Nicolas Sarkozy a décidé de donner l’exemple au sommet de l’État. Et de serrer la ceinture des ministères. Ainsi, le chef de l’État a rappelé que les cabinets ministériels ne devaient compter que 20 conseillers par ministres et 4 par secrétaires d’État. Ce qui, en fait, n’est qu’un retour à sa recommandation de mai 2007. Entre temps, au gré des remaniements ministériels, les compteurs ont explosé. D’après un rapport de René Dosière publié en décembre, le nombre de conseillers ministériels a augmenté de 21% entre 2007 et 2009, avec 517 conseillers en 2008 contre 626 en 2009. Même inflation pour les salaires de ces petites mains du ministère : la rémunération des contractuels (non fonctionnaire) est de 7.157 euros brut, en hausse de 12,8%, sans compter les primes, en hausse de 20%. Ces conseillers ministériels, contactés par 20minutes.fr, racontent un quotidien certes « grisant » mais « énergivore » et « précaire ».
Sont-ils trop nombreux ?
Dans certains ministères, ça ne fait aucun doute. À l’Écologie, chez Borloo, ils sont 40. Chez http://www.20minutes.fr/thematique/…, à la Santé, ils sont 34, chez Christine Lagarde à Bercy, ils sont 30 et chez Luc Chatel, à l’Éducation, ils sont 29. « Ce sont des ministères très techniques », justifie un « dircab adjoint ». « Oui, parfois, il y en a trop, concède un conseiller travaillant dans une équipe réduite. C’est une question d’égo, ça fait plaisir à certains ministres d’être entouré par beaucoup de conseillers ». Un autre tempère, expliquant que son seul doute porte sur les « conseillers politiques, conseiller ‘auprès de’ », dont la fonction semble « floue ». « Il y a déjà beaucoup de ménage qui a été fait depuis des années, personnellement, je ne sais pas ce que c’est un conseiller occulte », assure un autre ex, parlant de « critiques excessives ». Pas assez. D’après la règle rappelée par Nicolas Sarkozy, le nombre de conseillers devraient fondre à 391 conseillers à la rentrée.
Qui sont-ils ?
Dans près de 9 cas sur 10, ce sont des fonctionnaires, selon une étude de 2007 de l’Ifrap, l’institut français pour la recherche dans les administrations publiques. « Les directeurs de cabinets, les chef de cabinets, les conseillers techniques ont pour la plupart fait (et/ou) Polytechnique, Science-Po, l’ENA, l’ENS, Mines », rapporte l’un. « Ils font partie des grands corps d’État, comme l’Inspection générale des Finances, ou alors ils viennent de la préfectorale ou du Conseil d’État », complète un autre. A côté de cette « élite » cohabitent des contractuels au profil très divers. Très souvent, ils sont conseiller presse et/ou communication du ministre. L’un, interrogé par 20minutes.fr, a été avocat, un autre a pour toute formation un doctorat d’histoire, d’autres ont fait Sciences-Po ou des écoles de communication.
Quelle est leur rémunération ?
C’est évidemment une question tabou. Un simple attaché de presse émarge à 2.500 euros net par mois. Un conseiller presse-communication touche aux alentours de 3.500 ou 4.000 euros. Ça peut monter pour certains jusqu’à 5.000 ou 6.000 euros. Il n’existe pas de grilles de salaires à laquelle se référer, « tout dépend de l’expérience, du réseau et de la négociation », raconte l’un d’entre eux, qui a obtenu un salaire dans la moyenne haute. Plus difficile de connaître le salaire des autres conseillers et des chefs et directeurs de cabinet qui sont pour la plupart fonctionnaires et qui touchent en effet leur traitement normal de leur ministère d’origine, ainsi qu’une prime supplémentaire. Pour les directeurs de cabinets et leurs adjoints, c’est entre 10.000 et 15.000 euros.
Trop payé ou pas assez ?
« Si vous voulez avoir les meilleurs et pas que des fonctionnaires, il faut les payer », attaque un ancien conseiller un peu agacé « par les critiques injustes qu’il entend ». En ces temps de rigueur budgétaire, aucun n’ose se plaindre mais tous insistent sur leur travail « ingrat » pour l’un, « énergivore », « usant physiquement, nerveusement, intellectuellement » pour un autre. Et qui, disent-ils en chœur, impliquent « un sacrifice de la vie sociale et familiale ». « On travaille entre 13 et 15 heures par jour, sept jours sur sept », explique ce conseiller, à l’unisson des autres. « Même à Noël », soupire un ancien « dircab adjoint ». Pas de week-end, peu de vacances, en tout cas beaucoup moins que les cinq semaines dévolues au moins à chaque Français. « On consacre sa vie à son ministre », témoigne un ex-conseiller presse. Tous assurent que leur rémunération n’est rien par rapport au nombre d’heures effectuées et qu’ils gagneraient entre trois et cinq fois plus pour les mêmes fonctions dans le privé. « Avec une qualité de vie autrement plus agréable », précise l’un d’entre eux. « Mes amis dans le privé disent que je suis fou », ajoute-t-il. « Pour beaucoup de gens, 5.000 euros par mois c’est beaucoup, mais peu de gens le feraient vus les sacrifices que cela implique », résume l’un d’entre eux.
Un travail précaire ?
En fait, ça dépend pour qui. Tous sont soumis aux aléas de la vie politique. « Mon ministre saute, je saute dans la minute, c’est un métier précaire par définition », témoigne l’une d’entre elles. Mais pour certains, ces aléas sont moins difficiles à supporter que pour d’autres. Ce directeur adjoint de cabinet issu de l’Inspection général des Finances se sait « privilégié » : il est fonctionnaire donc il ne sera pas au chômage, et en plus, « j’aurais un travail toujours aussi passionnant ». Ce n’est pas le cas des contractuels, qui ne cotisent même pas à une caisse d’assurance chômage. « On n’a pas d’avantages sociaux, on ne peut pas faire de plan de carrière », reprend une autre. Surtout, « c’est un métier sous tension. On peut sauter pour tout ou rien. On n’est pas à l’abri d’une bourde, d’une erreur, d’une phrase mal dite ou mal comprise qui nous coûte notre poste », raconte l’un de ses conseillers presse, fatalement exposé puisque son job consiste à parler aux journalistes.
Mais alors, pourquoi le font-ils ?
Des horaires démentes, une vie privée sacrifiée : les conseillers ministériels sont-ils masochistes ? Eh bien non, il y a bien quelques avantages. Moraux, d’abord, disent-ils « Servir son pays », revient dans la bouche de la plupart d’entre eux, comme un slogan. « Même si ça peut paraître ringard », précise un jeune conseiller. « Voir comment ça se passe de l’intérieur », analyse encore le même. « C’est tellement enrichissant », reprend un conseiller chevronné. « Grisant », même. Et « honorifique » aussi. Mais il ne faut pas s’y tromper, ces jeunes et moins jeunes surdiplômés ou qui jouissent de très bons postes dans l’administration publique y trouvent aussi leur compte en terme professionnel. « Ça booste une carrière car après une telle expérience, vous pouvez tout faire, ça ouvre des portes », explique un autre. « Conseiller dans un cabinet, c’est l’école de la vie, c’est une chance. On bosse sous tension tout le temps en devant se maîtriser », dit l’une.
par Maud Pierron


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