« Il y a pire que moi. » Cédric a encore ses parents et, surtout, il a un emploi et un salaire : 1 355 euros par mois pour son métier de professeur vacataire. À 33 ans et après dix ans de carrière, il a malgré tout demandé l’aide du centre communal d’action sociale (CCAS) de Maubeuge, en décembre.
Quand il a commencé à travailler, Cédric a fait ce que beaucoup font : il a vécu quelques années chez ses parents et a économisé pour s’acheter une voiture. Il a également souscrit un emprunt pour acheter un appartement, il y a sept ans, suivant les conseils de son père, un conducteur d’engins dans le bâtiment et les travaux publics, aujourd’hui à la retraite.
Tout a augmenté plus vite que son salaire

- Cédric fait partie de ces salariés précaires, dont le salaire ne suffit plus.
- Photo : Didier CRASNAULT
Son emploi, renouvelé chaque année presque systématiquement dans un autre endroit, n’était certes pas un modèle de stabilité mais il lui amenait l’argent qui lui ouvrait les voies de l’indépendance et de l’autonomie. En septembre, il a été nommé à plus de soixante kilomètres de chez lui. Le gasoil, le déjeuner, l’entretien de sa voiture ont fait exploser son petit budget. La mutuelle, l’électricité, le loyer, les impôts locaux... tout a augmenté, plus vite et plus fort que son salaire. Désormais chaque mois, quand tout est réglé, il lui reste vingt euros avec lesquels il doit manger et s’habiller. « Sans mes parents, ce serait impossible. Je n’ai aucun loisir, je ne suis jamais parti en vacances, je ne sors jamais. » En décembre, une amie lui a conseillé d’aller au CCAS. Qui lui a octroyé un chéquier d’accompagnement personnalisé, afin de l’aider à s’acheter de la nourriture et des produits d’hygiène.
« Pour moi, un prof, c’était la sécurité de l’emploi, dit-il. Je ne pensais pas que j’aurais été dans une situation précaire comme ça. Au CCAS, je me sentais mal, j’avais honte, je me disais que j’avais échoué. Je me demandais ce que je faisais là. Je me demande pourquoi je travaille. Ce que vous voyez dans mon appartement, je l’ai eu au fur et à mesure de mes anniversaires. On m’a offert un buffet, un canapé... Si mes parents ne m’aidaient plus, je serais foutu. Et je suis inquiet pour mon travail. Je n’ai plus confiance. » Cédric est en CDD depuis trop longtemps. L’Éducation nationale devrait le titulariser, mais l’époque est au dégraissage, dans le secteur. Il suffit de lui donner une mauvaise note lors d’une inspection et il se retrouvera sans emploi en juillet, malgré son expérience de dix ans et ses bonnes notes antérieures.
Les places sont chères, la précarité gagne même l’Éducation nationale où la sécurité de l’emploi ne concerne que les titulaires.
Il y a trois ans, fatigué d’enchaîner les CDD, Cédric a tenté de quitter l’Éducation nationale. Il dit avoir envoyé trois cents CV. « J’ai eu quatre réponses, négatives. On me disait : "Vous êtes professeur, vous ne savez rien faire d’autre." Si je suis licencié, je suis sans emploi. Mon inspection et une bonne note, c’est ma dernière chance. » Le cas contraire, il s’enfoncera pour de bon dans la précarité.


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