Budget 2009 : le (la) sinistre de la recherche

Sauvons la recherche | 15 septembre 2008 | par Henri Audier
mardi 16 septembre 2008
par  antonin

La ministre de la recherche, une fois de plus, a réaffirmé à la télévision l’effort considérable que le gouvernement faisait pour la recherche et l’enseignement supérieur : "la recherche et enseignement supérieur constituent la première priorité budgétaire du Gouvernement". Ce dernier vient de publier sur son site "LE BUDGET PLURIANNUEL 2009-2011", à savoir les grandes lignes du budget 2009 et ses prévisions pour les deux années qui suivent. En ce qui concerne nos secteurs, le court texte peut être cité en entier.

"La mission Recherche et enseignement supérieur (23,4 Md€ en LFI 2008) constitue la première priorité budgétaire du Gouvernement. L’ensemble des moyens alloués à cette mission, conformément aux engagements pris dès l’année dernière, sera en augmentation de 1,8 Md€ par an. Cet effort se concrétise à travers des vecteurs de financement adaptés aux différents enjeux :

  • Des crédits budgétaires tout d’abord, en progression de 740 M€ en 2009, de 800 M€ en 2010 et de 900 M€ en 2011 ;
  • Une amélioration des dispositifs fiscaux en faveur de la recherche (le crédit d’impôt recherche notamment) ;
  • Et des financements innovants au service des universités (partenariats public-privé, valorisation des biens immobiliers,...). Cet effort permettra d’accompagner les chantiers engagés par le Gouvernement : autonomie des universités, remise à niveau de l’immobilier, rapprochement entre l’université et les grands établissements publics de recherche et simplification du fonctionnement des unités mixtes de recherche, modernisation du statut des chercheurs et enseignants-chercheurs et dynamisation de la gestion des ressources humaines."

Il faut lire avec attention pour comprendre le niveau d’escroquerie intellectuelle que recèle la propagande gouvernementale, qui a trouvé en V. Pécresse une excellente porte-parole. Partant d’un concept budgétaire ("première priorité budgétaire"), le texte gouvernemental réduit en fait à 740 millions la croissance des crédits budgétisés, par rapport au 1,8 milliards promis par Sarkozy. Or si l’inflation est de 2 % en 2009, maintenir le "pouvoir d’achat" de 23,4 milliards représente déjà 470 millions ; la croissance réelle serait alors de 1,2 %, au mieux (sans annulation ou report de crédits). Cette croissance serait de 0,6 % si l’inflation est à 2,5 % et nulle avec une inflation à 3 %.

Pour atteindre 1,8 milliard promis, il manque la bagatelle de plus d’un milliard. Pour donner l’illusion qu’il tient ses promesses, le gouvernement a additionné des sommes qui ne relève pas du budget de nos secteurs et qu’il ajustera pour que la somme promise soit formellement atteinte. Or il ne maîtrise pas le montant de ces ressources dont on ne connaît pas encore la proposition de répartition. En effet, le gouvernement ne peut prévoir combien les "ressources innovantes" rapporteront. Il sait encore moins si l’effort de recherche des entreprises justifiera un accroissement du crédit d’impôt de plusieurs centaines de millions (le crédit d’impôt rembourse aux entreprises le tiers de leurs dépenses de recherche). La présentation du gouvernement est à la fois mensongère par rapport aux promesses et totalement bidon quant au montage effectué. Au mieux donc, notre budget augmentera comme la croissance du PIB que les experts prévoient beaucoup plus faible en France qu’ailleurs.

Pourtant, pour le financement "recherche académique" (universités et CNRS), la France se classe en seizième position mondiale pour la part du PIB qu’elle y consacre. La gloire ! Entre 2002 et 2006 son financement (en euros constants) a baissé de 2 % d’après l’OCDE. Déjà en 2008, la croissance budgétaire a été quasiment nulle. Contrairement à la propagande de la ministre ("l’ANR a amené deux milliards de plus, les moyens des laboratoires ont augmenté de 25 %"), l’ANR n’a donc apporté aucun argent nouveau, si ce n’est la précarité des jeunes. Son financement vient de la baisse des crédits des organismes et surtout de la baisse du pouvoir d’achat de nos salaires. De ce fait ce sont les chercheurs qui payent indirectement leurs moyens de recherche. Travailler plus pour gagner moins !

Le pire est certainement le fait que les étudiants se détournent du doctorat : précarité plus longue, perspectives de recrutement amoindries par les suppressions de postes, salaires relativement mauvais, absence de perspectives pour nos secteurs.

Quatre milliards de Crédit d’impôt bientôt jetés aux petits oiseaux et aux gros requins, quinze milliards par an engloutis par le "paquet-fiscal", prochainement trois de plus liés à future baisse de la TVA sur la restauration. Faut-il alors s’étonner "qu’il faille économiser" soixante millions en 2009 en supprimant notamment neuf cents emplois publics dans l’enseignement supérieur et la recherche ? La France ne peut avoir comme seule perspective de devenir un grand pays touristique comme les Maldives.


L’article original sur le site


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[Sweden] New legislation to help foreign postgraduates stay on

Sunday 27 April

On 1 July this year, new legislation will come into force in Sweden that includes measures which will make it considerably easier for foreign doctoral candidates and students to stay and work in the country after graduating.

An agreement between the outgoing Alliance government and the Swedish Green party will secure a majority vote for the proposal in the parliament. (...) – University World News, by Jan Petter Myklebust, 21 March 2014 Issue No:312

On the Web : Full news here

US : Dwindling tenure posts

vendredi 18 avril

Tenure is dying out at US universities.

The proportion of non-tenure-track and non-tenured faculty posts continues to rise across all US institutions, finds a report by the American Association of University Professors (AAUP) in Washington DC. Losing Focus : The Annual Report on the Economic Status of the Profession, 201314 surveyed 1,159 public and private US institutions and found that the overall proportion of assistant professors in non-tenure-track posts was 23.4 for 201314, compared with 20.8 in 201011. Dwindling tenured and tenure-track posts threaten the ability of scientists to conduct research without interference from funders or administrators, says John Curtis, the report’s lead author and director of research and public policy for the AAUP. - Nature, 508, 277, 09 April 2014

Sur le Web : Read on nature.com

Les coupes budgétaires pèsent sur la recherche académique américaine

jeudi 12 décembre 2013

Aux USA, les répercussions des coupes budgétaires fédérales pour la recherche académique sont bien visibles selon une études récentes :

  • moins de place pour les étudiants dans les labos (stages, doctorat, ...) : - 31% ;
  • moins de CDD à temps partiel : -30% ;
  • moins de postdoctorants : - 24% ;
  • moins de postes fixes dans 22% des cas.

Une recherche académique en récession aux USA...

Étudiants étrangers : la sénatrice Dominique Gillot dépose une proposition de loi visant à améliorer leurs conditions d’accueil et de séjour

vendredi 15 février 2013

« Il n’est (?) ni dans l’intérêt des pays d’origine, ni dans le nôtre, de renvoyer chez eux les étrangers dès la fin de leurs études. Au contraire, c’est après au moins une première expérience professionnelle que ces diplômés pourront, à leur retour chez eux ou à l’international, mettre à profit les compétences acquises en France et en faire la promotion. » Voilà ce qu’écrit Dominique Gillot, sénatrice (PS) du Val d’Oise, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France qu’elle dépose mardi 12 février 2013.

« Droit illimité au séjour » pour les diplômés d’un doctorat français. Dans son article 4, la proposition de loi « crée un droit illimité au séjour en France pour tout diplômé d’un doctorat obtenu en France, à qui la carte ’compétences et talents’ est délivrée sur sa demande ». Il est précisé que « cette disposition a vocation à favoriser les échanges entre les pays d’origine et la France, permettant de développer une coopération économique continue, enrichissante, sans pillage des cerveaux des pays émergents ».

Titularisations loi Sauvadet : du nouveau ?

vendredi 23 novembre 2012
  • Reçu ce jour sur la liste SLR-débats -
    Selon l’AEF (dépêche n° 174978 du 22/11, extraits) :
  • « Le MESR « a obtenu les moyens de créer une voie supplémentaire et réservée d’accès à la fonction publique. En 2013, plus de 2 000 personnes pourront en bénéficier », se réjouit Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, dans un communiqué mercredi 21 novembre 2012, après avoir reçu « les organisations syndicales représentatives dans l’enseignement supérieur et la recherche pour leur annoncer le plan d’action ministériel pour la résorption de l’emploi précaire ». Cette réunion faisait suite au comité technique ministériel du 6 novembre dernier, qui n’avait pas pu se tenir faute de quorum : la CGT, la FSU et FO avaient en effet refusé de siéger pour protester contre les modalités de titularisation des contractuels retenues par le MESR
  • La ministre rappelle que le recensement effectué fait état de 8 400 précaires à ce jour dans les universités et de 1 400 dans les organismes de recherche. Elle se donne « pour objectif de conduire le plan de titularisation en quatre ans ». « En complément, les nouvelles orientations de l’ANR (Agence nationale pour la recherche) vont contribuer à diminuer le flux de nouveaux CDD. En particulier, aucun projet scientifique ne pourra être financé s’il repose à plus de 30 % sur le travail d’agents non titulaires ». »
Sur le Web : Lire la suite sur SLR
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