Mesdames et messieurs,
Pour soutenir l’économie de la connaissance, nous devons aussi renforcer l’attractivité du doctorat. Car les doctorants sont les forces vives des laboratoires ; ils représentent l’avenir de la recherche bien sûr, mais ils sont aussi des porteurs de projets plus innovants et plus créatifs du seul fait qu’ils sont novices dans leurs domaines, et donc porteurs d’idées nouvelles.
Mais les doctorants devront aussi être les futurs responsables de nos entreprises. Je veux en effet faire du doctorat le diplôme phare de notre système de formation national et européen. L’expérience de recherche acquise à l’occasion d’une thèse est une telle richesse qu’elle doit être mise au service des entreprises, non seulement pour les métiers de l’innovation, mais aussi pour les métiers du management. Les entreprises françaises souffrent aujourd’hui souvent d’un manque de visions nouvelles et de capacités d’adaptation à un contexte toujours plus concurrentiel et mondialisé. Et ce sont justement les compétences des docteurs qui leur donneront les armes pour gagner la bataille mondiale de l’intelligence dans laquelle nous sommes maintenant tous engagés.
Pour convaincre les entreprises de l’intérêt d’embaucher des docteurs, que pouvait-on imaginer de mieux que de leur faire tester leurs compétences ? C’est ce que j’ai fait en créant, l’année dernière, le dispositif des doctorants conseil. Il s’agit de proposer aux doctorants d’assurer des missions de conseil dans les entreprises pour le compte de leurs universités. Cette activité du doctorant est bien évidemment rémunérée par l’université, qui se charge pour sa part, de la commercialisation des missions de conseil. 500 postes de doctorants-conseil ont ainsi été aidés par mon ministère en 2007, et les premières missions ont été un réel succès.
Il arrive aussi que les entreprises aient plus qu’une simple mission à confier à un doctorant, et que la collaboration avec un laboratoire se réalise avec la définition d’un sujet de thèse à part entière. Pour cela, deux dispositifs sont à la disposition des entreprises : soit celles-ci embauchent un doctorant, et l’État les accompagne, ce sont les Contrats industriels de formation par la recherche (CIFRE ), soit les entreprises participent au financement de la thèse pour laquelle l’université embauche le doctorant. Parce que ces collaborations sont particulièrement fructueuses, j’ai voulu leur donner un caractère encore plus attractif, c’est pourquoi j’ai augmenté de 16% le salaire minimum des CIFRE en 2008, le portant ainsi à 2000 € brut par mois. C’est également dans ce cadre que j’ai voulu que le financement de thèse par les entreprises rentre dans le cadre du mécénat et soit défiscalisé à hauteur de 60%, comme le don aux œuvres.
Mais il fallait aussi renforcer l’attractivité du doctorat quand celui-ci se fait au sein même de l’université et d’un organisme de recherche, sans lien direct avec une entreprise ou un mécène particulier. C’est ce que j’ai fait, � la rentrée dernière, avec la réévaluation de 8% du salaire des allocataires de recherche, c’est-à-dire des doctorants embauchés par les universités. Ceux-ci touchent maintenant près de 2000 € brut par mois dès qu’ils assurent, en plus de leurs travaux de recherche, des travaux complémentaires, d’enseignement ou de conseil dans les entreprises.
Et pour renforcer encore l’attractivité du doctorat, j’ai décidé de proposer un nouveau contrat pour les doctorants, plus simple, avec plus de garanties et qui peut s’adapter au cas par cas. Ce nouveau « contrat doctoral » comme il conviendra de le nommer, sera donc un contrat unique pour les universités et les organismes de recherche. Ce contrat sera conclu pour une durée de trois ans, et pourra être prolongé d’un an, pour des raisons particulières liées soit à la thèse soit à la vie personnelle du doctorant comme une maternité ou un congé maladie.
Par ailleurs, le contrat doctoral apportera toutes les garanties sociales d’un vrai contrat de travail, conforme au droit public. En particulier, l’employeur devra proposer au doctorant toutes les formations nécessaires à l’accomplissement de ses missions, que ce soit la préparation de sa thèse ou les activités complémentaires qui lui seront confiées.
Car le contrat doctoral sera un contrat unique, qui pourra prévoir que le doctorant assure des fonctions qui sont le propre même des métiers de la recherche, à savoir la valorisation, les missions de conseil ou d’expertise pour les entreprises ou les collectivités publiques, et bien sûr l’enseignement.
Enfin, le contrat doctoral prévoira que le salaire pourra être négocié, au-dessus d’un minimum, bien sûr, mais sans plafond. Ainsi, les universités et les organismes de recherche pourront être réellement compétitifs pour attirer les meilleurs dans leurs laboratoires, même au niveau de la thèse. De leurs côtés, les jeunes diplômés de master ou les jeunes ingénieurs pourront vraiment s’engager dans une thèse sans devoir renoncer à toute prétention salariale comme c’est le cas aujourd’hui.
Car il faut orienter plus de jeunes ingénieurs vers une première expérience de recherche, avant de rejoindre d’autres métiers, de la production, de la finance ou du management. Il faut aussi donner à la recherche publique les moyens d’attirer les meilleurs de chaque génération, pour que l’excellence scientifique ne soit pas un concept appartenant au passé de l’Europe, mais bien une réalité de son quotidien, aujourd’hui et demain.
Valérie Pécresse



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