La plupart des mandarins du labo empruntent aux archétypes suivants. Par exemple une configuration courante : Un mandarin partagera habilement son temps comme suit : 5 % tyran du labo, 95 % je m’en foutiste pour s’assurer une carrière pas brillante mais pleine de gratifications symboliques et de repos bien mérité. Ensuite la globalisation aidant, certains mandarins fonctionnent en local (à l’échelle d’une fac ou d’un département, d’autres en national et d’autres en international).
"ne rien faire, ou si peu… vivement la retraite."
Il ne gère pas vraiment, il n’est pas vraiment là, on se demande pourquoi la structure tourne encore. En général il a généralement reçu le commandement d’un mandarin tyran qui refusait de voir son labo lui survivre. Il s’est généralement allié � un tyran ou un réseau de mandarins faisant la loi dans sa discipline.
En apparence, Il ne fait rien, ne signe rien, attend tranquillement la retraite. Au fond, extrêmement pragmatique et froid, il ne perd jamais son temps mais son activité (scientifique et administrative) minimaliste suffit à le rendre intouchable. Il peut lui arriver de s’intéresser au travail d’un étudiant précaire le temps de s’assurer une publication. Il ne dédaigne pas les colloques internationaux si ils se déroulent dans un pays chaud avec des plages, sinon il préfère y envoyer ses doctorants.
Extérieurement, il ne voit rien, n’entend rien, ne sait rien et les précaires s’épanouissent autour lui sans qu’il s’en rende (vraiment) compte. La résistance contre lui se heurte au barrage de l’inertie (réelle ou feinte).
Ce type de mandarin est unanimement détesté par les tyrans en herbe (qui trépignent), par ses étudiants qui peinent à terminer leurs thèses, par les administratifs qui n’ont jamais les documents de roulements et les informations adéquates. Beaucoup d’autres se contentent d’attendre benoitement qu’il passe… Il reste généralement en place de nombreuses années décourageant les vocations et épuisant les meilleurs volontés autour de lui. Il laisse en général la structure en déliquescence, prête à accueillir un politicien ou un tyran libérateur à visée nationale ou internationale.
le tyran du labo et d’une communauté scientifique
"la loi c’est moi, je vais te griller"
Il vise généralement les plus hautes distinctions du milieu, rien n’est assez bon pour lui. Le Nobel ne serait que justice mais pour ça tu vas trimer. Tout le monde le craint omniscient et omnipotent, il a relu "le Prince" et sait diviser pour régner. Il emploiera toutes les ruses, il connait le prénom de tes gosses mais n’hésitera pas à te virer si tu n’es pas suffisamment docile.
Les précaires sous son règne vivent un enfer quotidien, aucune vacance, aucune vie sociale, même après la thèse c’est encore la thèse ; ce type de tyran adore les contrats ANR bien qu’il préfère les CDD de six mois.
Ce type de mandarin passe souvent pour un grand scientifique, il ne reste pas forcément en place, tentant de s’emparer de structures aux moyens toujours plus conséquents et au personnel toujours plus soumis. La résistance contre ce type de mandarin se heurte inévitablement a un tir de barrage administratif (placard, licenciement) et psychologique (harcèlement). Il dirige la/les "meilleures" revues scientifiques et il siège partout, notamment le CNU et l’AERES. Cela lui donne de nombreux moyens de pression sur les autres.
"Je connais très bien untel et j’ai des amis dans sa commission"
La science ou l’enseignement sont des activités très secondaires, qu’il laisse généralement aux moins gradés tacherons et autres précaires. Exception faite des séminaires et colloques de prestiges qu’il assumera volontiers pour son auto-promotion. Il mène une carrière consistant à s’élever dans la hiérarchie, pour cela il développe un réseau d’arrangement bien compris avec d’autres mandarins ou postulants mandarins. Il cumule les postes et les places dans toutes les organisations possibles, il entretient un réseau d’amis toujours prêts à rendre service à plus gros et plus fort. Il ne fera rien gratuitement pour un plus faible que lui. Il fait souvent de la politique et possède ses cartes syndicales. Si un lobby se constitue, il doit se situer par rapport à lui et essaie souvent de se placer en position arbitrale. Il ne manque jamais de mettre en avant ses réussites (financements obtenus, publications prestigieuses) réelles ou bien fictives.
Actuellement, il profite au maximum des "réformes", qu’il soit pour ou contre ; cela n’a pas d’importance puisque les mouvement lui permet d’avancer ses pions et de se mettre lui même en avant. Ce genre de mandarin ne reste jamais très longtemps en place, il s’entoure des gens des plus prévisibles pour ne pas être trahi, il s’entoure de séides mais veut travailler au pilotage ministériel, voire obtenir mairie ou bien députation. Il recherche avant tout les gratifications sociales et personnelles.
"on peux se tutoyer, j’ai fait 68 moi, coco, vous êtes jeunes, vous verrez vous aussi, plus tard… "
Il a fait Mai 68 (ou presque), alors il est viscéralement de gauche, même si son portefeuille reste à droite. Il ne comprend pas qu’on puisse le désigner comme mandarin puisque "sa génération" les a mis dehors. Il ne comprend pas que l’on puisse se plaindre puisqu’on a choisi de faire ce qu’on fait et que lui aussi en son jeune temps à souffert. Il ne comprend pas qu’on puisse faire une thèse puisque lui dirige l’unité sans en avoir une. Il fait souvent partie de ces vacataires titularisés par Giscard ou par Miterrand et ne comprend pas que ses compétences puissent êtres remises en cause au vu de sa faible activité scientifique.
Très répandu en sciences sociales ce type de mandarin travaille souvent sur les défavorisés de tout poils (prostitués, sans papiers, femmes, ouvrier, sdf). Pour autant il ignore (ou feint d’ignorer) les défavorisés qui composent ses équipes et qui effectuent le travail qu’il supervise (de très loin) et signe (la plupart du temps). C’est souvent un professionnel du contournement administratif et des arrangements ponctuels entres amis. Généralement les docteurs qui parviennent à sortir de son giron sans faire une dépression le détestent cordialement et lui déplore souvent ce manque patent de reconnaissance.
Le séide ou le second
"un jour je serais Vizir à la place du Vizir…"
Le séide est un mandarin de peu de pouvoir, local en général, il agit dans l’ombre d’un puissant et attend son heure pour devenir au choix un tyran, un politicien ou un je-m’en-foutiste.
Il est généralement dans une situation complexe, à la fois exploité par un tyran (à qui il sert de marche pied et de petit chef), un politicien (dont il sert d’émissaire et de tâcheron), ou un je-m’en-foutiste (dont il sert de secrétaire, et d’agent d’ambiance). Il exploite à son tour les précaires de toutes sortes. Il tient volontiers des discours sur la précarité stimulante à ces chefs, sur l’excellence et l’élitisme à ses subalternes, tout en pratiquant de manière éhontée et bien à l’abri les passe-droits et le népotisme… Il apprécie secrètement le turn-over permanent car il lui permet de justifier les retards et de se décharger sur les nouveaux arrivants dociles et prêts à faire leurs preuves.
Voici une ébauche de typologie, à vous de la compléter/critiquer/commenter ou bien de balancer votre propre mandarin à vous.


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