Depuis quelque temps, il courait une rumeur inquiétante concernant les doctorants de Sciences-Po Paris. De derniers développements viennent l’étayer : les thésards devront, à partir de l’année 2009-2010, soutenir en 3 ans et pas un an de plus. Les doctorants actuels doivent en catastrophe achever leur travail, une logique qui confine à l’absurde si l’on considère le temps nécessaire dans certaines disciplines (plus de 5 ans). Ce "déstockage" (le mot a été employé) renvoie à une conception particulièrement utilitariste et irrespectueuse des fondamentaux de la recherche. Hélas, hélas, hélas... http://ecoledoctorale.sciences-po.fr/
De concert à cette mise en demeure (évoquée avec un historien célèbre qui avait bien du mal à y croire...), une violente campagne de dénigrement de certaines disciplines voire des étudiants du premier cycle se développe dans les médias de masse. Axel Kahn livre ainsi ses impressions à "Télérama" (n°3097, semaine du 23 au 29 mai 2009, p.21-23, p.24) ses impressions :
- "Les étudiants qui se retrouvent en droit, sociologie et psychologie [en 1ère année] sont souvent en difficulté culturelle, sociale, économique. Ils sont fragiles, leur taux d’échec en licence est de loin le plus important"...
- "Valérie Pécresse est une femme de droite, intelligente et ambitieuse, qui aime profondément l’université à sa manière et qui s’est battue contre ses collègues sur cette mesure stupide de diminution des postes. Je suis démocrate, on vit avec un gouvernement de droite, Valérie Pécresse était et est toujours une interlocutrice avec laquelle on peut échanger des avis, être en accord ou pas, et elle restera une ministre de l’Enseignement et de la Recherche qui m’aura laissé une vive impression"...
- "Et puis un enseignant-chercheur, à bac +9, commence à 1800 euros par mois. Derrière la revendication vertueuse de l’autonomie, il y aussi la demande du maintien de ce compromis historique : vous nous payez mal, on est mal considérés mais vous nous fichiez la paix ; vous allez continuer à mal nous payer, alors laissez-nous tranquilles"...
- "Georges Molinié, éminent collègue, a choisi une position assez confortable qui est de ne pas être menacé par le mouvement en le précédant toujours, en étant un des plus radicaux. Quel que soit le jugement sur les réformes, il y a une réalité que personne ne peut nier, c’est qu’il y a plus malheureux et plus fragiles que les enseignants-chercheurs, ce sont les étudiants. Face à eux, les enseignants-chercheurs devraient agir comme les hospitaliers avec leurs malades : ne rien faire à leur détriment. Je ne comprends pas qu’un enseignant-chercheur puisse imaginer faire perdre une année d’études alors que c’est si précieux, surtout lorsqu’on connaît la situation sociale de beaucoup. C’est pour moi un vrai clivage moral".
Quelques passages très revigorants qui, je l’espère, donneront un "second souffle" à notre mouvement.


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