Nombre de chercheurs ou apprentis chercheurs (notamment en master ou en thèse) sont actuellement démarchés par les Éditions Universitaires Européennes, qui leur proposent une publication gratuite de leurs travaux. Le démarchage se fait à une ampleur telle (parfois via Facebook) qu’on finit par se demander qui sont les Éditions Universitaires Européennes. Ci-dessous un croisement d’informations données par le site d’une association d’étudiants de l’Université de Laval et par Wikipedia,
Il ne s’agit en aucun cas de discréditer tel ou tel travail effectivement publié aux EUE. Il s’agit seulement de relever le fait que les EUE publient sans lire, que cela fait partie de leur modèle managérial, et que ce modèle peut aller, dans une autre filiale du groupe auxquelles elles appartiennent, jusqu’à publier quelques 30 000 livres copié-collé de wikipedia.
1° Du stock de livres au stock d’auteurs
Les EUE sont une filiale du groupe VDM. Celui-ci s’est d’abord spécialisé dans l’édition de travaux universitaires en Anglais, en Allemand et en Français - via différentes filiales. Mais qu’entendre par éditions "universitaires" ?
Les EUE ne disposent d’aucun comité de lecture et ne fournissent aucun travail éditorial. Elles tirent le qualificatif "universitaires" du simple fait de publier des travaux d’étudiants et de docteurs qu’elles ont elles-mêmes démarchés, en épluchant différents sites universitaires, différents registres où apparaissent les masters et les thèses, en cours ou soutenus. Elles se défaussent ainsi de tout travail de lecture critique. Les travaux qui leur sont envoyés sont tout simplement imprimés et reliés sous forme de livre, quelle qu’en soit la qualité : ni relecture, ni quelconque mise en page autre que celle demandée à l’auteur lui-même. Le dit-livre est alors disponible, à un prix très élevé, sur de grandes librairies en ligne comme Amazon, et il est imprimé à la demande. Les usagers d’Amazon ne sont absolument pas avertis qu’il s’agit de travaux parfois estudiantins, et le tour est joué : les EUE ont un livre à leur catalogue et le chercheur est devenu auteur, ISBN et référencement internet à l’appui.
Ces pratiques révèlent bien sûr une crise du livre en sciences humaines : du côté des chercheurs la nécessité de publier ne cesse de croître, ne serait-ce que pour le CV, et du côté des lecteurs potentiels la demande ne cesse de s’effondrer. Dès lors, il semble que le stock d’auteurs en Sciences Humaines soit destiné à se rétrécir toujours davantage , qu’il faille chercher des niches très spécifiques. Pourtant la nécessité institutionnelle de devenir auteur, de "publier sa thèse" est, quant à elle, très forte, très répandue parmi les chercheurs. En réponse à cette demande, les EUE, sous couvert de faciliter la divulgation de travaux universitaires, proposent un schéma managérial original : au lieu de se constituer un nombre restreint et ciblé de titres dont elles vendraient un maximum d’exemplaires, elles choisissent de se constituer un stock maximal d’auteurs (et de titres), authentifiés par un contrat (du reste traditionnel), un référencement internet, un ISBN, et dont elles espèrent vendre au moins un petit nombre de livres.
De fait, au stock d’auteurs et de titres ne correspond bien sûr aucun stock de livres réels : ceux-ci , outre celui qui est offert à l’auteur, sont imprimés à la demande. Par ailleurs la constitution massive et à moindre coût du stock d’auteurs n’entraine que très peu d’investissement préalable : ni relecture, ni critique, tout juste le prix du démarchage, de l’exemplaire offert, d’une infra-structure de communication minimale. Il suffit donc qu’un ou deux proches de l’auteur ou usager d’Amazon en fassent la commande pour que les éditions rentrent dans leur frais : en effet, les tarifs de vente pratiqués par les EUE sont très élevés (entre 100 et 60 euros en début de vente, puis les prix décroissent). Le statut du "livre" ainsi "édité" s’en trouve brouillé et freine des modes de divulgation bien moins onéreux (souvent gratuits) sur des sites scientifiques, mais d’un point de vue institutionnel beaucoup moins valorisants pour leurs auteurs.
Cependant les activités des autres filiales du groupe VDM donnent un résonance particulière, particulièrement grinçante à ce choix de publier, très cher, et sans lire.
2° 30 000 livres à trois
Le groupe VDM a également une filiale "alphascript" qui s’est spécialisée, quant à elle, dans la publication de... copie-collé de Wikipedia. Le trio de choc Frederic P. Miller, Agnes F. Vandome et John McBrewster. apparait ainsi comme l’auteur tricéphale ("sous la direction de ") d’environ..... 30 0000 titres, et oui !
Sur les pages amazon de ces ouvrages, rien sinon les commentaires de clients n’indique que ce sont des copié-collé de wikipedia. Cela n’apparait que dans le livre lui-même. Ces livres sont imprimés à la demande, parfois aux ile Maurice par une filiale du groupe VDM parfois directement par Amazon. On peut se demander si le logiciel qui a permis ainsi l’écriture de 30 0000 livres, ne servira pas à remixer les travaux qui leur ont été confiés, déjà informatisés, sur la base de quelques mots clés. En tout cas, il s’agit de la même stratégie managériale que celle appliquée à la publication de travaux universitaires : la constitution d’un immense stock de titres, cette fois, à partir d’éléments qui n’ont pas été lus, tout juste informatisés , et que quelques impressions à la demande permettront de rentabiliser.
3° Le recrutement éditorial
Ceux qui ont été contactés par les Éditions Universitaires Européennes se demandent peut-être quel est le statut de la personne qui leur a écrit, d’autant, nous l’avons dit que le démarchage semble massif. Une annonce de recrutement en Moldavie de la part d’une autre filiale du groupe "MoreBooks" donne sans doute une idée des relations de travail qui s’y pratiquent ; l’ "acquisition editor" qui dégottera sur internet l’adresse et le sujet de thèse ou de master du futur et heureux "auteur" devra être lui-même diplômé, mais surtout il devra être capable de travailler "under pressure", de respecter les "tight dead lines" et de s’adapter à un "fast moving business environment".
Par Claire Paulian


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