Mathieu, 32 ans, devenu autoentrepreneur pour être professeur précaire à l’université

Le Monde | 26/04/2017 | par Enora Ollivier
lundi 29 mai 2017
par  antonin

Chargé de cours à l’université de Toulouse, ce professeur d’histoire antique dit coûter quatre fois moins cher qu’un titulaire.

Dans quelques mois, si tout va bien, les élèves de Matthieu Soler connaîtront une soudaine cure de jouvence. Le jeune homme n’est pourtant pas magicien, il serait même plutôt désenchanté. Fini les cours d’histoire antique qu’il dispensait à l’université de Toulouse depuis huit ans, il aura probablement à la rentrée 2017 des enfants en face de lui. A condition, bien sûr, de décrocher le concours de professeur des écoles, dont les épreuves écrites se déroulent à la fin d’avril.

« Ce n’est pas tout à fait la même chose que ce que je faisais jusqu’à maintenant », euphémise-t-il. Il ne se plaint pas cependant, car, à 32 ans, après trois ans de CDD en tant que doctorant, et cinq années de vacations, M. Soler devrait occuper son premier poste stable d’enseignant. Donner des cours à l’université : l’idée revêt un certain prestige. Mais dans les amphithéâtres, ce vernis recouvre une réalité diverse et, parfois, une vraie précarité.

Lunettes sages sur le nez, l’homme raconte en détail comment les facultés fonctionnent avec plusieurs catégories d’enseignants : des titulaires, des contrats à durée déterminée, mais aussi, comme lui, des chargés de cours — « le bas du panier des précaires de l’enseignement supérieur ». Ces professeurs sont rémunérés en « heures complémentaires ». Le système permet de faire venir à l’université des personnes qui occupent une autre activité — des chefs d’entreprise ou des enseignants du secondaire, par exemple — pour des heures ponctuelles devant les étudiants. Mais il sert aussi à compenser les manques, voire à remplacer des postes à plein temps. C’est le cas de Matthieu Soler : ces cinq dernières années, il a donné entre cent vingt et trois cent cinquante heures de cours annuelles, quand un titulaire en dispense cent quatre-vingt-douze.

 Un statut qui n’est qu’une vitrine

Le jeune homme s’est déclaré autoentrepreneur pour pouvoir bénéficier du système. Le statut n’est, dans son cas, qu’une vitrine — « normalement on est censés justifier d’un revenu lié à d’autres activités, mais j’ai toujours rendu des fiches de l’Urssaf marquant que je touchais zéro euro » —, mais la combine lui permet de prétendre à ces heures en tant que chef de sa propre entreprise.

Pour les chargés de cours, chaque heure de travaux dirigés est payée pas loin de 41 euros brut, 33 euros net, pour un maximum fixé à cent quatre-vingt-sept heures par an et par université. C’est certes « relativement confortable », comme le souligne lui-même le jeune enseignant, mais il faut ajouter « la préparation des cours, les corrections de copies, les surveillances de partiels, les oraux à faire passer ». Autant d’heures qui, elles, ne sont pas rémunérées.

Il a fait le calcul : « En mettant à plat toutes ces tâches, je dois toucher entre 8 et 9 euros de l’heure, en net. » Une année, le jeune homme a accumulé quelque trois cent cinquante heures en travaillant dans deux établissements, à Toulouse et à Albi (Tarn). « J’étais alors monté à 12 000 euros, 1 000 euros net par mois », le tout « en faisant le travail de deux titulaires. En gros, on coûte quatre fois moins cher qu’un titulaire ». Les paiements, eux, ne se font que deux fois par an, en mars et en juillet. De ce fait, précise-t-il non sans un sourire, « c’est ma femme qui subvient aux besoins ».

 Un collectif pour dénoncer cette précarité

Matthieu Soler reconnaît être « un cas limite » : « Peu de gens font autant d’heures que moi », assure-t-il, bien que cela devienne selon lui « de moins en moins rare », car « il y a une augmentation du nombre d’étudiants et une baisse du nombre de postes ». Combien sont-ils comme lui à enseigner avec ce statut ? Difficile de répondre à cette question, les enseignants vacataires ne sont pas comptabilisés dans les statistiques.

A Toulouse-Jean-Jaurès, comme dans d’autres universités, un collectif s’est constitué pour dénoncer cette précarité. Il demande notamment que les vacataires soient comptabilisés, que les paiements soient plus réguliers, que davantage de tâches soient rémunérées et que soit créée une charte de déontologie, de manière à éviter toute forme de pression sur les chargés de cours.

Alors que sa carrière universitaire touche à sa fin, Matthieu Soler dit quitter la faculté sans amertume : « Si c’était à refaire, je le referais, mais j’enseignerais moins longtemps comme vacataire ; cinq ans, c’est beaucoup », dit-il. Et puis il va continuer à s’adonner à sa passion, l’archéologie, dans un laboratoire de recherche dont il est membre associé, pour cinq ans. Histoire aussi de « faire une transition ».

Par Enora Ollivier


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Commentaires

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jeudi 29 juin 2017 à 19h43 - par  bob

pareil, tout pareil, ils attendent qu’on se sucide pour en prendre d’autres à jeter....

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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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