« Les employeurs rapportent que les détenteurs de doctorat ou de postdoctorat ont du mal à s’ajuster à l’environnement professionnel : ils ont de la difficulté à communiquer de manière efficace, à travailler en équipe et à respecter des échéances », observe David Syncox, agent d’éducation en études supérieures et postdoctorales à l’Université McGill.
Pendant des années, ces étudiants ne vivent que pour leur thèse, et la plupart ne pense pas à faire carrière à l’extérieur de l’université. « Ils connaissent leur sujet de recherche de fond en comble, mais n’acquièrent presque pas de compétences professionnelles... Et jusqu’à tout récemment, les universités ne faisaient pas grand-chose pour les aider en ce sens », remarque Roch Chouinard, doyen de la faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal.
Un virage inévitable
Le phénomène a forcé les universités à offrir des formations centrées sur ces compétences. Au cours des cinq dernières années, 80% des établissements d’études supérieures en Amérique du Nord et en Europe ont pris ce virage.
« Nous n’avions pas le choix. Quand les employeurs engagent des personnes avec une telle scolarité et s’apprêtent à leur offrir un salaire conséquent, ils s’attendent à ce que ces nouveaux employés soient à la hauteur de la tâche », signale David Syncox, qui supervise le programme SkillSets, une série d’ateliers axés sur le développement professionnel offerts depuis 2009 à McGill.
Des milliers d’étudiants assistent chaque année à ces formations portant entre autres sur le réseautage, la préparation d’un plan d’affaires, la communication avec les non-initiés, l’art de la négociation et la procrastination.
De telles activités sont aussi offertes à l’Université de Sherbrooke et à l’Université Concordia, et le seront bientôt à l’Université de Montréal. Les besoins en la matière sont si importants que des entreprises y ont même trouvé un créneau. C’est le cas de Mitacs, une organisation canadienne de recherche à but non lucratif. On y donne des ateliers sur des sujets semblables à ceux couverts par les universités, mais on y explore aussi d’autres avenues, comme l’étiquette à table et la manière de donner sa carte professionnelle.
« Ce sont des habiletés subtiles, mais nécessaires pour ces étudiants qui, dans des rencontres d’affaires, sont comme des poissons hors de l’eau, estime Karen Booth, vice-présidente de Mitacs. Plus ils passent de temps à l’université, plus le fossé qui les sépare du monde entrepreneurial est grand. »
Hors de l’université, point de salut ?
Ali Ahmadi, stagiaire postdoctoral à l’Université de la Colombie-Britannique, n’avait jamais songé à faire carrière à l’extérieur de l’université avant de participer à un atelier de Mitacs. Il envisage maintenant la possibilité de fonder une entreprise. « On ne m’avait jamais présenté d’autres options, affirme-t-il. Peut-être avait-on peur de me distraire de ma thèse ? » Devrait-on donc blâmer le milieu universitaire ? « Il y a encore un certain élitisme dans quelques disciplines où l’on préconise l’enseignement et la recherche, croit David Syncox. Cependant, les choses commencent à changer. » Mais de l’avis de tous, il revient aux étudiants d’améliorer leur employabilité. »
par Marie Lambert-Chan


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