« Le doctorat, diplôme phare »

Les Échos | 28/05/2009
jeudi 11 juin 2009
par antonin
12 votes

Partout dans le monde, le doctorat est le diplôme de référence, rappelle Martine Pretceille. Et la thèse est l’occasion d’acquérir des compétences qui seront précieuses bien au-delà de la recherche.

A quoi attribuer cet intérêt accru des entreprises pour les chercheurs et les docteurs ?

De plus en plus, en effet, les entreprises s’intéressent aux docteurs et les recrutent. C’est un phénomène récent, qui a débuté en France il y a deux ou trois ans. Plusieurs facteurs ont joué. D’abord, la mondialisation : dans la plupart des pays, le diplôme de référence est le PhD ou le doctorat, alors qu’en France on a longtemps privilégié le master et le titre d’ingénieur. Si l’on veut bien figurer dans la compétition internationale, il faut miser sur le doctorat. C’est le diplôme phare. D’où la volonté du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche d’inscrire la France dans cette logique. Jusqu’à présent, les docteurs étaient des anonymes sociaux et économiques. Ensuite, l’innovation est le moteur de l’économie. Pour innover, les grands groupes et les PME doivent donc miser sur la recherche et l’innovation. Et la crise constitue une raison supplémentaire pour innover. Enfin, troisième facteur, l’économie a changé de nature : nous sommes entrés dans l’ère de l’immatériel, des usages et des services associés au produit. Il faut donc aller chercher, au-delà des technologies, ces services et ces usages nouveaux. Ce qui, au passage, redonne toute leur place aux sciences humaines et sociales dans l’entreprise.

Comment cela se traduit-il dans le monde académique ? Comment s’adapte-t-il à cette nouvelle donne ?

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Martine Pretceille

Un tournant majeur a été la création des écoles doctorales, qui sont le regroupement de plusieurs laboratoires d’une même discipline ou de disciplines différentes. Ces écoles ne dispensent pas seulement une formation scientifique : elles ouvrent la formation doctorale àla culture de l’entreprise et au management. Elles comprennent aussi un volet dédié à l’insertion professionnelle des docteurs.

Les débouchés que procure la formation doctorale ont-ils évolué ?

Chacun voit bien aujourd’hui qu’un doctorat peut conduire à la recherche publique et à l’enseignement supérieur, ou bien à la recherche privée et à la R&D en entreprise, mais aussi à bien d’autres carrières que la recherche. Car la recherche permet de développer des compétences qui peuvent être utilisées dans de nombreux domaines : dans les ressources humaines, le marketing, etc. Elle permet d’innover sur de nombreux points, d’avoir une approche créative. Une PME, par exemple, pourra recruter un docteur qui va renouveler l’ensemble de ses process.

Au plan intellectuel, qu’apporte au juste l’expérience de la recherche ? Permet-elle d’acquérir une tournure d’esprit spécifique ?

Au plan cognitif, la recherche constitue un apport incomparable. Au cours des trois années de doctorat, le jeune chercheur réalise un saut intellectuel considérable. C’est une expérience totale, qui n’a rien à voir avec tout ce qu’il a pu faire auparavant. Il y développe sa personnalité, il y acquiert de la curiosité, de l’ouverture, de la créativité, le sens de l’argumentation, une certaine impertinence (dans le bon sens du terme)… Et même de l’audace - il en faut pour soutenir une hypothèse inédite, différente des idées en vigueur jusque-là, face à tous les experts nationaux et internationaux… On y apprend à sortir des sentiers battus, à tous les niveaux. Et toutes ces compétences sont précieuses dans une foule de domaines. Nos entreprises, notre société ont besoin de ces compétences. C’est pourquoi je suis convaincue qu’il faut attirer les meilleurs esprits vers la recherche. C’est d’ailleurs ce que sont en train de faire les plus grandes écoles d’ingénieurs. L’avenir dépend de la capacité d’innover et le doctorat est une des réponses. La crise n’y changera rien, au contraire.

PROPOS RECUEILLIS PAR J.-C. L., Les Échos

(*) L’ABG se donne pour mission de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes docteurs dans l’entreprise.


L’article sur le site des Echos

Le titre de cet article "doctorat, diplôme phare", cela ne vous rappelle rien ? C’est une expression qui revient presque à chaque fois que vous interrogez Pécresse au sujet du doctorat et notamment dans son discours de présentation du nouveau contrat doctoral unique. On dirait que Pécresse a trouvé un nouveau porte-parole pour sa propagande !

Plus sérieusement, cette dame se garde bien de parler de l’attrait outrancier, de longue date en France, pour les fortes têtes "couronnées" des grandes écoles qui raflent très souvent les postes. Cependant s’il faut "attirer les meilleurs esprits vers la recherche", on constate que cette dame est comme la ministre plus convaincue que la réponse se trouve dans les écoles d’ingénieurs… comme si l’Université n’était pas un vivier des "meilleurs esprits" !

La nouvelle Université de Pécresse est censée nous sortir de l’ "anonymat social et économique" (dixit MP) qui était réservé aux docteurs… Vous y croyez ? Pour y arriver mieux vaut sortir alors d’une grande école, d’une école d’ingénieur ou d’accepter les cours d’entrepreneuriat ou de management des Écoles doctorales. Mais à quoi bon : où en sera la qualité générale des doctorats quand les doctorants auront soit sacrifiés du temps sur leur thèse (très courte comme l’impose de plus en plus le ministère) à apprendre des notions de management soit auront un cursus trop généraliste par rapport à celui de l’université (comme c’est le cas des grandes écoles qui préparent très mal à un travail de doctorat) ? Il est vrai qu’à l’image des grandes écoles, ce n’est pas la qualité qui compte pour fixer le niveau d’étude obtenu mais les réseaux de valorisation et de copinage par les anciens qui cooptent les promos suivantes.

Illustration de l’article : Schuiten, Le Naufrage



Commentaires

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mardi 1er juin 2010 à 15h38, par  KAROUI
Je ne suis pas sûr que cela soit vrai ; il est de plus en plus reconnu sur le plan des activités liées à la recherche et à l’expérimentation car les cibles d’embauche renvoient à des domaines de compétences approuvées et de nature hautement qualifiée, mais le recrutement reste néanmoins aléatoire et dicté par un arbitrage tout à fait classique, celui des anciennes pistes dont le cv édulcoré par l’expérience de trois ans ou cinq ans, le réseau habituel des contacts et des intérêts entre groupes et privilèges du partenariat, telles les prérogatives infinies et parfois arbitraires, car la garantie d’une audition n’est pas infaillible. Souvent pour ces postes clés certaines éthnies sont exclues et les dossiers ne sont pas examinés de la même façon. Les administrations demandent des cadres et des applicateurs et non pas des techniciens doués de capacités d’analyse et d’observation. Le choix sur un cv n’est pas un idéal et n’est pas convaincant. Car au final on se trouve devant un nombre assez large de candidats ayant les mêmes compétences. De ce fait le doctorat comme diplôme phare ne le sera pas ainsi dans la réalité.

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Brèves

Le doctorat victime de la LRU : le contrat doctoral sabré à l’université de Corte

lundi 19 avril

Dans l’article "Après la grève de 2009, où en est le mouvement ?" écrit par Sandrine Ordan (Corse matin | 19/04/2010), un témoignage provenant de l’université de Corte montre une des premières réalités sur le contrat doctoral :

(…) Quant aux contrats doctoraux, c’est le problème de l’accès au plus haut niveau des études dans le supérieur qui se pose. Désormais, les étudiants en contrat doctoral bénéficient des mêmes avantages que les autres salariés, mais le nombre de bourses accordées à ces jeunes a été divisé par deux : « Nous sommes passés de 14 à 7 contrats doctoraux. Or, sans cette aide, il est presque impossible de faire sa thèse en trois ans, sauf à avoir une famille qui puisse tout assumer d’un point de vue financier, ce qui reste rare », souligne Esteban Saldana de la Ghjuventù paolina.

Baisse de 50% de financement de doctorat ! PAPERA avait mis en garde que cela arrivera… Juger le contrat doctoral en dissociant celui-ci de l’application de la LRU est problématique. La preuve : les budgets du doctorat sont sabrés à Corte ! Rappel : l’université de Corte est autonome depuis le 01/01/2009.

Rapport CIR 2010 : l’incitation de l’emploi des docteurs est un échec cuisant !

vendredi 16 avril

Le dernier rapport bilan sur le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) remis aux parlementaires en mars 2010 (consultation et téléchargement ici) fait un bilan pitoyable sur l’incitation de l’embauche de docteurs en CDI par le CIR. Après un rappel très rapide de cette mesure, seuls quelques chiffres sont présentés mais ils sont parlant :

  • l’embauche des docteurs ne représentes que 0.3% des dépenses en CIR,
  • seules 434 entreprises y ont eu recours,
  • 70% des entreprises interrogées ont répondus que cette mesure ne les incitent pas à embaucher des docteurs.

Cela nous ramène à notre article de décembre dernier "La chute de l’emploi des docteurs continue : le CIR mis en situation indiscutable d’échec". Ce rapport conforte nos conclusions : le CIR est un échec pour l’emploi des docteurs !

Comment... se réveiller et user de l’enfumoir !

jeudi 10 décembre 2009

Derrière un titre ronronnant "Pour un manifeste des sciences humaines et sociales", dix présidents d’Université "se réveillent" comme par miracle… pour sauver les apparences devant leurs personnels et leurs étudiants ? Amadouer l’opinion ?

[…]
Comment éviter que le contrat doctoral ne conduise à un formatage desséchant des thèses dont certains PhD américains donnent l’exemple peu convaincant ?

C’est une blague de TRÈS mauvais goût messieurs les présidents ! Vous étiez où lors de la bataille contre le CDU ? Vous manquez de doctorants contractuels cette année ??

D’autres "comment … ?" tout aussi démagogiques :
"Comment faire entendre que la recherche en sciences humaines se fait dans des équipes souvent sans murs, dans des réseaux, des participations croisées ? Comment éviter que les masters concours ne conduisent à la disparition pure et simple des secteurs disciplinaires entiers et de la formation à la recherche des étudiants ? Comment accueillir mieux des étudiants d’origines de plus en plus variées ? Bref, comment faire pour que nos universités restent ce qu’elles ont toujours été : un lieu d’inventivité et de promotion sociale."

Le reste est à lire sur le site de Mediapart :