova and Ukraine - to be given the opportunity of studying in EU countries. (...)

La belle perle de Wauquiez

lundi 4 juillet 2011

Wauquiez démarre fort au MESR : la hausse du ticket du CROUS (écrasant le vote du CNESER) et seuls 3 lauréats aux IdEX. Une belle perle au passage lors d’une interview par Philippe Jacquet du Monde :

"Les investissements d’avenir doivent permettre d’aider QUELQUES-UN de nos pôles universitaires à affronter le XXIe siècle et les grandes universités mondiales"

Les autres se débrouilleront seuls ! Plusieurs universités sont déjà dans le rouge malgré la pluie de milliards !

Sur le Web : Lire sur Le Monde

Baroin rabote les opérateurs publics

lundi 13 décembre 2010

Interview de François Baroin, ministre du Budget, par le JDD, 12 décembre 2010

JDD : Le Parlement adoptera cette semaine le budget de l’État pour 2011. Vous devez maintenant mettre en œuvre la rigueur. Quelles seront vos premières décisions ?
Baroin : « Il est très important que l’État commence par montrer l’exemple lui-même. Nous avons engagé la réduction de son train de vie. Je réunis demain les directeurs des 497 opérateurs publics [Pôle emploi, Office national des forêts, Commissariat à l’énergie atomique, musée du Louvre, Météo France…] hors universités, qui doivent pour la première fois en 2011 appliquer les mêmes règles de gestion que l’État. Dès l’an prochain, un départ à la retraite sur deux ne sera pas remplacé. Je propose que leur parc de 17.000 automobiles soit réduit de près de 3.000 véhicules, que leurs achats de fournitures soient progressivement diminués de 10% et que leurs superficies immobilières soient ramenées à 12 m² par agent. Nous leur interdirons par ailleurs de recourir à tout endettement. La rémunération au mérite de leurs dirigeants devra aussi être étendue à toute l’équipe de direction. »

Les laboratoires de recherche "hors universités" devront donc être touchés par la rigueur (CNRS, INSERM, CEA, ...). Ce n’est plus toute l’ESR qui est épargnée par les baisse de budgets mais seulement l’Université.

L’Élysée veut "réduire" les organismes de recherche

jeudi 9 décembre 2010

[Science² |09/12/2010]

Arnold Munnich, le conseiller en sciences de la santé de Nicolas Sarkozy relance l’offensive de l’Élysée contre la recherche publique. Il vient de déclarer,que les organismes de recherche allaient subir « une réduction de leur voilure » et laisser la place aux universités pour conduire la recherche.

Pour ce qui est de réduire la voilure, on sait déjà qu’en 2011 le CNRS va diminuer les dotations aux laboratoires de 11% et sabrer 25 millions d’euros dans les budgets des gros équipements.

(...)

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