Dans les 15 premières villes universitaires françaises, une approche globale du parc de logements étudiants collectifs permet de mettre en exergue la forte carence de ce type de logements. Ainsi, avec seulement 83.000 lits environ dans le secteur public et 62.000 lits environ dans le secteur privé, la demande non satisfaite dans les 15 premières villes françaises atteint près de 842.000 lits (conséquence de cette « indisponibilité » près de 180.000 étudiants éprouvent chaque année de grandes difficultés à trouver un hébergement). 85 % des demandes de logement étudiant sont insatisfaites. Aujourd’hui, la majorité des étudiants travaillent pour pouvoir étudier et le logement est la première source de dépense. Dans certaines régions urbaines, comme en région parisienne, les prix des loyers sont si élevés et les logements universitaires en nombre si restreints qu’ils engendrent une précarisation accrue pour la majorité des étudiants.
1. Logement étudiants public : rapports Ancieux, fanfaronnades de Pécresse et solutions de fortune.
a. Rapports Ancieux et fanfaronnades de Pécresse
En février 2008, le ministère de l’Enseignement supérieur s’était engagé à régler le problème du déficit de logement étudiant public. Il répondait aux préconisations du député UMP Jean-Paul Anciaux, auteur de deux rapports, en 2004 et 2008, sur la crise du logement étudiant. En 2004, le rapport chiffrait la pénurie à 120 000 logements.

- LesEchos
Le plan est mis en œuvre par Valérie Pécresse et Christine Boutin (alors ministre du Logement) se voulait ambitieux : 620 millions d’euros débloqués à l’horizon 2012 et la promesse faite de 5.000 logements construits chaque année (40.000 logements d’ici à 2014), auxquels s’ajouteraient 7.000 réhabilitations. Mais le démarrage fut lent et le retard pris depuis 2004 n’est pas comblé. L’UNEF a d’ailleurs rappelé [2] qu’entre 2004 et 2009, "moins de la moitié des constructions prévues (11.500 au lieu de 25.000) et deux tiers des réhabilitations (23.000 au lieu de 35.000) ont été effectivement réalisées".
Cela n’empêche pas Pécresse de fanfaronner sur les chiffres : « Nous serons cette année à 8 400 réhabilitations, soit 1 400 de plus que prévu, et plus de 3 600 constructions nouvelles. Vingt-cinq résidences universitaires ouvriront en 2009-2010, dont six en Ile-de-France, et ce sont 30 000 chambres nouvelles qui auront été mises à disposition des étudiants depuis trois ans. ». 3807 chambres universitaires seront livrées pour cette année 2009. Une avancée, un investissement certain et une prise de conscience mais ils sont loin des recommandations des rapports Ancieux avec les 120 000 logements manquants énoncés ainsi que de la résorption de la vétusté de certaines cités universitaires. D’ailleurs, le point noir récurrent dans le budget des étudiants étant toujours le logement, il est regrettable et dommageable pour les étudiants que les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) aient décidé une augmentation de leurs tarifs. D’autre part, il faut se rappeler les méthodes peu recommandables et très critiquables de certains CROUS pour procéder à la remise en état de logements universitaires comme ce fut le cas cet été à la cité universitaire d’Antony où des étudiants ont été délogés [3]. Il faut cependant savoir que dans ce cas, le CROUS n’est pas totalement, ou plutôt uniquement responsable puisqu’un arrêté préfectoral, signé le 9 janvier dernier, prévoit le transfert de la gestion et l’entretien des bâtiments du CROUS à la Communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvres (CAHB). Pour Marie-Jo Erhard-Weil, Présidente de l’Association des Amis de la Résidence universitaire d’Antony (AARUA), « la CAHB milite pour une destruction de pavillons pour en reconstruire des nouveaux mais le problème c’est qu’il y aurait moins de chambres, elles seraient plus chères et ainsi, la cité U perdrait sa vocation ». Déjà plusieurs bâtiments ont été détruits pour laisser place à des bureaux. « Les autorités locales veulent avoir un ensemble plus conforme à l’image de la ville » regrette la présidente de l’association, elle-même ancienne pensionnaire de la cité U. [4]
b. Solutions de fortune en cache-misère.
Pour accélérer le processus, les ministères de l’ESR et du Logement ont eu des idées « lumineuses » pour que les étudiants accède au « nec plus ultra » du logement étudiant (caserne réhabilitées, logements préfabriqués, …) ou des solutions très « cache-misère » (collocations intergénérationnelles, habitat dans des préfabriqués, etc.) qui sont censées faire évoluer la situation désastreuse dans laquelle sont plongées les étudiantes en matière de logement. Cependant ces mesures-ci tendent à faire accepter à la population l’immuabilité de la précarité étudiante ainsi que la possibilité de vivre dans des logements de fortunes.
-Réhabilitations de bâtiments de charme : les casernes.
Ces initiatives sont directement issues d’un accord signé en septembre 2008 entre les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Défense (Hervé Morin, ministre de l’époque), qui prévoit de réaffecter d’anciens bâtiments de l’armée, vides du fait de la réforme de la carte militaire, en logements étudiants. D’ici à quelques années, 6.000 étudiants devraient ainsi profiter de cette opération menée dans 15 villes (Paris, Marseille, Metz, Bordeaux,...).
Dans ce cadre, Valérie Pécresse a convié en fanfare les médias Jeudi 27 août pour inaugurer 34 chambres étudiantes rénovées de 18 m² installées dans l’ancienne caserne d’Arras], meublées et équipées d’une cuisinette, pour un loyer de 120 à 140 euros après aides au logement. Quelques 70 logements seront disponibles dès le 1er septembre sur le site de la caserne Jacobins à Limoges. Les travaux ont démarré cette année à Marseille (100 logements), Versailles (75 chambres) et Tours, selon le ministère de l’Enseignement supérieur.
Revenons sur le cas d’Arras où 34 logements représente quasiment 1% des (4.000) étudiants d’Arras. « C’est donc un premier pas dans la bonne direction", s’est félicitée Valérie Pécresse. La propension ridicule de Pécresse à s’autocongratuler et s’autosatisfaire pour moins de 1% de logement est affligeante et pas très encourageante pour les étudiantes qui sont encore actuellement à la recherche d’un logement décent.
Logement modulaires : des solutions de fortune dans tous les sens du terme !
L’accord Morin-Pécresse pour le développement de logements modulaires répond en fait aux deux principaux écueils rencontrés par l’État : le manque de terrains disponibles et les délais de construction surtout incompatibles avec des bouclages de chantiers en phase avec l’agenda de campagne des régionales de 2010 de Pécresse.
En décembre prochain, une centaine d’étudiants du Havre seront logés dans des conteneurs habitables, d’une surface de 27 m² permettant de proposer des loyers modérés (moins de 300 euros). Si le premier essai s’avère concluant, d’autres villes, comme Villetaneuse, pourraient se lancer dans le « conteneur à louer ». Le confort de l’aménagement intérieur des conteneurs est, paraît-il, parfois supérieur aux chambres de certaines cités universitaires, ce qui en dit surtout long sur l’état de ces dernières.
À Compiègne par contre, ce sont des préfabriqués que le CROUS fait construire en toute urgence, regroupés sur trois niveaux, soit 96 logements de 20m² pour 300 euros par mois. Le comble est que le coût de construction de ces préfabriqués, 5,2 millions d’euros, est équivalent à celui de constructions en dur. Un comble !
2. Le logement dans le parc privé.
Neuf étudiants sur dix doivent se tourner vers le privé pour se loger vu l’offre publique très limité en logements collectifs étudiants. Les possibilités vont du système D, parfois officiellement organisé, à la cité U privée hors de prix en passant par le studio individuel.
a. La débrouille.
Les chambres : chez l’habitant au vert, en surveillant gériatrique ou de « fonction ». Débordés par les demandes, de plus en plus de CROUS (Lyon, Nice, Lille, ...) répercutent les étudiants vers des locations de chambres chez les particuliers [5]. Les CROUS diffusent gratuitement les offres des particuliers sur leurs sites Internet. Depuis 2005, une centaine d’agriculteurs propose aux étudiants de loger dans des corps de fermes inutilisés. Baptisée « Campus Vert », l’opération a déjà permis de loger près de 1.300 étudiants dans le Nord-Pas-de-Calais, en Bretagne et en Picardie, pour des logements situés à moins de 20 minutes des campus universitaires.
Autre initiative en devenir, le logement intergénérationnel, qui permet aux personnes âgées de louer des chambres à l’étudiant. En contrepartie d’un prix modéré, celui-ci s’engage alors à assurer une présence auprès de son bailleur. Près de 300 expériences ont déjà été tentées en France. A quand des étudiants hébergés dans des hôpitaux et surveillant les malades ? Justement… c’est pas tout à fait cela mais ça y ressemble : un futur étudiant en BTS « Service Espace rural » au lycée Beaulieu-Lavacant a accepté de surveiller l’internat deux nuits par semaine, et en échange il est nourri et logé par l’établissement. Originaire de Thermes-Magnoac (65), il occupera une chambre dédiée aux surveillants : « un chambre simple, avec un bureau et une salle de bain. » La description peut paraître spartiate mais Nicolas Dragon est bien content de s’enlever « une épine du pied » à 3500€ l’année.
La colocation. La colocation, très prisée dans les pays d’Europe du Nord n’est pratiquée que par 7% des étudiants français (selon la dernière enquête menée, en 2006, par l’Observatoire national de la vie étudiante), faute de bailleurs. Pourtant, le nombre de sites Internet spécialisés dans la mise en relation entre étudiants et propriétaires, ou simplement entre étudiants - un service payant -, a beaucoup augmenté ces dernières années. Benoît Apparu, secrétaire d’État au Logement et à l’Urbanisme, va s’atteler à la colocation afin d’aller plus loin que la loi Boutin (février 2009) qui avait pour objet d’autoriser les sous-locations et les colocations dans le parc HLM [6] en étendant ce dispositif au privé grâce à un système de garanties pour le bailleur en cas de colocation. [7]
b. Le logement individuel
Avec des loyers qui augmentent d’année en année depuis 2000, les plus chers étant situés dans la région parisienne, cette solution est également périlleuse et souffre d’une disparité de tarif de location assez impressionnante. Sans surprise, les académies les plus onéreuses sont Paris, Versailles et Créteil. Ainsi, dans le 3ème arrondissement de la capitale, les loyers sont compris entre 750 et 900 euros alors qu’ils étaient compris entre 470 et 700 euros, l’année précédente. Les loyers parisiens les plus bas cette année débutent à 500 euros (5ème arrondissement), contre 470 euros l’année précédente pour une surface comprise entre 15 et 20m². A Paris, les prix du loyer moyen pour étudiants ont flambé de 10 % en un an. Les garanties exigées par de nombreux propriétaires rendent souvent ces logements eux-mêmes inaccessibles aux étudiants les plus pauvres. Dans l’académie de Versailles, les loyers culminent à 700 euros. Dans l’académie de Créteil, les loyers peuvent atteindre 650 euros. Par contre en province, les étudiants peuvent se loger en déboursant 200 euros environ à Angoulême et à Poitiers.
En province, il est possible de se loger pour 200 euros. Dans l’académie de Caen, l’étudiant pourra même trouver une location à 180 euros, à Saint-Lô.
La solution du logement individuel privé relève souvent du parcours du combattant surtout à Paris où elle demande une certaine dose de courage devant la cohue de la demande et la jungle de l’offre (sujette à l’escroquerie voire l’indécence en regard de la qualité déplorable et des prix prohibitifs demandés).
c. Le logement collectif privé : les résidences privées en plein boom
Le secteur privé loge chaque année 770 000 étudiants mais avec 85% de demandes insatisfaites dans des logements collectifs publics, il y a un potentiel formidable et juteux pour les investissements privés dans une offre locative étudiante. En effet, selon une étude du cabinet CB Richard Ellis, le développement des résidences collectives privées pour les étudiants est LE produit attractif des années à venir : "les perspectives sur le marché du logement étudiant sont très favorables" car favorisées - outre par la pénurie d’offre - par la sécurité d’investissement (les opérateurs assurant l’exploitation de ces résidences estiment les risques d’impayés et de vacance à moins de 2 %) ; la liquidité du placement (le respect des critères de qualité d’implantation et de conception sont les garants d’une bonne rentabilité estimée entre 5,5 % et 7 % en fonction des zones géographiques) ; et un environnement réglementaire incitatif (TVA récupérable). Et l’étude de conclure : "face à l’ajustement des marchés immobiliers, le logement étudiant apparaît comme un produit particulièrement attractif et peu sensible à la conjoncture, et tend à devenir une classe d’actif à part entière." CB Richard Ellis a d’ailleurs développé une cotation des principales villes universitaires afin de déterminer leur potentiel pour l’implantation de résidences collectives privées. Cette cotation prend en compte l’évolution de la population étudiante, le nombre de lits existants dans des résidences privées et publiques et l’impact du plan Campus. [8]
Profitant du désengagement de l’Etat de ces dernières années, de nombreux promoteurs privés (Réside Etudes, Icade, Studelites,...) ont investi le marché du logement étudiant. Au global, ces structures proposent maintenant 120.000 places réparties sur l’ensemble du territoire. « Sur les cinq dernières années, elles sont à l’origine de la création de près de 20.000 places. C’est un mouvement très dynamique », relève Vincent Dupy, président de l’Association pour le développement économique du logement étudiant (Adele), spécialiste du logement étudiant. Une formule souvent destinée à rassurer les parents anxieux puisque nombre de résidences privées assurent le ménage des chambres et le nettoyage du linge. Du coup, la location est coûteuse : entre 500 à 800 euros par mois en région parisienne, selon l’Adele, et entre 400 et 550 en province.
Vendues clés en main, les résidences étudiantes n’ont aucun mal à trouver des investisseurs, le prix de chaque lot n’étant pas excessif. Ainsi, à Villeurbanne, il aura fallu à peine quatre mois pour vendre 146 appartements. Aujourd’hui, cette offre est évaluée à 30 % du parc global. Néanmoins, l’offre privée reste mal répartie. Ainsi, Grenoble compte 27 résidences quand Lyon en accueille 105.
3. Quand y’en a marre... : jeudi Noir occupe un immeuble de 1800 m² à Paris.
Depuis le samedi 22 août 2009, le collectif Jeudi Noir occupe un immeuble de 1 800 m² à Paris, près de Bastille, au 14 passage de la Bonne graine (11ème). Ce bâtiment, vide depuis plusieurs années, appartenait à La Poste, avant d’être racheté récemment par la société ADOMA. Quinze jeunes mal-logés aventureux (jeunes actifs précaires ou étudiants désargentés) se sont installés dans cet ancien immeuble de logements, constitué de près de 60 chambres.
La ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse "a rameuté la presse du monde entier pour inaugurer l’occupation de 30 logements dans une caserne vide d’Arras la semaine dernière", ironise l’association dans un communiqué. "Jeudi Noir fait deux fois mieux dès aujourd’hui en plein centre de Paris !". [9]
Devant cet aperçu de la situation du logement étudiant en cette rentrée universitaire 2009, on ne peut que constater à nouveau, et à regret, l’attitude du gouvernement. Des efforts certes sont faits mais insuffisants pour revenir vers une situation acceptable et en adéquation avec la réalité catastrophique du logement pour les étudiants. Cette incapacité chronique àproposer une offre publique d’hébergement suffisante ne cache-t’elle pas l’opportunité offerte aux investissements très juteux du secteur privé et ainsi masquer un désengagement de l’état dans ce domaine à l’image de fameux plan « Campus » qui malgré les annonces régulière de millions mis sur la table par l’État cache bien une autre triste réalité : la main mise de l’immobilier privé sur l’Université. A moins de considérer plus simplement (naïvement…) que ce n’est que l’ignorance du ministère de l’ESR à mettre en cause, à l’image de la ministre en place qui annonce tranquillement sur les ondes de France info (07/09/09) et sans complexe que l’offre de logement étudiants doit augmenter car il faut que tous les étudiants puissent prendre leur autonomie (sic) par rapport à leurs parents… De qui se moque t’on ? Des journalistes en premier lieu il est certain surtout qu’ils ne réagissent absolument pas à cet argumentaire fallacieux. Puis il s’agit quasiment d’une insulte à tous les étudiants qui sont forcés de quitter le foyer parentale car leur choix disciplinaires les obligent à intégrer une université, un IUT, ... loin de chez eux disposant de l’enseignement adéquate (la spécialisation des Universités pour des disciplines est en marche depuis longtemps). Cela concerne 40% des étudiants. Les autres restent chez leurs parents par simple peur d’être autonomes ? Non Madame la ministre, cela est simplement dû au fait que beaucoup n’ont pas financièrement le choix !
Illustration de l’article : La Cité des Livres par Schuiten


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