Suite royale, massages : voyage ordinaire aux frais de la Pécresse

Rue89com | 19/07/2010 | par David Servenay
mercredi 21 juillet 2010
par antonin
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Valérie Pécresse a-t-elle abusé de sa position de ministre lors d’un voyage officiel à la facture salée ? Enquête [de Rue89.com]

Un voyage d’affaires à l’étranger, cela coûte toujours très cher. Celui de Valérie Pécresse en Asie en juin 2008 ne fait pas exception. Mais certaines dépenses de la ministre et de son équipage soulèvent des questions. Nous les avons soumises au ministère, sans obtenir toutes les réponses que nous souhaitions.

Dans certains pays comme la Suède, il est très facile, pour tout citoyen, de vérifier les notes de frais des ministres et autres représentants de la collectivité. En France, la transparence est encore un concept « en devenir ».

C’était en juin 2008. À une autre époque… Juste avant la crise économique, un temps où les membres du gouvernement profitaient sans souci des petits et grands privilèges de la République. Les 13 et 15 juin, la ministre Valérie Pécresse représente la France, qui préside le G8 de la Science et de la Technologie, pour une réunion prévue à Okinawa au Japon.

 Crown Suite pour deux nuits : 1 564 euros

Les organisateurs japonais ont prévu de transporter et d’héberger les délégations, sur la base de deux personnes, dans deux chambres ordinaires : la ministre et un « accompagnant », son conseiller diplomatique François Decoster.

Problème : le 13 juin, Valérie Pécresse débarque avec deux autres « accompagnants », un officier de sécurité et le conseiller presse,Jean-Marc Zakhia. Ce dernier confirme :

« Oui, nous étions quatre. Mais c’est normal pour un tel déplacement : l’officier de sécurité en fait toujours partie et deux conseillers, ce n’est pas énorme. »

Les dépenses vont bien être plus élevées que prévu.

La délégation a d’abord besoin de deux chambres supplémentaires, pour deux nuits, dans l’hôtel Okinawa Marriott Resort&Spa : 556 euros

Sans oublier le transport aéroport/hôtel pour les « accompagnants » supplémentaires (voitures et péage) : 452 euros

La ministre, elle, prend plus d’espace que prévu en s’installant dans la Crown Suite (la plus belle) : 1 564 euros les deux nuits.

Commentaire du cabinet de Valérie Pécresse :

« C’est l’ambassade qui s’est occupée du logement et du transport. Madame Pécresse n’a jamais demandé une chambre particulière, ni avant le voyage, ni à son arrivée à l’hôtel. Elle ne s’occupe pas de ce genre de chose. »

 Deux massages pour la suite 1180

Dans les faux frais (348 euros), la facture de l’hôtel fait état d’un « マッサージ ». Comprenez un « massage » et même deux -un chaque jour- au bénéfice de la chambre 1180 (la chambre occupée par Valérie Pécresse), pour un total de 12 600 yens (75 euros). Ainsi qu’un coiffeur/maquilleur pour 10 500 yens (63 euros).

Explication du cabinet :

« Effectivement, ces extras figurent bien sur la facture. Dans le cas d’une dépense personnelle, soit c’est payé directement par la ministre, soit c’est remboursé a posteriori. C’est ce qui s’est passé, elle a remboursé les deux massages et le coiffeur. »

A la question de savoir si Rue89 peut consulter le bordereau de remboursement, le cabinet répond :

« Il faut nous croire sur parole, mais je vous assure, vous vous trompez de client, ce n’est pas du tout son genre : il y a une séparation claire entre les choses. »

L’histoire ne s’arrête pas là. Comme l’a révélé le Canard Enchaîné, l’hôtel d’Okinawa a dû batailler quelques semaines pour se faire payer -via l’office du tourisme japonais-, car personne ne voulait prendre en charge le reliquat de l’escapade : 2 921 euros. Ni les Japonais, ni l’ambassade de France à Tokyo, ni l’ambassade du Japon à Paris, ni même le ministère…

Après quelques allers-retours, la douloureuse a finalement été réglée à l’automne 2008. Question : pourquoi la délégation n’avait-elle pas de quoi payer l’addition ? Simplement parce qu’elle est arrivée au Japon les poches vides.

 Un hélicoptère russe pour visiter la baie d’Halong

La veille, Valérie Pécresse était au Vietnam. Une escale de 24 heures, les 11 et 12 juin, juste après une étape à Singapour, les 10 et 11 juin, où elle a inauguré un cargo du groupe Louis Dreyfus.

Arrivée mercredi soir à Hanoï, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche enchaîne jeudi matin trois rendez-vous protocolaires avec ses homologues, ainsi que l’indique son agenda officiel. Puis plus rien pour l’après-midi.

En fait, comme le raconte Franck Renaud dans son livre « Nos amis les diplomates », elle profite de ce temps libre pour faire une virée en hélicoptère en baie d’Halong. Départ : 12h45, pour trois-quarts d’heure de vol. Retour : 17h45.

Officiellement, il s’agit d’effectuer une visite de terrain consacrée à la biodiversité, avec un spécialiste du sujet… en milieu forestier, pas en milieu marin. Or, les arbres sont rares sur les îlots de la baie d’Halong. La délégation, raconte Franck Renaud, compte une quinzaine de personnes. Entre les deux vols en hélico, l’équipage a surtout profité de la douceur locale pour déguster un plat de fruits de mer sur une jonque.

Ce genre de plaisirs est localement facturé 554 dollars (428 euros) par personne, y compris la location de l’hélicoptère russe de type MI17. Qui a payé la facture ? Réponse du cabinet :

« Je ne vous donnerai pas le coût de ce déplacement qui a été pris en charge par le ministère. Pour l’instant, la ligne “déplacement” est annuelle. Le jour où le détail sera demandé, nous le donnerons. »

Chiche, mais « demandé » par qui ? Pas par nous, visiblement.

par David Servenay


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Commentaires

Brèves

Pécresse fait tomber son masque pour le Sénat

jeudi 17 juin

Commission des Finances du Sénat, 16/06/2010

Valérie Pécresse martèle depuis 3 ans à chaque discours et interview que les universités ont été financièrement dopées depuis son arrivée au ministère (dotation, plan licence, plan campus) et que l’ANR est une manne extraordinaire pour les laboratoires. Cependant, interrogée par les sénateurs sur la multiplicité cacophonique des modes de financement des universités et laboratoires, elle a cette réponse :

« Le plan des investissements d’avenir [le grand emprunt] en flux annuel est de l’ordre de quelques millions d’euros alors que pour les budgets des universités [ressources budgétaires intégrant les salaires], ce sont des milliards d’euros ! », répond la ministre. « Les universités françaises ont besoin de ces autres sources de financement, car elles sont sous-financées. »

Après trois années de mensonges, Pécresse ne peut se permettre de réitérer ses habitudes de communication devant le Sénat. Quel aveux !

Sur le Web : Source

Baisse de recrutement au CRNS dès 2011

jeudi 13 mai

François Fillon a signé hier la lettre de cadrage de la loi de programmation budgétaire 2011-2013. Matignon veut réaliser 6 milliards d’économies sur les dépenses d’intervention de l’État en se fixant un objectif de réduction de 10 % de ses dépenses en trois ans.

Pour y parvenir sont confirmés entre-autre :

  • le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite,
  • la diminution de 1,5 % par an des effectifs des opérateurs comme le CNRS (et Pôle emploi),
  • l’État et les opérateurs doivent réduire de 5 % dès 2011 les dépenses de fonctionnement courantes (10 % d’ici à 2013).

Les concours vont être encore plus joyeux ! Et la vie et les recherches dans les labos va s’améliorer avec tout ça ! Ce n’est même plus de la rigueur, c’est un crime… Et dire qu’on nous avait promis que cela n’arriverait pas pour la recherche !

Source : Les Échos 12/05/2010

Sur le Web : A lire dans les Echos

Encore des changements au cabinet de Pécresse

dimanche 2 mai
  • Jean-Christophe Dantonel, conseiller technique pour les sciences du vivant et les biotechnologies, s’en va.
  • Fabienne chol, la copine de collège de Pécresse, prend de la hauteur en étant propulsée chef de cabinet suite au départ de Larché.
  • Anne-Claire Tyssandier est nommée en qualité d’attachée parlementaire
  • Cécile Delique est nommée en qualité de conseillère technique presse

Départs en masse au MESR

vendredi 16 avril

Après que nous ayons annoncés le 8 avril dernier un Remodelage après défaite, fuite du bateau qui coule ou va couler, dernière ligne droite : ça bouge de partout au MESR, un départ de 5 membres du cabinet de Valérie Pécresse est officialisé aujourd’hui au Journal officiel :

  • Claude Boichot, conseiller chargé de la formation et de l’orientation s’en va à sa demande,
  • Thierry Coulhon, directeur adjoint du cabinet est appelé à d’autres fonctions,
  • Erell Renouard, attachée parlementaire, quitte le cabinet à sa demande,
  • Karen Bornaghi, conseillère presse au cabinet de la ministre, est envoyé sur d’autres fonctions,
  • Fabrice Larché, chef de cabinet, part également.

Les autres changements ne sont pas encore officialisés. Une défaite de Pécresse qui aura eu finalement de grande conséquence sur son cabinet de ministre. Le plus gros remaniement n’est pas dans le gouvernement mais dans les cabinets des ministres !

Remodelage après défaite, fuite du bateau qui coule ou va couler, dernière ligne droite : ça bouge de partout au MESR

jeudi 8 avril

Encore officieux, de nombreux changements au MESR sont prévus dans les jours qui viennent :

Bénédicte Durand reviendrait au cabinet comme directrice adjointe, sur les questions d’enseignement supérieur.

Charline Avenel deviendrait elle aussi directrice de cabinet adjointe, sur la question des moyens.

Bernard Dizambourg rejoindrait quant à lui la ministre comme conseiller spécial, sur les questions d’enseignement supérieur.

Jacques Stern, président de l’ANR (Agence nationale de la recherche), deviendrait lui conseiller auprès de la ministre sur les questions de recherche.

Rolland Jouve, ancien conseiller de Xavier Darcos, François Fillon et Gilles de Robien à l’Éducation, remplacerait Carole Moinard

Karen Bornaghi quitte elle aussi le ministère de l’Enseignement supérieur pour rejoindre le cabinet de Marc-Philippe Daubresse.

Thierry Coulhon rejoindrait l’équipe du commissaire général à l’investissement

En ces temps de rumeurs galopantes, seul le Journal Officiel pourra valider ces bruits de couloir.