Le couple directeur/doctorant : rencontre, aspirations et communication…

Les aspects concrets de la thèse | 4 juin 2012 | par Viviane Griveau-Genest
vendredi 13 juillet 2012
par  antonin
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La séance du 7 mai 2012 du séminaire ACT s’est proposé de revenir, à travers un partage d’expériences, sur la question de l’encadrement doctoral, compris ici dans le sens de la relation avec le directeur/ la directrice de thèse. Nœud central de la thèse, l’encadrement renvoie à un large éventail de pratiques, de la subordination révérencieuse au couple façon “je t’aime moi non plus”. La séance fut animée par Jade Legrand et Tristan Loloum.

 Le choix du directeur : en théorie…et en pratique

Avant de former un “couple”, directeur/trice et doctorant/e doivent se rencontrer. L’échange s’est donc tout d’abord orienté vers les termes employés dans la Charte des thèses [1] pour décrire la constitution de la relation directeur/doctorant. Elle résulte, en théorie, d’un “choix mutuel” visant à établir une relation de travail sur la base d’un accord dont les termes sont souvent tacites. Car dans le détail, le texte reste flou sur le type de relation instituée : on reste dans un domaine vaste et vague, toujours singulier, et fort peu formalisé. Ainsi le mot même de “contrat”, qu’on pourrait attendre, n’est pas employé dans le texte en question. À ce binôme doit s’intégrer en outre un tiers, invisible mais de taille : l’université qui accueille le doctorant et par voie de fait s’engage (normalement) à le soutenir et à l’intégrer.

Cependant, l’expérience de chacun montre à l’envi que cet idéal choix mutuel ne recoupe pas la réalité. Le couple doctoral repose dès le début sur une relation asymétrique. Que l’on connaisse en effet de longue date son directeur, ou que l’on prenne contact avec lui spécifiquement en vue du doctorat, c’est à lui qu’apartient le dernier mot, puisqu’il peut accepter… ou refuser la demande qui lui est faite. Dans les faits le doctorant n’a que peu de prises sur le processus qui aboutira, ou non, à son acceptation en thèse : la circulation de sa candidature lui échappe en grande partie, de même qu’il est tributaire des contraintes que l’institution universitaire fait peser sur les chercheurs (nombre de doctorants encadrés, possession ou non de l’HDR etc.). En somme, entre les directeurs qui ont trop de doctorants, ceux qui sont en vue… et ceux qui ne le sont pas, ceux qui connaissent le champ de recherche, ou pas, ceux qui sont proches de la retraite, ceux avec qui le courant passe, ou pas du tout, le tri est souvent (hélas) vite fait, et l’étendu des possibles se réduit comme peau de chagrin.

La discussion a pourtant permis de revenir sur quelques ruses qui sont à disposition du doctorant pour tenter d’avoir accès aux bonnes infos, faute d’avoir toujours le choix. Les rencontres, par mail, par Skype, par téléphone, dans un colloque ou à l’occasion d’un séminaire sont encore de bons moyens de se faire une idée de la personnalité du chercheur concerné. Mais cela ne suffit pas toujours. En effet, le point central dans l’affaire est de jauger la qualité de l’encadrement du chercheur en question. On a tout intérêt pour cela à se forger une opinion auprès d’autres étudiants se trouvant sous sa responsabilité en thèse. Quelques avis suffisent en général pour se faire une assez bonne idée des qualités et défauts d’une personne donnée, même si toute relation résulte d’une alchimie interpersonnelle singulière.

Loin donc du choix mutuel idéal, la relation directeur/doctorant repose sur d’importantes contraintes, qui s’imposent à l’un et à l’autre (mais surtout au second). Il faut donc, malgré tout, une bonne dose de stratégie. La discussion a posé la question de l’éthique du doctorant face à ces situations complexes : faut-il devenir calculateur ? C’est risquer de faire disparaître fâcheusement la dimension humaine de la relation directeur/doctorant. Au doctorant donc de ne pas faire de son directeur une carte de sa carrière, et vice versa, au directeur de ne pas faire du doctorant un pion dans un système de cooptation….

 Identifier les attentes de chacun pour se mettre au diapason

Que reste-t-il à faire une fois que le choix est fait ? Tout. Pour donner sens aux “droits et devoirs”de la Charte des thèses, il faudra une bonne dose de dialogue. Car il n’est pas toujours facile d’aborder, les uns et les autres l’ont souligné, la question du modus vivendi qui régira les rapports directeur/doctorant pendant trois ans au moins. Au point d’aboutir parfois à des situations d’impasse vraiment catastrophiques où c’est à la soutenance que se règlent les comptes, au détriment du doctorant. Nous avons également évoqué la solution, qui existe, consistant à changer en cours de thèse de directeur. Cela peut permettre d’éviter la casse, même si la démarche n’est pas forcément simple à conduire, et implique quoi qu’il en soit des conséquences importantes pour le doctorant (éventuellement changement d’université, de labo, etc.).

Les modalités de la relation directeur/doctorant doivent donc être établies clairement le plus tôt possible. Certains soulignaient que le moment de l’inscription peut y être propice autour, pourquoi pas, de cette charte des thèses qui, toute vague qu’elle soit, a le mérite d’offrir un document de référence [2]. Si les droits et devoirs de chacun sont assez clairs, informer de l’avancée du travail pour l’un, relire, orienter pour l’autre on ne voit pas toujours concrètement comment cela peut se mettre en œuvre. Faut-il, à intervalles réguliers, envoyer un bilan à son directeur ? Si oui, sous quelle forme : un brouillon, plus ou moins propre fait-il l’affaire, ou faut-il présenter un texte aux allures d’article léché ? A l’inverse qu’attend-t-on du directeur : qu’il annote chaque page… ou qu’il se contente de distiller quelques compléments bibliographiques ? Ici, tout est affaire de subjectivité : on peut aimer être encadré de près ou préférer la liberté concédée par un directeur peu présent…avec le risque de se noyer faute d’avoir appris à nager. La présence du directeur est un point particulièrement sensible car le non-encadrement (on regarde si le doctorant flotte ou coule) est assimilé parfois à une forme de pédagogie. Survivront ceux qui ont vraiment su faire de la recherche.

Tout aussi sensible que la question de la fréquence des échanges est celle de leur forme : faut-il écrire un mail à son directeur ? Long et détaillé ou bref et synthétique ? Ou plutôt passer dans son bureau ? Le matin… ou le soir (ou encore à un autre moment) et… habillé comment ? Au delà du comique que génèrent ces interrogations un peu pinailleuses, force est de constater que le doctorant doit se faire son propre lexique afin de communiquer efficacement sur ses recherches et ses problèmes.

Voilà pour quelques-uns des conseils ressortis de cette séance. Le partage d’expérience a surtout mis en valeur avec acuité que communiquer c’est bien, mais que le doctorant ne changera pas le directeur. S’il y a donc des domaines (financements, retours sur le travail etc.) où ne règne que le silence, mieux vaut s’efforcer de s’entourer d’autres interlocuteurs qui pallieront ce manque. Il n’est pas mauvais d’avoir dans ses papiers quelques chercheurs disposés à relire un écrit, à discuter d’un problème ou l’adresse d’un bureau compétent pour ce qui touche les financements, les colloques, le post-doctorat, etc. Reste à trouver le bon équilibre qui ne reléguera pas le directeur dans un placard, ce qui est risqué à tous points de vue.

En somme, il faut s’armer de courage, et se montrer un peu inventif faute d’avoir des textes (juridiques notamment) qui formalisent nettement cette relation de travail [3]. On peut regretter que le doctorant se trouve ainsi placé bien souvent dans une situation peu claire et précaire, mais il faut reconnaître également qu’une grande liberté, précieuse dans le domaine de la recherche, est ainsi concédée à chacun.

 Qui est le directeur : un patron ? Un pair ?

Finalement, cette difficulté à parler du concret de la thèse met en évidence le poids de la hiérarchie entre le doctorant et le directeur. C’est une caractéristique, la discussion l’a souligné, très française et qui ne tient pas nécessairement à la personnalité despotique du second. Cette hiérarchie semble plutôt être, en général, la résultante d’une importante intériorisation de la part du doctorant. Or, on est en droit de se demander si elle est porteuse pour la relation doctorant/directeur. Elle met en effet un frein à une discussion libre et à bâtons rompus, pourtant souvent plus féconde pour lever des problèmes et faire naître des idées. Mais au-delà il semble qu’elle contribue à calquer la relation d’encadrement sur d’autres qui en diffèrent et risquent de la fausser. Le directeur n’est pas, en effet, un patron dont on doit craindre le rejet et le mépris, il est au contraire responsable du doctorant en ce que son travail résulte de son encadrement. Peu de directeurs, il est vrai, perçoivent cette dimension, et la nécessaire évaluation qu’ils pratiquent peut se muer aisément en disqualification du doctorant. Pourtant, le rôle du directeur a partie liée avec la formation à la recherche et de ce fait, il a à endosser une responsabilité.

Mais c’est encore faire la part belle à l’asymétrie dans l’encadrement, alors que cette relation peut être pensée, aussi, dans une certaine mesure, en terme d’égalité. Le doctorant est en effet un “chercheur en phase de formation” [4] : son intégration au sein d’un laboratoire de recherche le signale, quoiqu’encore trop peu clairement. À ce titre, directeur et doctorant sont des pairs. On peut dès lors jeter un autre regard sur l’échange doctorant/directeur : non pas verdict unilatéral venant sanctionner le travail (bon ou mauvais) du premier mais discussion féconde où chacun peut trouver à s’enrichir. Une recherche doctorale n’est pas à envisager (seulement) comme un exercice scolaire visant à redire ce que l’on a déjà dit ; c’est aussi, et surtout, un travail à la pointe des connaissances sur un domaine du savoir. Le directeur a donc, en théorie, beaucoup à recevoir du doctorant et celui-ci n’a pas à rougir d’éventuelles ignorances, inhérentes à son parcours de formation. Assurément, une telle conception n’est guère répandue ; on peut la lire toutefois entre les lignes des quelques textes officiels qui se sont penchés sur la définition de la thèse. On ne peut que souhaiter qu’elle se diffuse, parallèlement à la reconnaissance du statut de doctorant, car indirectement, elle engage une conception différente de la recherche dans sa globalité.

Par Viviane Griveau-Genest


Lire sur le site Les aspects concrets de la thèse

[1] http://www.education.gouv.fr/bo/199...

[2] Voir aussi le document édité par les universités suisses, notamment à l’adresse suivante : http://www.unifr.ch/f-mentoring/ass...

[3] Pour les questions d’évaluation des dispositifs pratiques et juridiques en place, se référer aux dossiers d’expertise de la Confédération des jeunes chercheurs : http://cjc.jeunes-chercheurs.org/.

[4] Comme le stipule la Charte européenne du chercheur, officiellement adoptée par le CNRS en 2005.



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Brèves

Le plus grand nombre de contractuels de la FPE est dans l’enseignement supérieur

vendredi 2 décembre 2011

Selon le Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2010-2011, en 2009, (cf. tableaux p.261 et p.262) on dénombrait un total de 360 907 agents non-titulaires dans la Fonction Publique d’État (FPE). Sans compter les "Emplois statutaires de non-titulaires des ÉPA dérogatoires, dont : Pôle emploi, CROUS, INRAP, Agence de l’eau...". Pour comparaison, il y a 355 001 agents non titulaires dans la Fonction Publique Territoriale (tableau V 1.1-1, p.67).

  • 131 542 agents non-titulaires dans les différents ministères, correspondant à 107000 Équivalent Temps Plein.
  • 229 365 agents non-titulaires dans les EPA (Établissements Publics à caractère Administratif), 181807 ETP, sur un total de 348416 agents. Ce qui fait quasiment 3 fois plus de non-titulaires.
  • En 2009, il y avait 68 915 non-titulaires dans l’Éducation nationale et 75 884 dans l’Enseignement supérieur, soit le plus gros contingent de non-titulaires de tous les ministères (tableau 1.3-3, p.229).
Sur le Web : Lire sur POOLP

Droits d’inscription universitaires 2011-2012

lundi 1er août 2011

JORF n°0176 du 31 juillet 2011, page 13076, texte n° 13

Arrêté du 28 juillet 2011

  • Licence 177€
  • Master 245€
  • Doctorat 372€

Diplôme de médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et paramédicaux 177€, 2e cycle 245€...

Tous les détails pour les autres diplômes ci-dessous :

Sur le Web : Sur legifrance.gouv.fr

Section 19 du CNU, suite et pas fin (du tout)

samedi 18 juin 2011

Agora relance le dossier "auto-promotion" qui se déroule au sein de la section 19 du Conseil National Universitaire (CNU) :

Nous vous relayions il y a quelques jours la déclaration de professeurs siégeant au sein de la 19e section du CNU et dénonçant les nouvelles auto-promotions dont elle a été le théâtre. Pour compléter cette dernière, nous reproduisons, avec sa permission, la lettre ouverte qu’Alain Quemin a adressé à ses collègues. Voilà qui devrait alimenter les discussions au prochain Congrès de l’Association française de sociologie (AFS), début juillet à Grenoble, où les principaux intéressés ne seront malheureusement sans doute pas présents…

Sur le Web : La suite sur Agora

Répression policière à l’École Normale Supérieure

mardi 19 avril 2011

Communiqué du 19 avril 2011

Alors que les grévistes allaient entamer leur 100éme jour de grève et que les négociations avec la direction suivaient leur cours, la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a décidé d’ordonner l’évacuation des locaux occupés par les grévistes et les étudiants qui soutenaient le mouvement. A 6h, les forces de l’ordre en nombre conséquent ont délogé les occupants sans sommation en défonçant la porte. 14 personnes ont été arrêtées et sont actuellement retenues au commissariat du 5éme arrondissement.

Après le référé au tribunal administratif et les menaces quotidiennes des huissiers, la direction de l’ENS franchit un pas de plus dans la répression de ses propres salariés précaires et étudiants syndiqués et non syndiqués. Le mouvement social est déterminé à continuer la lutte et ne cédera pas aux pressions comme aux menaces physiques.

Le comité de mobilisation de l’ENS


Le comité a appelé à un rassemblement de soutien aux interpelés qui sont sorti du commissariat vers 9h30, puis à une assemblée Générale à l’ENS (45 rue d’Ulm) à 12h.

Affaire Lorne : Valérie Pécresse missionne le recteur pour que soit lancée la procédure disciplinaire

lundi 18 avril 2011

Après le refus du président de l’université de Bretagne occidentale Pascal Olivard de saisir la section disciplinaire à l’encontre de Pascal David, président de la commission de spécialistes qui n’avait pas titularisé Marie-Claude Lorne, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche hausse le ton.

Valérie Pécresse a demandé, le 18 avril 2011, au tout nouveau recteur de l’académie de Rennes Alexandre Steyer "de saisir formellement le président de l’université de Bretagne occidentale pour qu’il engage les poursuites, et l’informer qu’à défaut il se substituera à lui pour initier la procédure devant la section disciplinaire, à l’expiration d’un délai d’un mois".
La ministre fait référence au décret du 13 juillet 1992 qui dispose qu’en "cas de défaillance de l’autorité responsable, le recteur d’académie peut engager la procédure après avoir saisi cette autorité depuis au moins un mois".
Valérie Pécresse souhaite ainsi que "la lumière soit faite sur les dysfonctionnements importants et les manquements, notamment à la déontologie universitaire commis lors de l’examen du dossier de titularisation, en 2008, de Marie-Claude Lorne". En attendant que la "mission sur l’éthique et la déontologie universitaires" ne fasse des propositions pour "garantir éthique et transparence à toutes les étapes de la carrière des enseignants-chercheurs".

EducPros, Sophie Blitman, 18.04.11

Sur le Web : Sur EducPros.fr
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