
- Les universités doivent intégrer « la culture du résultat »
- © N. TAVERNIER/REA
Après le bac et ses médailles, la méritocratie débarque dans les universités. Un changement qui va concerner les 2,2 millions d’étudiants qui font leur rentrée. Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, a annoncé hier la création d’une prime au mérite de 200 euros par mois pendant leurs trois ans de licence, pour les étudiants ayant eu une mention très bien au bac et dont les parents ne seraient pas imposables. Cette somme sera aussi allouée « pour les 5 % des meilleurs étudiants de licence, ou de BTS ou d’IUT pour leur master ». « L’idée est de récompenser l’effort et le mérite », a précisé la ministre. Après les établissements, ce sont donc les étudiants qui doivent maintenant se montrer méritants. En effet, le sort des universités est déjà soumis au jeu des récompenses:Valérie Pécresse a voulu, hier, doter financièrement les établissements « en fonction des efforts consentis », notamment en termes de projets.
Un modèle à l’américaine.
La ministre ne s’en est jamais cachée, le système américain, qui vise « l’excellence », l’inspire et nos universités doivent à leur tour intégrer « la culture du résultat ». Pour favoriser la naissance d’une élite républicaine et faire jouer l’ascenseur social, elle mise ainsi sur les bourses, qui ont augmenté de 2,5% en 2008 et qui devraient intégrer 50000 jeunes de plus cette année. Le nombre de boursiers passerait ainsi à 550000 et une augmentation serait prévue pour les 100000 étudiants les plus défavorisés. Un dispositif déjà très implanté outre-Atlantique. « Les Etats-Unis ont un réseau de bourses très important et leurs universités sont réputées pour faire émerger les meilleurs, quelles que soient leurs origines sociales et ce en dépit du coût faramineux des études supérieures », nous a expliqué le spécialiste des États-Unis Romain Huret, maître de conférences à l’université Lyon-II. Il tempère : « Encourager l’excellence est bon, mais l’État doit conserver un certain niveau d’investissement public pour que le système reste démocratique en période de récession économique. En effet, il faut éviter que les classes les plus défavorisées ne s’endettent trop lourdement pour financer les études. »
Aux Etats-Unis :
- Entre 2500 et 6000 euros d’aides par élève sont délivrés chaque année dans les universités privées et publiques.
- 30 000 euros : ce sont les frais de scolarité annuels dans les universités privées comme Harvard.
- des étudiants en premier cycle universitaire contractent un emprunt pour poursuivre leurs études.
Contre l’échec en 1er cycle.
Un étudiant sur deux échoue avant la fin de la première année, pour des raisons financières, d’orientation ou de motivation. Pour les inciter à poursuivre leurs études, la ministre a annoncé que 730 millions d’euros seraient débloqués cette année. L’objectif est de diviser par deux d’ici à 2012 l’échec en premier cycle. Pour Jean-Baptiste Prévost, président de l’Unef, la nécessité porte d’abord sur l’adaptation du système à la réussite de tous les étudiants. « Stigmatiser ceux qui échouent est en total décalage avec la réalité et je m’interroge sur ce qui est sous-entendu derrière le terme “étudiants méritants”, précise-t-il. Cela veut-il dire que les autres sont feignants ou velléitaires ? » Il dénonce des « effets d’annonce alors qu’il est bien plus urgent de s’attaquer aux vraies réformes de fond, comme les 900 suppressions de postes dans le budget 2009 ».

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