Le post-doctorat, tremplin ou salle d’attente ?

Les aspects concrets de la thèse | 24 juillet 2012 | par Jade Legrand
mercredi 12 septembre 2012
par  antonin
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Le séminaire des Aspects Concrets de la Thèse s’est terminé cette année sur une séance dédiée au post-doctorat (le 4 juin). Tout un symbole que d’arriver au terme de cette programmation avec la perspective de l’après-thèse ! Intitulée « Le post-doc, tremplin ou salle d’attente ? », cette séance réunissait trois invités : Laurent Berger (docteur en anthropologie, chargé de la recherche au musée du Quai Branly et chercheur affilié au LAS), Jean-Tristan Brandenburg (docteur en biologie, CDD recherche INSERM/Paris 7 et membre de plusieurs associations de jeunes chercheurs) et Martin Préaud (docteur en anthropologie, membre de l’équipe “anthropologie de la perception” du LAS et terminant tout juste un post-doc au sein de l’équipe SOGIP à l’EHESS).

Au travers de leurs interventions, ce sont trois parcours bien différents qu’ils ont accepté de nous présenter pour alimenter notre discussion sur le sujet. Car si le « post-doc » semble bien être devenu une étape incontournable, les situations varient largement d’un cas à l’autre. Voici, à grands traits, quelques cadres généraux tirés de cette séance que l’on pourra retenir pour penser le post-doc.

 Chercher un post-doc et candidater

Parlons dans un premier temps de recrutement. Recrutement est-il d’ailleurs le terme le plus approprié ? Comme souvent, les mots de « réseau », de « socialisation », ou encore de « cooptation » sont revenus au cours des débats. Au constat qu’il y a peu de postes et beaucoup de candidats, s’ajoute celui d’un système universitaire qui s’appuie nettement sur l’inter-(re)connaissance. Le principe de la capitalisation socio-professionnelle prend ici tout son sens et chacun aura été invité à mesurer le difficile équilibre à trouver entre un certain isolement nécessaire à la production écrite du savoir et une socialisation indispensable à l’insertion professionnelle – et parfois chronophage. L’accès à l’information est le principal défi à relever : cela concerne à la fois l’information première qu’il existe un poste à pourvoir (certains sites comme Calenda peuvent relayer les annonces [1]), et celles qui permettront d’affiner une candidature : composition et attentes du jury, profil recherché, forme et contenu des dossiers retenus lors de précédentes sélections, équipe d’accueil, etc. Évidemment, toutes ses informations figurent rarement (ou de façon très incomplète) sur les descriptifs des annonces, il faut donc savoir lire entre les lignes et demander conseil auprès d’initiés.

Il y a également un “art” de la candidature dont nous ne sommes pas nécessairement familiers. Cela se travaille. Savoir se présenter, et surtout présenter ses travaux, en est un élément-clé. Formuler clairement et en quelques phrases le contenu de plusieurs années de recherche captera plus facilement l’attention d’un rapporteur qui n’aura de toute façon pas le temps de relire la thèse complète du candidat. C’est un point d’autant plus important qu’il peut permettre de composer avec l’impératif du « langage-projet », et « la fiction de se projeter dans des recherches à venir ». Savoir mettre en valeur et s’appuyer sur de précédents travaux pourra par exemple paraître un atout dans un milieu où le processus itératif [2] est bien souvent la norme (en particulier pour les SHS) et l’annonce de futures recherches un exercice complexe.

Enfin, quelques conseils pratiques dispensés par nos invités : adjoindre à son dossier une fiche de synthèse (une page reprenant les principaux éléments à retenir de votre candidature) s’avère payant. Surtout quand le dossier comporte un CV analytique qui peut comporter plusieurs dizaines de pages. Et il n’est pas inutile de se créer une page web personnelle (ou d’alimenter et de mettre à jour celle qui est hébergée sur le site de votre laboratoire), afin d’offrir un espace propice sur Internet où valoriser vos travaux et où l’on peut vous retrouver en tant que chercheur. La pratique de la « googlisation » des candidatures est de plus en plus répandue de manière générale, et cet outil vous servira au-delà des campagnes de recrutement.

 Faire un post-doc, pourquoi ?

Toutes ces précisions sont utiles. Mais la discussion du 4 juin n’a pas porté sur cette seule dimension pratique et nous en arrivons à notre second point. En introduction de ce billet, nous posions le « post-doc » comme une étape devenue quasi-incontournable. Mais qu’est-ce au juste qu’un post-doc ? Derrière ce terme, on entend qu’un docteur diplômé est engagé par contrat dans un centre de recherches pour mener sur un temps court (entre 12 et 24 mois en général) une activité de recherche. Certains estiment que l’appellation même pose problème en ce qu’elle maintient implicitement le jeune chercheur dans une posture d’apprenti au détriment de celle de professionnel [3]. Quoi qu’on pense de l’usage du mot, la multiplication des contrats post-doctoraux est en tant que tel un élément de questionnement.

Sur le plan matériel d’abord, il s’agit pour ces docteur(e)s de pouvoir continuer, au sein d’une équipe, leur activité de recherche dans de bonnes conditions. Sur une portée plus symbolique mais tout aussi déterminante, le post-doc participe de l’acquisition d’un statut reconnu par ses pairs et de l’affiliation officielle à un centre de recherche. Enfin, le post-doc peut apparaître comme la suite logique du doctorat et le maillon manquant vers la titularisation. Un tremplin donc ? Oui, pour certains. Car il faut bien constater que d’une part ce n’est pas le cas de tous et que d’autre part il se joue avec le post-doc d’autres enjeux.

C’est précisément la question de l’articulation entre la fin du doctorat et l’obtention d’un poste pérenne qui est en question ici. Pour celles et ceux qui décideront, à l’issue de leur soutenance, de poursuivre dans la voie de l’enseignement et de la recherche, les perspectives sont relativement restreintes. Et le post-doc apparaît comme une solution transitoire dans l’attente d’un poste statutaire ou d’une reconversion. Certains verront même, à mots couverts, cette étape comme l’occasion de se positionner avantageusement pour les postes qui les intéressent, et d’y candidater, de travailler à cette fameuse socialisation du chercheur, voire de reprendre leur manuscrit de thèse en vue de leur publication. Toutes tâches nécessaires et qui demandent un certain temps mais qui ne constituent pas un travail de recherche en tant que tel. En filigrane se pose donc la question de l’engagement du post-doctorant dans la mission qui lui est confiée, et de ce qui est réellement attendu de lui. Peut-être parfois un peu salle d’attente aussi donc. Cette temporalité particulière du parcours professionnel du jeune chercheur souligne ainsi au moins deux difficultés : celle de devoir mener des recherches sérieuses dans un temps court, encore tronqué par la nécessité de construire en parallèle l’après après-thèse… Mais cette question ne se pose-t-elle pas plus largement à la communauté des chercheurs dans son ensemble, après les évolutions récentes de ces dernières années (et ce qu’on appelle la “recherche par projet”) ?

 Quelles alternatives ?

Soyons clairs, le post-doc reste malgré tout une chance pour celles et ceux qui en obtiennent, en les rapprochant des conditions réelles d’exercice du métier de chercheur titulaire. Pour les autres, les alternatives ne sont pas légions. Il est toujours possible de chercher ailleurs ce que l’on ne trouverait en France. Le post-doc, ou CDD de recherche, existe en Europe et dans le monde, souvent moins cloisonnés d’ailleurs. Les conditions du retour resteront à déterminer, quand on sait que l’éloignement des réseaux peut desservir.

La séance du 4 juin soulevait également la question des compétences acquises lors d’un doctorat. Ou pour le dire autrement : « le docteur ne sait-il faire que de la recherche ? ». La discussion semble prendre de plus en plus d’ampleur au sein des instances institutionnelles (écoles doctorales, universités, etc.), confrontées à la responsabilité de trouver des débouchés professionnels aux jeunes chercheurs qui sont formés en leur sein. Si l’un de nos invités nous rappelait en début de séance cette invitation à travailler « pour les sciences, la gloire et la patrie », gravée dans la pierre de la bibliothèque du LAS (Laboratoire d’Anthropologie Sociale), il s’agit surtout pour nous “d’aménager l’attente”. Une attente face à laquelle, comme le soulignait par ailleurs un autre de nos invités, hommes et femmes ne sont pas égaux. Une attente, enfin, qu’ils s’agit d’appréhender autant que possible dès le doctorat, afin précisément de limiter ces entre-deux de la précarité.


Lire sur le site Les aspects concrets de la thèse

[1] Note de PAPERA : consultez également la fiche pratique de ressources pour trouver des annonces d’offres http://www.collectif-papera.org/spi... .

[2] À ce sujet, voir le billet de Raphaëlle Parizet : http://act.hypotheses.org/1153, qui s’inspire d’une séance sur la construction du projet de thèse avec Jean-Pierre Olivier de Sardan.

[3] Voir par exemple le petit lexique de la Confédération des Jeunes Chercheurs, qui préfère au terme de « post-doc » celui de « CDD recherche » : http://cjc.jeunes-chercheurs.org/pr...



Commentaires

Logo de Patrick M.
jeudi 18 septembre 2014 à 00h20 - par  Patrick M.

Votre avis se révèle être juste.


Patrick


Hello my name is Patrick Mahony I live in London
mercredi 27 août 2014 à 14h05

Bon article, je sors d’un doctorat en chimie et je cherche à faire un post-doctorat.
Votre article m’a beaucoup aidé.
Merci

Julien

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Brèves

Calendrier de la campagne 2013 de qualification universitaire

lundi 9 juillet 2012

Sur le site du ministère :

Chaque candidat doit remplir un dossier pour chacun des deux rapporteurs désignés. Ce dossier comprend :

les pièces obligatoires précisées dans l’article 4 de l’arrêté du 16 juillet 2009 modifié par arrêté du 20 août 2010 des documents complémentaires exigés par les différentes sections du CNU. Ils seront communiqués ultérieurement.

La validité de la qualification est appréciée à la date de clôture des inscriptions au concours ouvert pour chaque emploi. Les candidats à la qualification ne peuvent pas se porter candidats sur les postes dont le dépôt de candidatures serait clos avant la date de prise d’effet de leur qualification

Nouvelle politique des Préfectures sur le titre de séjours scientifiques

samedi 19 février 2011

Voici une petite réactualisation concernant les titres de séjour scientifiques transmise par Sophie Gerber (INRA) :

La Préfecture a changé de politique concernant la durée des titres de séjour scientifiques. Elle ne délivrera plus automatiquement des titres d’un an comme elle le faisait jusque là indifféremment pour les séjours inférieurs et supérieurs à un an. Dorénavant, dans le cas d’un renouvellement de titre de séjour scientifique, la durée inscrite sur la convention sera prise en compte. Ainsi si la convention dure plus d’un an le chercheur bénéficiera d’un titre pluriannuel mais si la convention dure moins d’un an, le titre de séjour expirera le même jour que la fin de la convention. J’attire votre attention sur ce dernier point qui peut s’avérer problématique pour les chercheurs.

A titre d’exemple, une convention d’accueil d’une durée de six mois donnera droit à un titre de séjour de six mois et non plus d’un an, il faudra donc anticiper les renouvellements de contrat plus de deux mois en avance sous peine de devoir recommencer la procédure de demande de convention d’accueil et de renouvellement de titre de séjour tous les six mois. Je vous rappelle qu’une convention d’accueil peut couvrir plusieurs contrats successifs et peut permettre à un chercheur de consacrer son temps et son énergie à ses recherches sans avoir à courir après sa nouvelle convention d’accueil tous les trois mois.

De plus à chaque renouvellement de sa carte de séjour, un scientifique doit s’acquitter d’une taxe OMI de 110 euros.

Recrutement 2011 de PRAG / PRCE

jeudi 2 décembre 2010

[Blog Histoires d’universités | 30/11/2010 | par Pierre Dubois]

À quoi aboutissent deux modes de gestion des ressources humaines, celui des universités autonomes passées aux “responsabilités et compétences élargies” et celui centralisé du ministère de l’Éducation nationale ? A une situation parfaitement ubuesque. La preuve : la procédure de recrutement des PRAG et des PRCE dans les universités pour l’année 2011 est lancée. On se dit que son calendrier et ses différentes étapes vont forcément coincer ici ou là.

(...)

Listes de qualifications : précision sur leur expiration

vendredi 29 octobre 2010

Depuis le décret n°2009-460, « La liste de qualification cesse d’être valable à l’expiration d’une période de quatre années à compter du 31 décembre de l’année de l’inscription sur la liste de qualification. » Ainsi, si vous avez été qualifié en janvier ou février 2007, vous restez qualifié jusqu’au 31/12/2011. Vous pouvez ainsi postuler sur les postes publiés au fil de l’eau en 2011 sans redemander une nouvelle qualification.

Campagne de recrutement ATER 2010-2011 à Paris 8

lundi 3 mai 2010

Campagne ouverte du 28 avril 2010 au 20 mai 2010 inclus

  • Université de Paris 8 à Saint Denis Des postes sont susceptibles d’être vacants dans les sections suivantes : 01, 02, 03, 05, 07, 11, 12, 16, 18, 23, 25 - 26, 27, 61, 70, 71.
  • Institut technologique de Montreuil
    Sections 61 et 27.
  • Institut Technologique de Tremblay
    Pour les sections suivantes : 71 et 11.

Pour plus d’informations et télécharger le dossier de candidature pour l’année universitaire 2010-2011

http://www.univ-paris8.fr - rubrique : enseignants – ATER

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