Avec Pécresse, les étudiants vont "étudier plus pour être aidés moins"

jeudi 19 août 2010
par  antonin
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Valérie Pécresse, encore en vacances, médiatise la validation de l’allongement de l’année universitaire à 10 mois (au lieu de 9). En pratique, peu de changements pour un bon nombre d’universités qui l’appliquent déjà. Par contre, la répercussion sur le nombre de versement de bourses étudiantes est loin d’être assurée malgré la promesse du président. L’uniformisation des rythmes universitaires engagée par le "Plan Licence" risque de coûter cher aux étudiants boursiers.

Pécresse annonce en personne le 18 août dernier (sur RTL) que les Conseils d’Administration des universités ont validé à l’unanimité en juillet le passage de 9 à 10 mois de l’année universitaire (de septembre à juin). Pour la ministre, il s’agit de "mieux accompagner les étudiants", "préparer la rentrée", "faire des groupes de niveau", "avoir du tutorat personnalisé", mais aussi de "se caler sur les rentrées universitaires des autres pays".

Du nouveau pour les étudiants ? Non car en pratique une majorité d’université échelonne déjà leur année universitaire de septembre à juin (voire juillet). Les étudiants ont en effet déjà les pieds à l’université dès septembre pour les inscriptions et les semaines de pré-rentrée puis jusqu’à mai-juin pour la fin des examens et les jury. En outre, le tutorat existe depuis un certain temps dans de nombreuses universités.

Reste la fameuse question des bourses ! Un allongement de l’année doit s’accompagner d’un dixième de versement de bourse pour ne pas handicaper sérieusement les élèves boursiers. En mai dernier, interrogée sur le versement de ce dixième mois de bourse, une promesse de Nicolas Sarkozy, Pécresse annonçait que cela sera fait selon l’engagement, ou non, des universités à mettre en place des cursus de dix mois. Elle fait là une grave omission et met en fait en place un prétexte tout trouvé pour le ministère au non respect de la promesse du Président.

Comme nous l’avions relevé dernièrement [1], Pécresse a clairement avoué lors de son audition au sénat le 16 juin dernier que son ministère ne peut actuellement assumer intégralement les bourses étudiantes puisque le taux de paiement n’est qu’à 97% en 2010. Pécresse admet même sans détour être en « impasse budgétaire » sur le paiement des bourses d’une année sur l’autre ! La rentrée universitaire 2010 semble bien catastrophique pour les étudiants : l’effet « crise » qui diminue leurs moyens financiers et ceux de leur parents, une augmentation des frais d ’inscription de 2.1%, le tout additionné d’une augmentation de la dérive des catégories de boursiers [2].

De plus, lors de l’audition de Valérie Pécresse au Sénat, le sénateur Adnot a bien fait remarquer la réduction du budget allouée aux bourses étudiantes pour 2011 (passant de 64 à 44 millions d’euros avec la loi de finance 2011). Cela risque d’être « compliquée pour 2011 », comme le dit Adnot, pour arriver à un taux de paiement décent des étudiants boursiers.

Pécresse s’engage mal dans cette voie de l’allongement à 10 mois de l’année universitaire. Avec le constat que des filières universitaires sont déjà à 10 mois, il serait normal que les bourses des étudiants concernés soient elles aussi étendues à cette durée. Ayons bien en tête que beaucoup d’étudiants ont besoin de la période estivale pour accumuler des finances pour l’année universitaire suivante à travers des petits boulots qui peuvent alors être pleinement profitables car à plein temps.

Sans rectification de la Loi de finance 2011, la promesse de Sarkozy du 10ème mois de bourse ne sera pas tenue. Pécresse le sait mais se garde bien de le dire. Les étudiants vont donc étudier plus longtemps, sans cours supplémentaires, mais seront aidés moins financièrement... Quel progrès !

par Antonin,
Collectif PAPERA


À lire également : "10 mois de cours : impossible de Pierre Dubois sur son blog (20/08/2010).

Illustration : "Le désespéré" par Gustave Courbet (1843-45)




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Brèves

[Sweden] New legislation to help foreign postgraduates stay on

Sunday 27 April

On 1 July this year, new legislation will come into force in Sweden that includes measures which will make it considerably easier for foreign doctoral candidates and students to stay and work in the country after graduating.

An agreement between the outgoing Alliance government and the Swedish Green party will secure a majority vote for the proposal in the parliament. (...) – University World News, by Jan Petter Myklebust, 21 March 2014 Issue No:312

On the Web : Full news here

US : Dwindling tenure posts

vendredi 18 avril

Tenure is dying out at US universities.

The proportion of non-tenure-track and non-tenured faculty posts continues to rise across all US institutions, finds a report by the American Association of University Professors (AAUP) in Washington DC. Losing Focus : The Annual Report on the Economic Status of the Profession, 201314 surveyed 1,159 public and private US institutions and found that the overall proportion of assistant professors in non-tenure-track posts was 23.4 for 201314, compared with 20.8 in 201011. Dwindling tenured and tenure-track posts threaten the ability of scientists to conduct research without interference from funders or administrators, says John Curtis, the report’s lead author and director of research and public policy for the AAUP. - Nature, 508, 277, 09 April 2014

Sur le Web : Read on nature.com

Les coupes budgétaires pèsent sur la recherche académique américaine

jeudi 12 décembre 2013

Aux USA, les répercussions des coupes budgétaires fédérales pour la recherche académique sont bien visibles selon une études récentes :

  • moins de place pour les étudiants dans les labos (stages, doctorat, ...) : - 31% ;
  • moins de CDD à temps partiel : -30% ;
  • moins de postdoctorants : - 24% ;
  • moins de postes fixes dans 22% des cas.

Une recherche académique en récession aux USA...

Étudiants étrangers : la sénatrice Dominique Gillot dépose une proposition de loi visant à améliorer leurs conditions d’accueil et de séjour

vendredi 15 février 2013

« Il n’est (?) ni dans l’intérêt des pays d’origine, ni dans le nôtre, de renvoyer chez eux les étrangers dès la fin de leurs études. Au contraire, c’est après au moins une première expérience professionnelle que ces diplômés pourront, à leur retour chez eux ou à l’international, mettre à profit les compétences acquises en France et en faire la promotion. » Voilà ce qu’écrit Dominique Gillot, sénatrice (PS) du Val d’Oise, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France qu’elle dépose mardi 12 février 2013.

« Droit illimité au séjour » pour les diplômés d’un doctorat français. Dans son article 4, la proposition de loi « crée un droit illimité au séjour en France pour tout diplômé d’un doctorat obtenu en France, à qui la carte ’compétences et talents’ est délivrée sur sa demande ». Il est précisé que « cette disposition a vocation à favoriser les échanges entre les pays d’origine et la France, permettant de développer une coopération économique continue, enrichissante, sans pillage des cerveaux des pays émergents ».

Titularisations loi Sauvadet : du nouveau ?

vendredi 23 novembre 2012
  • Reçu ce jour sur la liste SLR-débats -
    Selon l’AEF (dépêche n° 174978 du 22/11, extraits) :
  • « Le MESR « a obtenu les moyens de créer une voie supplémentaire et réservée d’accès à la fonction publique. En 2013, plus de 2 000 personnes pourront en bénéficier », se réjouit Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, dans un communiqué mercredi 21 novembre 2012, après avoir reçu « les organisations syndicales représentatives dans l’enseignement supérieur et la recherche pour leur annoncer le plan d’action ministériel pour la résorption de l’emploi précaire ». Cette réunion faisait suite au comité technique ministériel du 6 novembre dernier, qui n’avait pas pu se tenir faute de quorum : la CGT, la FSU et FO avaient en effet refusé de siéger pour protester contre les modalités de titularisation des contractuels retenues par le MESR
  • La ministre rappelle que le recensement effectué fait état de 8 400 précaires à ce jour dans les universités et de 1 400 dans les organismes de recherche. Elle se donne « pour objectif de conduire le plan de titularisation en quatre ans ». « En complément, les nouvelles orientations de l’ANR (Agence nationale pour la recherche) vont contribuer à diminuer le flux de nouveaux CDD. En particulier, aucun projet scientifique ne pourra être financé s’il repose à plus de 30 % sur le travail d’agents non titulaires ». »
Sur le Web : Lire la suite sur SLR
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