Une fuite déficitaire menace de faillite l’université d’Artois : la présidence colmate avec les précaires

samedi 13 novembre 2010
par  antonin
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L’université d’Artois au bord de la faillite envisage de sauver son budget 2011 d’université autonome en annulant ses recrutements ou en précarisant encore plus certains de ses personnels. Le passage à l’autonomie, promesse de liberté et de financement accrus, n’est pas aussi rose que la ministre le claironne partout.

L’université d’Artois risque la faillite en 2011. C’est ce que la direction des affaires financières du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) a annoncé au début du mois de novembre au président de l’université d’Artois (Nord-Pas de Calais). En effet, après calcul de la masse salariale prévue pour l’année 2011, il manque 2 millions d’euros pour rémunérer les salaires des personnels. Ennuyeux car l’année 2011 est justement celle où cette université doit passer aux RCE (Responsabilités et Compétences Élargie) prévue par la LRU lorsqu’une devient en pratique autonome sur sa gestion du personnel. Donc, en clair, l’université d’Artois doit devra se débrouiller toute seule pour trouver une solution à cet épineux problème.

La réaction de l’Université d’Artois ne s’est pas fait attendre. Dès le 8 novembre, c’est-à-dire quatre jours après la réunion au ministère, son président convoque les directeurs de toutes les composantes de l’université (dont l’IUFM du Nord-Pas de Calais). Les faits sont annoncés sans détour. Cependant, la présidence d’Artois n’est pas en reste et envisage plusieurs solutions pour combler ce "trou" dans le budget :

  • Ne pas publier les postes pourtant votés au CA,
  • Prévoir des vacations (payées en heures supplémentaires à 40 euros),
  • Licencier tous les personnels contractuels de l’université d’Artois (IUFM compris) [1],
  • Envisager éventuellement le report à 2012 pour le passage aux RCE.

Annonces faites sans autres commentaires de la part de la présidence d’Artois...

Bien sûr, disons-le sans surprise : le report à 2012 du passage aux RCE est peu probable. Si proche de l’échéance et avec toutes les mesures prises, un rétro pédalage serait trop périlleux à opérer pour l’université. Les autres solutions concernent toutes sans exception les personnels précaires : contractuels, vacataires, candidats en attentes des concours sur les postes ouverts, ... Le rattrapage du manque à gagner se fera sur le dos des précaires ! Remarquez que cela est envisagé à la limite de la légalité. En effet, prévoir de payer les vacations en heures sup à 40€ est indécent sachant que pour des cours magistraux un vacataire doit légalement être rémunéré à hauteur minimale de 61, 05 € [2]. De plus, licencier ou ne pas renouveler les CDD des personnels contractuels [3] en fin d’année entrainera une grande précarité de ces personnes qui auront énormément de difficultés à trouver un autre contrat en cours d’année universitaire et les obligera à une mobilité forcée vers un autre site universitaire.

Il y a tromperie sur la marchandise ! En effet, la LRU et plus particulièrement le passage aux RCE a tout de même été "vendu" pour permettre aux universités de recruter facilement en CDD et en CDI des emplois BIATOSS de catégorie A, ainsi que des enseignants, des chercheurs et des enseignants chercheurs. C’est donc un comble si pour atteindre les RCE, la présidence d’Artois décide de licencier ses contractuels ! En outre, il est informatif de savoir que la présidence n’envisage pas de taper à la porte des collectivités territoriales ou des entreprises privées pour lever des fonds. Faudrait-il y voir une incapacité à trouver des fonds ailleurs que de se serrer la ceinture ? Dans "RCE", l’Université d’Artois est contrainte à prendre ses Responsbilités mais apparemment pêche encore dans ses Compétences.

Ce n’est pas le premier cas de déficit d’une université passant aux RCE. En effet, l’université de Limoges a été confrontée dès 2010 à ce problème de dépense excessives pour sa masse salariale : résultat 1,3 millions d’euros à trouver [4]. Dans ce cas, le ministère a pris à sa charge une partie de déficit et pour compléter des postes ont été reportés à l’année suivante et l’augmentation de l’indice indemnitaire des personnels BIATOSS étalée sur 2 années. On constate donc que le ministère ne lancera plus de bouées de secours pour les universités "victimes" de leur ambition de passer à l’autonomie.

Mais à part cela tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes de la LRU.

Antonin


Illustration : "Water2capes series" par Akos Major


[1] Cette solution n’a pas été confirmée par toutes les sources mais reste tout de même à considérer car elle n’est pas plus ou moins grave que les autres

[2] Lire l’article Taux de rémunération des vacations à l’université, au CNRS et à l’INSERM.

[3] Les CDD des personnels universitaires sont souvent cours donc une partie de ces contrats peuvent tout simplement arriver à échéance

[4] Lire "Le passage aux Responsabilités et compétences élargies ou comment mettre les universités en déficit (Mediapart | 02 Novembre 2010 | par Christophe Pebarthe).



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Brèves

Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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