Un silence consternant de la communauté, des syndicats et des associations de titulaires
Malgré nos communiqués assez lapidaires, « Des précaires de l’ESR au ministère ! » (24/02/2009) et "Le ministère ne connait pas et n’entend pas la précarité de son personnel non titulaire !" (22/04/2009), un silence complet de la communauté a suivi notre rendez-vous ministériel de l’année dernière. Nous relations dans notre premier communiqué que « L’entretien que nous avons eu au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR) avec Pierre-Louis Fagniez, conseiller auprès de Valérie Pécresse, le 24 février dernier, nous a montré le fossé sidérant entre la réalité telle que nous la vivons et l’idée que s’en font les grands pontes du ministère. » . Quelques semaines plus tard, le ministère nous transmettait un rapport consternant, méprisant et souvent hors sujet sur la question de la précarité dans l’ESR. Aucun relai ou échos n’est fait alors dans la communauté de l’ESR malgré notre communiqué diffusé très largement.
Ce silence n’a pas empêché le collectif de se mobiliser en 2009 [4].
Un questionnaire sur la précarité : un « outil » mal utilisé par l’intersyndicale »
Un an après… L’intersyndicale semble découvrir la précarité dans l’ESR publique et se saisie du sujet à travers une initiative locale (Centre Pouchet à Paris) devenue nationale et de son questionnaire établit à partir de témoignages volontaires. Comme nous l’avons déjà dit, ce travail sociologique sérieux est d’un grand intérêt bien que peu surprenant pour le collectif habitué aux faits mis en avant. Cependant, nous sommes plus critiques sur le positionnement de l’intersyndicale comme nous l’avons, dans un premier temps, énoncé par des commentaires sur la conférence de presse du 8 février dernier [5] : méconnaissance du sujet, peu de réalisme sur les moyens d’actions, revendications très limitées, …
Une délégation de l’intersyndicale constituée de 12 personnes a été reçue le 16 février dernier au MESR afin de remettre le rapport final. Dans un communiqué sur ce sujet [6], le collectif PAPERA s’est clairement détaché de cette démarche en ne soutenant pas la délégation avec pour critique majeure la faiblesse de la revendication portée : la titularisation massive des précaires de l’ESR. Avec une absence totale de rapport de force, cette délégation ne pouvait soutenir une telle demande et ne pourra rien obtenir. De plus, le seul rapport leur donnait-il une légitimité sur la question de la précarité ? Nous en doutons.
Résumé des positions et notes de l’intersyndicale lors de la réunion au MESR :
- L’intersyndicale a demandé une réponse concrète du ministère dans les 30 jours.
- La différence de chiffres entre ceux de l’intersyndicale, 45 à 50000 précaires dans l’ESRP, et ceux du ministère, 37000, n’est pas gênante car « [ils sont] du même ordre de grandeur » (sic) et « que c’est sans doute une question de périmètre » relate Patrick Monfort , responsable SNCS-FSU, à la sortie du ministère [7].
- Le MESR, représenté par Philippe Gillet [8], affirme ignorer (ou feint) de ne pas connaître l’existence de prête-noms utilisés pour le paiement de vacataires [9]
- L’intersyndicale s’étonne que le MESR soutienne l’existence d’une stabilité de la précarité depuis deux ans.
- L’intersyndicale demande que les situations illégales soient traitées au plus vite. Impression de fin de non recevoir…
- La demande d’un plan pluriannuel de recrutement est toujours ignorée.
- L’intersyndicale n’obtient ni promesses chiffrées ni calendrier.
MESR :
- Le ministère finalise sa propre enquête sur la « précarité » de laquelle il déduira une "gestion prévisionnelle des postes, discipline par discipline". Donc pas de propositions avant avril.
- Philippe Gillet focalise la question de la précarité sur les chercheurs contractualisés sur des projets ANR [10] mais "qui ne méritent pas le nom de précaires puisque que 95% d’entre eux trouvent "du boulot" à la suite de leur CDD" [11].
- Gel des suppressions de postes de 2010 et 2011 (sans promesse au-delà) .
- Un projet baptisé "horizon de l’emploi scientifique" à recouper avec les priorités de la SNRI (Stratégie Nationale de Recherche et Innovation).
- Préparation des arbitrages budgétaires pour le prochain plan triennal (2011-2013).
- Les éventuelles décisions politiques ne seront prises qu’à partir de juillet.
- Le MESR estime que l’ANR et la LRU (Loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités) sont des piliers contre la précarité dans l’ESRP.
Réponses de l’intersyndicale [7] :
- « On [va] se préparer à un mouvement équivalent à celui de 2009 en 2011 vu l’effet induit ».
- « Il faut faire connaître le rapport ».
- « [Sa] résolution à venir chercher les réponse dans quelques semaines ».
- « [Cela laisse] peu d’espoir d’une amélioration rapide, même pour les situations les plus anormales .
CONCLUSION
La délégation entendue au MESR est mise en situation d’échec. Elle n’a eu aucun contrôle sur la rencontre en se laissant couper toute initiative : pas de date décidée, calendrier établit par le MESR, un piège de la guerre des chiffres tendu par le MESR (dans le lequel l’intersyndical s’est engouffrée [12], … Le ministère impose, avec peu d’opposition, sa vision de qui est précaire et surtout qui ne l’est pas (les contractuels des projets ANR). Nous pouvons imaginer l’absence d’inquiétude du ministère devant une revendication aussi simple et récurrente que la demande d’un plan pluriannuel d’emploi qui est évincée ou ignorée sans grand remous depuis des années.
Le MESR n’a eu qu’a feindre de découvrir le sujet et n’a pas été contraint à prendre position sur la précarité. Le message délivré par le MESR est claire : il revendique ses propres outils de diagnostiques comme seule base de travail et il s’en servira selon son jugement pour ajuster les besoins en postes selon chaque discipline. Cette dernière stratégie permet d’ailleurs d’opposer ces différentes sections entres elles en détournant l’attention du problème de fond de la pénurie planifiée de postes dans l’ESRP. Plus généralement, la question de la précarité dans l’ESRP est reprise et élargie à l’ensemble de l’ESR, publique et privé, afin de discréditer toute revendication « restreinte » à un sous-ensemble. La référence au projet "horizon de l’emploi scientifique" couplé avec la Stratégie Nationale de Recherche et Innovation est dans ce sens un bel exemple de déplacement de la question de fond. Enfin, le MESR indique un premier retour de réponse "pas avant avril" puis des prises de positions et décisions "à partir de juillet". Ce calendrier imposé par le MESR est accepté à tort et par faiblesse par la délégation alors qu’il permet de gérer tranquillement les élections régionales de mars et de traiter une question aussi cruciale que la précarité dans l’ESRP en plein été qui est évidemment une période propice au travail efficace avec le plus grand nombre de collaborateurs. La manœuvre du ministère est un succès face à la délégation de l’intersyndicale peu préparée et peu pugnace.
La précarité est pourtant présentée comme dans une situation urgente par l’intersyndicale. Face à l’ignorance volontaire, voire méprisante, du travail du collectif PAPERA et d’autres collectifs ou associations (à Lyon par exemple) qui luttent contre la précarité dans l’ESR, l’intersyndicale montre que la précarité « mérite » d’être mise en avant et combattue uniquement lorsque les titulaires, les associations de titulaires et l’intersyndicale daignent en parler. Nos communiqués et le rapport du MESR sur la précarité aurait été assez instructifs pour cette délégation qui a fait preuve de crédulité, de manque de préparation et de laxisme face à des réponses du MESR toujours aussi méprisantes envers la précarité.
En constatant le déroulement de la rencontre de l’intersyndicale au ministère, nous suggérons une instrumentalisation de la précarité par l’intersyndicale pour remplir un vide revendicatif du moment ou pour renouveler ces membres par la "jeunesse". Les prochaines semaines nous diront si cela se confirme. Notez bien cependant, la menace d’un mouvement de grogne (grève ?) brandit par l’intersyndicale en... 2011 ! Pas d’erreur possible, l’intersyndicale invente la grève "en décalé" A ce demander qui méprise les précaires plus que l’autre.
La précarité est bien présente dans l’ESRP, insoutenable et grandissante. Le collectif PAPERA ne peut, quoiqu’il arrive, que demander aux précaires de se mobiliser pour l’abolir, porter leur propre parole et partager cette réalité solidairement. La lutte continue !
Le Collectif PAPERA.
Annexe : le communiqué de l’intersyndicale après la rencontre au MESR
À Mesdames et Messieurs les Journalistes :
Communiqué Enseignement Supérieur et Recherche
Après la remise du rapport de l’enquête précarité au Ministère, le faire connaître partout et se mobiliser
Les syndicats de la recherche et de l’enseignement supérieur (ESR) accompagnés des associations SLR et SLU ont porté le 16 février au ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur le rapport sur l’enquête précarité, effectué à la demande de l’Intersyndicale par des professionnels de la recherche et rendu public le 8 février 2010. Ils ont été reçus par le Cabinet de la ministre.
Les organisations syndicales et associatives de l’ESR ont demandé à cette occasion que le ministère s’engage d’ici un mois sur :
- 1) des mesures immédiates pour que les droits des non titulaires soient respectés effectivement
- 2) un plan pluriannuel de créations d’emplois statutaires permettant de résorber la précarité.
Des négociations pourraient alors être programmées pour discuter des modalités concrètes, y compris réglementaires (mesures statutaires, procédures spécifiques, ...) qui seraient nécessaires.
Le ministère ne conteste pas véritablement le chiffre de 50 000 précaires dans l’enseignement supérieur et la recherche publics avancé par l’Intersyndicale - il avance lui-même un chiffre de 37 000 -, ce qu’il conteste c’est la réalité de la précarité ! Pour lui, les chercheurs recrutés grâce aux financements de l’ANR ne sont pas des "précaires", ce sont des non-titulaires avec des contrats dont la durée est liée à celle des projets financés. Les enquêtes menées par l’ANR sur leur devenir à l’issue de leur contrat montrent qu’ils s’insèrent ensuite très bien. Quant aux autres catégories de personnels et aux multiples formes de précarité mises en lumière par l’enquête intersyndicale (ITA, vacataires, chargés de cours, ...), le représentant du cabinet ne semble même pas savoir qu’elles existent. Il ne tarit pas d’éloge sur les bienfaits de l’ANR et de la LRU qui selon lui, aurait évité l’accroissement de la précarité !
Le Ministère n’a pris, lors de cette réunion, aucun engagement. Il propose seulement aux syndicats de discuter courant avril d’un projet baptisé "horizon de l’emploi scientifique" à partir de l’étude qu’il a lui même réalisée sur "l’état des lieux de l’emploi scientifique" et qu’il prévoit de recouper avec les priorités de la SNRI (Stratégie Nationale de Recherche et Innovation). Ce travail est présenté comme une préparation des arbitrages budgétaires pour le prochain plan triennal (2011-2013). Les éventuelles décisions politiques ne seront prises qu’à partir de juillet.
Le Ministère confirme qu’il y aura bien "maintien de l’emploi" dans l’ESR en 2011, et considère comme "très favorable"... qu’il n’y ait pas de nouvelles suppressions d’emplois. La délégation a fait valoir le besoin de dizaines de milliers d’emplois budgétaires supplémentaires pour régulariser les précaires, remédier au sous-encadrement et faire face à l’accroissement des tâches.
Devant le refus d’entendre les demandes de l’Intersyndicale et des personnels, il est indispensable de faire connaître largement le Rapport de l’enquête précarité et ses conclusions ainsi que d’inviter à une mobilisation accrue de tous pour obtenir du ministère les réponses traduisant la prise en compte de ces exigences. Après la remise officielle du Rapport, l’Intersyndicale est résolue à venir chercher ces réponses dans quelques semaines.
Signataires :
FSU (SNESUP, SNCS, SNASUB) - CGT (SNTRS, FERC SUP) - UNSA (Sup’Recherche, SNPTES) - SGEN CFDT Recherche EPST - Sud Recherche EPST - SLR – SLU


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