Facs : vend vrais-faux diplômes à l’export

Bakchich.info | 20 mai 2009
dimanche 7 juin 2009
par  JonL

Des milliers d’étudiants angoissent pour l’obtention de leurs diplômes et examens. Qu’ils se rassurent, il existe des moyens de les avoir à coup sûr. Enquête sur les faux-vrais diplômes à l’université, et à l’export.

Révélée il y a quelques semaines par Le Monde, l’affaire des faux diplômes délivrés par l’université de Toulon à des étudiants chinois a jeté un froid dans la communauté universitaire. On apprenait ainsi, selon l’enquête en cours au parquet de Marseille, que moyennant de coquettes sommes d’argent, certains étudiants de l’Empire du milieu obtenaient leurs diplômes parfois sans même parler le Français. Aussitôt, le ministère était monté au créneau pour dénoncer ces éventuelles dérives mais aussi et surtout pour circonscrire l’incendie. « Il n’est pas question qu’il puisse y avoir en France le moindre soupçon sur la valeur de nos diplômes  » affirmait ainsi Valérie Pécresse.

Pourtant, comme le rapporte un enseignant d’une petite université du sud de la France : « Toulon, C’est l’arbre qui cache la forêt ».

 Faux diplômes et vraie diplomatie

Certes, le cas de Toulon est sans doute, en partie, exceptionnel en ce qu’il semble relever d’un système d’organisation quasi mafieux mais la pratique consistant à monnayer des diplômes à des étudiants étrangers pour renflouer les caisses des universités voire pour permettre à certains professeurs d’améliorer leur ordinaire par des petits arrangements est lui très répandu selon plusieurs témoignages recueillis par Bakchich. Clermont1, Pau, La Rochelle, Poitiers… Autant de facs où ces combines ont prospéré et sur lesquelles les autorités de tutelles ont pudiquement décidé de fermer les yeux.

Au départ, rien que des bonnes intentions. Pour survivre dans un contexte de concurrence généralisée entre les facs, en France mais aussi à l’international, les petites facs ont multiplié les partenariats avec des universités étrangères. « Avec 270 universités partenaires dans 52 pays du monde, l’Université de Poitiers met en place une politique résolument tournée vers l’international » annonce ainsi fièrement la modeste fac de Poitiers sur son site. De Kiev à Shanghai en passant par Madagascar, ces facs ont déployé une belle énergie à tisser des relations avec les universités du monde entier. Et pas par pur amour des échanges entre les peuples.

« Nous savons bien que ces partenariats ont pour unique but de rapporter de l’argent », tranche une enseignante désabusée de Poitiers. Comment ? « D’abord parce qu’avec la LRU, dite d’autonomie des universités, plus vous avez d’étudiants, plus vous recevez de subventions du ministère », explique-t-elle. « C’est donc un moyen très simple de remplir nos amphis alors que nos effectifs ne cessent de dégringoler » renchérit un collègue de la fac de La Rochelle. « De plus, souligne la prof de Poitiers, ce sont des étudiants qui ne sont pas habitués à payer 300 euros de frais de scolarité pour obtenir un Master mais plutôt 8000 à 10 000 euros ». Il serait donc dommage de ne pas les faire passer à la caisse, par un biais ou par un autre. Et c’est là que le grand n’importe quoi commence.

 Petit tour des combines

Officiellement, l’université envoie un collectif d’enseignants sur place pour délivrer des diplômes délocalisés. Ceux-ci doivent avoir la même valeur et donc le même contenu que ceux délivrés sur place. Sauf qu’en pratique, les choses se passent rarement comme cela. « Pour des raisons de coûts, nous dit-on, il ne peut pas y avoir de jury sur place. Un seul enseignant est envoyé et a l’entière main mise sur ce diplôme, indique un enseignant de gestion. Les conventions ne sont, comme par hasard, jamais détaillées. Résultat, on me demande de valider des diplômes sur lesquels j’ai de sérieux doutes et pour des étudiants que je n’ai jamais vu ». Pour se faire rémunérer en échange de ces diplômes très largement octroyés, ces émissaires mettent parfois en place des montages financiers douteux. « On s’appuie sur un réseau d’associations locales pour compléter les frais officiels de scolarité » avoue benoîtement un enseignant du centre de la France. En Asie, un responsable de ces diplômes avait même monté une société bidon où travaillait sa femme, laquelle n’avait à priori aucune compétence en marketing, la matière enseignée.

 « Un vrai marché de l’Éducation »

« Ce système est en train de se généraliser pour la bonne raison qu’il y a un vrai marché de l’éducation et que les diplômes français restent prisés », s’inquiète un enseignant de La Rochelle qui rapporte, quand même, que dans son université des voix se sont élevées pour moraliser le système. Récemment, l’ordre des experts-comptables s’est également ému auprès du ministère, de la délocalisation des "Masters comptabilité" au Maroc. Il leur avait semblé étonnant que ces comptables, embauchés à bac+5, ne sachent pas écrire une ligne en français. Le ministère qui a déjà présenté l’an dernier une charte de bonne conduite en matière de délocalisation de diplômes, avec le succès que l’on sait, planche actuellement sur un label qualité. On respire : tout est sous contrôle.

« Le problème c’est que ce système arrange tout le monde », explique un enseignant « dans les villes moyennes, les universités font vivre l’économie locale ; les élus n’ont aucun intérêt à ce que ce type d’affaires sorte ». Force est de constater que les rapports des cours des comptes régionales qui pointent depuis quelques années d’étranges dysfonctionnements sont généralement enterrés. La presse locale, embarrassée, fait mine de ne rien voir. « Au ministère, on a l’impression qu’ils se disent : on ferme les yeux et vous acceptez notre réforme ». Pour cet autre enseignant, ce système a trouvé à la fac un terreau favorable parce « l’université est pauvre, que c’est est un milieu très individualiste où les mécanismes de gouvernance et de contrôle des activités de chacun est très faible ». 


par Lucie Delaporte de Backchich.info


L’article original sur Bakchich.info

P.S. de PAPERA : C’est vrai que les étudiants étrangers ont de nombreux avantages : ils paient sans rechigner et se révoltent moins...
Vive la LRU où tout est bon pour combler le manque de finances... Au diable le sens de l’éthique quand le nombre d’étudiants fictifs ou non détermine le budget des universités LRUisées. Il faut garder en tête également qu’un étudiant fantôme, étranger ou non, qui empoche un diplôme "pochette surprise" coûte pour l’instant encore plus qu’il ne rapporte... enfin pour le contribuable en tout cas.



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Brèves

[Sweden] New legislation to help foreign postgraduates stay on

Sunday 27 April

On 1 July this year, new legislation will come into force in Sweden that includes measures which will make it considerably easier for foreign doctoral candidates and students to stay and work in the country after graduating.

An agreement between the outgoing Alliance government and the Swedish Green party will secure a majority vote for the proposal in the parliament. (...) – University World News, by Jan Petter Myklebust, 21 March 2014 Issue No:312

On the Web : Full news here

US : Dwindling tenure posts

vendredi 18 avril

Tenure is dying out at US universities.

The proportion of non-tenure-track and non-tenured faculty posts continues to rise across all US institutions, finds a report by the American Association of University Professors (AAUP) in Washington DC. Losing Focus : The Annual Report on the Economic Status of the Profession, 201314 surveyed 1,159 public and private US institutions and found that the overall proportion of assistant professors in non-tenure-track posts was 23.4 for 201314, compared with 20.8 in 201011. Dwindling tenured and tenure-track posts threaten the ability of scientists to conduct research without interference from funders or administrators, says John Curtis, the report’s lead author and director of research and public policy for the AAUP. - Nature, 508, 277, 09 April 2014

Sur le Web : Read on nature.com

Les coupes budgétaires pèsent sur la recherche académique américaine

jeudi 12 décembre 2013

Aux USA, les répercussions des coupes budgétaires fédérales pour la recherche académique sont bien visibles selon une études récentes :

  • moins de place pour les étudiants dans les labos (stages, doctorat, ...) : - 31% ;
  • moins de CDD à temps partiel : -30% ;
  • moins de postdoctorants : - 24% ;
  • moins de postes fixes dans 22% des cas.

Une recherche académique en récession aux USA...

Étudiants étrangers : la sénatrice Dominique Gillot dépose une proposition de loi visant à améliorer leurs conditions d’accueil et de séjour

vendredi 15 février 2013

« Il n’est (?) ni dans l’intérêt des pays d’origine, ni dans le nôtre, de renvoyer chez eux les étrangers dès la fin de leurs études. Au contraire, c’est après au moins une première expérience professionnelle que ces diplômés pourront, à leur retour chez eux ou à l’international, mettre à profit les compétences acquises en France et en faire la promotion. » Voilà ce qu’écrit Dominique Gillot, sénatrice (PS) du Val d’Oise, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France qu’elle dépose mardi 12 février 2013.

« Droit illimité au séjour » pour les diplômés d’un doctorat français. Dans son article 4, la proposition de loi « crée un droit illimité au séjour en France pour tout diplômé d’un doctorat obtenu en France, à qui la carte ’compétences et talents’ est délivrée sur sa demande ». Il est précisé que « cette disposition a vocation à favoriser les échanges entre les pays d’origine et la France, permettant de développer une coopération économique continue, enrichissante, sans pillage des cerveaux des pays émergents ».

Titularisations loi Sauvadet : du nouveau ?

vendredi 23 novembre 2012
  • Reçu ce jour sur la liste SLR-débats -
    Selon l’AEF (dépêche n° 174978 du 22/11, extraits) :
  • « Le MESR « a obtenu les moyens de créer une voie supplémentaire et réservée d’accès à la fonction publique. En 2013, plus de 2 000 personnes pourront en bénéficier », se réjouit Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, dans un communiqué mercredi 21 novembre 2012, après avoir reçu « les organisations syndicales représentatives dans l’enseignement supérieur et la recherche pour leur annoncer le plan d’action ministériel pour la résorption de l’emploi précaire ». Cette réunion faisait suite au comité technique ministériel du 6 novembre dernier, qui n’avait pas pu se tenir faute de quorum : la CGT, la FSU et FO avaient en effet refusé de siéger pour protester contre les modalités de titularisation des contractuels retenues par le MESR
  • La ministre rappelle que le recensement effectué fait état de 8 400 précaires à ce jour dans les universités et de 1 400 dans les organismes de recherche. Elle se donne « pour objectif de conduire le plan de titularisation en quatre ans ». « En complément, les nouvelles orientations de l’ANR (Agence nationale pour la recherche) vont contribuer à diminuer le flux de nouveaux CDD. En particulier, aucun projet scientifique ne pourra être financé s’il repose à plus de 30 % sur le travail d’agents non titulaires ». »
Sur le Web : Lire la suite sur SLR
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