En cinq ans, 1 200 emplois titulaires ont disparu des facs

L’Humanité | par Laurent Mouloud | 15/09/2016
lundi 28 novembre 2016
par  antonin
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Le quinquennat de François Hollande n’a pas interrompu l’augmentation de la précarisation dans l’enseignement supérieur et la recherche. Faute d’un budget suffisant, les créations de postes manquent alors même que les effectifs étudiants explosent.

L’enseignement supérieur et la recherche (ESR) détiennent un triste record  : celui du taux d’emplois précaires le plus élevé de toute la fonction publique. Vacataires, CDD… Près de 33 % des salariés de ce secteur relèvent désormais de ce type de contrat. Un pourcentage qui n’a cessé de grimper ces dernières années, au même rythme que reculaient les emplois titulaires, a dénoncé mardi dernier le Snesup-FSU, premier syndicat des enseignants-chercheurs. Entre 2009 et 2015, l’ESR en a ainsi perdu 7 150 tandis que le nombre de contractuels s’accroissait de 16 600. La majeure partie de cette « précarisation » a eu lieu sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Mais elle ne s’est pas interrompue avec François Hollande. Loin de là. « Depuis 2012, l’ESR a vu disparaître 1 200 emplois titulaires et a gagné 4 100 précaires de plus », déplore Hervé Cristofol, secrétaire général du Snesup.

 L’emploi titulaire a été le premier à trinquer

Une situation directement liée aux insuffisances budgétaires. Selon le syndicat, qui a épluché les rapports annuels de la Cour des comptes, le budget de l’enseignement supérieur a reculé de 850 millions d’euros (en euros constants) par rapport à 2009, année de la mise en place de l’autonomie des universités sous la droite. Et depuis 2012, malgré une communication ministérielle bien huilée, c’est une stagnation qui est constatée. En l’espace de cinq ans, la part de la richesse nationale affectée à l’enseignement supérieur et à la recherche n’a pas bougé  : 0,75 % du PIB pour le premier et 0,5 % pour la seconde.

Or, dans le même temps, les facs ont compté 180 000 étudiants de plus (dont 40 000 en cette rentrée), soit l’équivalent de quelque dix universités. Pour faire face à cette « croissance d’activité » sans moyens supplémentaires, les établissements ont été contraints de geler de nombreux postes de titulaires qui se libéraient. Et n’ont pu créer réellement les 5 000 postes promis par François Hollande sur la durée de son quinquennat. « Ces “créations” sont de simples autorisations d’ouverture de postes, rappelle Hervé Cristofol. Or, les universités, en difficultés financières depuis la loi sur l’autonomie, ont dû utiliser cette masse salariale pour abonder leur budget de fonctionnement et gérer l’urgence. »

 La rentrée la plus difficile depuis 2009

À ce jeu-là, l’emploi titulaire a été le premier à trinquer. Au profit d’emplois précaires. On en compte actuellement près de 41 % chez les quelque 100 000 personnels administratifs, techniques et des bibliothèques. Et plus de 30 % chez les enseignants-chercheurs. « Le tout avec de lourdes conséquences chez les personnels  : perte de compétences, difficulté de travailler en équipe, personnels obligés de cumuler plusieurs métiers pour s’en sortir, souffrance au travail… », énumère Hervé Cristofol. Pour qui, cette rentrée universitaire s’annonce comme « la plus difficile » depuis 2009. Côté étudiants, ce manque de moyens se traduit déjà par des heures de cours rognées dans certaines formations et, bien sûr, des amphithéâtres bondés. À Lyon, une quinzaine de cours magistraux auraient été annulés, faute de place.

Pour le Snesup, le gouvernement fait fausse route. Les regroupements d’universités encouragés par la loi, avec l’espoir d’atteindre une taille critique pour briller dans les classements internationaux apparaissent comme une mauvaise réponse à un faux problème. « Les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche français ne souffrent pas d’un défaut de taille critique mais d’un sous-financement », martèle le syndicat.

Pour l’année prochaine, le gouvernement a promis d’augmenter de 850 millions d’euros le budget du secteur dans le projet de loi de finances 2017. « Cela permettra peut-être, pour la première fois depuis huit ans, de ne pas dégrader davantage les conditions d’études et de travail. Mais nous sommes encore loin du compte », remarque Hervé Cristofol. De fait, il y a un an, le chef de l’État a fait siennes les conclusions du rapport de la stratégie nationale de l’enseignement supérieur (StraNES), qui a fixé des objectifs d’investissement ambitieux  : atteindre 1 % du PIB pour la recherche et 2 % pour l’enseignement supérieur d’ici à 2026. Mais, pour y parvenir dans dix ans, il faudrait, selon les calculs des syndicats, une croissance de 1,2 milliard d’euros par an du budget de la recherche et de 2,3 milliards pour celui de l’enseignement supérieur… Pas vraiment au programme, pour l’instant.

Une démographie à la hausse

Dans l’enseignement supérieur, les effectifs progressent. Le nombre d’inscriptions atteint 2 551 000 en 2015-2016, en hausse de 3,2 % par rapport à 2014-2015. La croissance des effectifs a été continue au cours des sept dernières années universitaires et la poursuite de cette poussée démographique des effectifs étudiants est confirmée pour la rentrée 2017.

par Laurent Mouloud


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Crédit photo : Lydie Lecarpentier/Réa



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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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