La précarité tue aussi à l’Université…

samedi 1er novembre 2008
par antonin, Avrel, Pandore
8 votes

Marie-Claude Lorne s’est jetée dans la Seine le 22 septembre sur le pont Simone de Beauvoir, à côté de la nouvelle Bibliothèque Nationale. Elle avait 40 ans et après un long et difficile parcours comme le connaissent de nombreux "jeunes" chercheurs précaires, elle venait d’être enfin recrutée à l’Université de Brest.

En tant que fonctionnaire, elle devait valider cette première année d’enseignement de stage. Elle a découvert seulement en septembre que les membres de la Commission (au nombre de 2, la Commission n’ayant pas besoin de quorum pour statuer) n’avaient pas validé cette année en juin dernier.

Le collectif Papera qui lutte contre la précarité dans la recherche et l’enseignement supérieur et ailleurs s’étonne du silence des médias sur cette histoire : Faut-il être titulaire pour que soit considérer le mal-être au travail ? Les instances universitaires essayent-elles d’étouffer une affaire gênante à un moment critique où toutes les "réformes" engagées visent à augmenter la précarité, et celle des chercheurs en particulier ?

Écrit par Pandore

Liens :

— Yves Michaud

— Yves Michaud (sur le black out)

— Agoravox

— Julien Dutant

— pourrais-je-savoir

— gloriaoriggi

— Pandore

— La Recherche

— Pour la mémoire de Marie-Claude Lorne de Pascal Acot sur le blog de La Recherche

— M-C L… par Peregrin


compléments d’informations bienvenus… à diffuser largement…

Les 5 premiers commentaires ci-dessous ont été déposés sur les sites mentionnés précédemment et retranscrits afin d’apporter des éléments supplémentaires de compréhension



Commentaires

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samedi 1er novembre 2008 à 17h55, par  Avrel

Je fais partie des huit membres de la commission de spécialistes qui étaient absents lors de la réunion qui a décidé sa non titularisation. Pour compléter la mise au point de Jean-Christophe Bardout plus haut, et rectifier quelques erreurs, voici quelques informations supplémentaires :

1) Elle n’a pas été "licenciée", sa titularisation a été refusée

2) Elle n’a appris cette décision qu’autour du 10 septembre. Et tous les autres membres de la commission (sauf les deux qui ont voté la non titularisation) l’ont appris ensuite, soit par elle soit par un collègue.

3) Dès que les membres de la commission ont été informés, ils ont commencé a réagir. En témoigne, entre autres, une lettre adressée au Présidente de l’Université avant que sa disparition ne soit connue.

4) Elle a disparue le 22 septembre (environ dix jours après avoir appris sa non titularisation) et sa disparition a été découverte le 26 septembre.

Nous sommes tous trés touchés par sa mort, mais aussi choqués par cette décision de non titularisation que nous n’arrivons pas à nous expliquer. Il importe de bien établir les faits pour pouvoir juger en connaissance de cause des éventuelles responsabilités institutionnelles et personnelles dans cette décision qui n’honore pas, c’est sûr, l’Université.

Françoise Longy

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samedi 1er novembre 2008 à 17h48, par  Avrel

— Il y a bien eu protestation en septembre de huit des membres exprimant leur désaccord avec cette décision, assortie d’un communiqué dans Ouest-France.

— le procès-verbal complet de la délibération n’est semble-t-il pas accessible en son intégralité.

— Président de commission, M. Pascal David, de le communiquer.

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samedi 1er novembre 2008 à 17h40, par  Avrel

Bonjour,

Membre de cette fameuse commission mais absent le jour du vote, je me dois de préciser les choses suivantes :

— 1.une lettre officielle de protestation a été adressée au président de l’université de brest, avec copie à la ministre, le 13 oct dernier par 8 membres de la commission, qui a refusé la titularisation de Mme Lorne.

— 2. Ces 8 membres, étaient tous absents le jour du vote, tous pour raisons professionnelles.

— 3. Le motif qui aurait été allégué pour le refus de titulariser Mme Lorne serait qu’elle ne résidait pas de manière permanente à Brest. Motif en lui-meme juridiquement irrecevable.

— 4. Les membres de la commission qui en ont fait la demande officielle se sont vu refuser l’accès au procès verbal complet de la commission par le président de l’université.

Je suis touché par tous ceux qui apportent leur soutien aux universitaires qui rendent hommage à cette collègue, et qui refusent de voir l’université souffrir de tels dérapages.

Rédigé par : jean-christophe Bardout

http://www.agoravox.fr/article.php3…

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samedi 1er novembre 2008 à 17h15, par  Avrel

Il y a un an, un de mes amis s’est jeté de son toit, suite à sa soutenance de thèse. Pour une guerre d’école de pensée, un des membres de son jury lui a refusé les félicitations, sur une thèse reconnue par les autres comme exceptionnelle. Il perdit alors tout espoir de qualification pour devenir Maître de conférence. Bien sûr, ce n’est pas la seule cause du suicide, il n’y a jamais une seule cause… il y a ce qui donne l’élan.

Il y a à peine un an, je me suis faite écartée du recrutement dans un laboratoire pour lequel je travaillais depuis presque 10 ans pour cause de jalousie, haine, guerre interne, vengeance dont j’ai été un dommage collatéral. Ma compétence, elle, n’a jamais été contestée.

Les personnes qui me soutenaient ont fait appel à la décision. Le Président d’université a annulé le recrutement. Lors de la deuxième commission, j’ai été également écartée : la commission ne pouvait se dédire sans perdre la face.

Des histoires de ce type, tous les laboratoires se les racontent. La violence institutionnelle pratiquée par l’université au moment des recrutement rendrait jaloux le système le plus ultra-libérale.

Hada1y http://pourrais-je-savoir.blogspot….

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samedi 1er novembre 2008 à 11h49, par  Avrel

extrait http://philbioihpst.free.fr/Marie-C…

""Nous autres, par faveur du destin, nous n’avions pas vraiment eu à faire de tels choix ; la philosophie pour nous n’était pas au prix de notre confort. Marie-Claude a accepté des années durant des conditions financières extrêmement précaires alors qu’avec ses qualifications elle aurait pu, en acceptant de s’engager dans une voie moins intéressante pour elle, prétendre à bien plus, ne serait-ce qu’en enseignant dans un lycée - perspective en elle-même désirable mais dont elle savait qu’à terme elle lui rendrait impossible de philosopher efficacement sur les sujets qui étaient les siens. Sa non titularisation à l’Université de Brest fut assez lourde de sens pour que Marie-Claude en fasse mention dans sa lettre d’adieu. Certes, cela n’avait rien d’irréversible, ni même d’irrévocable tant les amis que Marie-Claude avait alertés à ce sujet étaient déterminés à faire valoir son droit à l’encontre d’une décision qu’ils estimaient, sur la forme comme sur le fond, inique. Mais la violence symbolique de cette décision était extrême pour quelqu’un qui l’a vécue comme la dénégation de sa place dans un monde universitaire, qui signifiait pour elle la possibilité d’exercer sa recherche dans des conditions décentes."" …..

Philippe HUNEMAN Anouk BARBEROUSSE