Enseignement supérieur : quelques positions difficiles à tenir.

vendredi 22 mai 2009
par  condorcet
3 votes

Deux évolutions préoccupantes ont retenu notre attention :
1/ L’obligation faite aux doctorants de l’IEP Paris de boucler leur thèse dans les trois ans impartis.
2/ La stigmatisation des étudiants de première année, censés avoir choisi l’université par défaut.

Depuis quelque temps, il courait une rumeur inquiétante concernant les doctorants de Sciences-Po Paris. De derniers développements viennent l’étayer : les thésards devront, à partir de l’année 2009-2010, soutenir en 3 ans et pas un an de plus. Les doctorants actuels doivent en catastrophe achever leur travail, une logique qui confine à l’absurde si l’on considère le temps nécessaire dans certaines disciplines (plus de 5 ans). Ce "déstockage" (le mot a été employé) renvoie à une conception particulièrement utilitariste et irrespectueuse des fondamentaux de la recherche. Hélas, hélas, hélas... http://ecoledoctorale.sciences-po.fr/

De concert à cette mise en demeure (évoquée avec un historien célèbre qui avait bien du mal à y croire...), une violente campagne de dénigrement de certaines disciplines voire des étudiants du premier cycle se développe dans les médias de masse. Axel Kahn livre ainsi ses impressions à "Télérama" (n°3097, semaine du 23 au 29 mai 2009, p.21-23, p.24) ses impressions :

  • "Les étudiants qui se retrouvent en droit, sociologie et psychologie [en 1ère année] sont souvent en difficulté culturelle, sociale, économique. Ils sont fragiles, leur taux d’échec en licence est de loin le plus important"...
  • "Valérie Pécresse est une femme de droite, intelligente et ambitieuse, qui aime profondément l’université à sa manière et qui s’est battue contre ses collègues sur cette mesure stupide de diminution des postes. Je suis démocrate, on vit avec un gouvernement de droite, Valérie Pécresse était et est toujours une interlocutrice avec laquelle on peut échanger des avis, être en accord ou pas, et elle restera une ministre de l’Enseignement et de la Recherche qui m’aura laissé une vive impression"...
  • "Et puis un enseignant-chercheur, à bac +9, commence à 1800 euros par mois. Derrière la revendication vertueuse de l’autonomie, il y aussi la demande du maintien de ce compromis historique : vous nous payez mal, on est mal considérés mais vous nous fichiez la paix ; vous allez continuer à mal nous payer, alors laissez-nous tranquilles"...
  • "Georges Molinié, éminent collègue, a choisi une position assez confortable qui est de ne pas être menacé par le mouvement en le précédant toujours, en étant un des plus radicaux. Quel que soit le jugement sur les réformes, il y a une réalité que personne ne peut nier, c’est qu’il y a plus malheureux et plus fragiles que les enseignants-chercheurs, ce sont les étudiants. Face à eux, les enseignants-chercheurs devraient agir comme les hospitaliers avec leurs malades : ne rien faire à leur détriment. Je ne comprends pas qu’un enseignant-chercheur puisse imaginer faire perdre une année d’études alors que c’est si précieux, surtout lorsqu’on connaît la situation sociale de beaucoup. C’est pour moi un vrai clivage moral".

Quelques passages très revigorants qui, je l’espère, donneront un "second souffle" à notre mouvement.


L’entretien d’Axel Khan à écouter de vive-voix pour y croire sur le podcast de télérama.fr. [Antonin, membre de PAPERA]



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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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