Gabon : l’université en crise depuis la réforme

De Louis-Philippe MBADINGA (AFP) | 13/06/2012
dimanche 17 juin 2012
par  antonin
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LIBREVILLE — Conditions matérielles difficiles, problèmes d’enseignants, grèves récurrentes des étudiants, l’université gabonaise, jadis réputée à travers l’Afrique, s’est lentement dégradée, la réforme du système en 2010 a débouché sur une crise sans précédent en 20 ans.

Depuis janvier, les accrochages entres étudiants et forces de l’ordre se sont multipliés au point que des unités anti-émeutes sont en permanence stationnées à l’intérieur même du campus de l’université Omar Bongo (UOB) à la demande du recteur.

Malgré les états généraux de l’éducation en 2010, une partie des étudiants refuse la réforme demandant notamment la suppression de la limitation d’âge pour les bourses (27 ans) et une harmonisation du système LMD (Licence-master-doctorat).

Créée en 1970 pour accueillir quelques centaines d’étudiants, l’UOB en compte actuellement 15.000. Tout manque : des enseignants aux salles de cours, des tables aux livres mais aussi des... toilettes. Il en existe à peine une dizaine à l’UOB, construites en 2007 après un mouvement étudiant.

"Depuis les années 1970, aucun pavillon n’est sorti de terre en cité universitaire", déclare Boris Mba, un des leaders de L’Etudiant conscient, mouvement radical proche de l’opposition qui affronte régulièrement la police et dont certains éléments ont lancé des pierres sur le rectorat.

Les étudiants de Libreville demandent aussi la réforme du concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure (ENS) qui forme les enseignants, ainsi qu’un agrandissement de la cité universitaire. Celle-ci compte 630 chambres accueillant officiellement deux étudiants chacune. Mais, dans les faits, elles sont occupées par 3 ou 4 étudiants.

Estimant que "faire des études au Gabon ne doit plus être considérée comme une punition", le président Ali Bongo a décidé en août 2011 de revaloriser de 25% les bourses d’études au Gabon et de 10% celles des étudiants à l’étranger. Une décision accompagnée de conditions d’octroi plus sévères sur l’âge et les années dans chaque cycle.

Le Gabon reste l’un des rares pays en Afrique à offrir des bourses dès la classe de 6ème jusqu’au doctorat aux étudiants. Mais "on ne va pas continuer à donner une bourse à un étudiant qui met quatre ou cinq ans à passer une année. C’est ridicule", souligne une source proche de la présidence.

Outre la bourse, il existe d’autres sources de malaise, notamment +les MST, les moyennes sexuellement transmissibles+. De nombreuses étudiantes sont harcelées par leurs professeurs qui exigent des rapports sexuels contre des bonnes notes alors que certains professeurs —hommes et femmes— se plaignent de propositions indécentes des étudiants.

Sur d’autres campus notamment à Franceville (est) la tension est montée avec la contestation des notes attribuées par certains enseignants et l’exclusion de plusieurs étudiants.

Les étudiants sont désormais divisés sur les conditions de la sortie de crise. Deux mouvements concurrents de L’Etudiant conscient sont nés ces dernières semaines.

"Si les étudiants se lèvent pour revendiquer c’est légitime. Mais, il n’y pas lieu de tout casser alors qu’on a la possibilité d’être écouté par les plus hautes autorités", estime l’étudiant Serge Obolo, membre du mouvement La majorité silencieuse.

Confronté à l’urgence face au risque d’une année blanche, le Premier ministre Raymond Ndong Sima a déssaisi le ministre de l’Education du dossier fin mai. "Une partie de la grève à l’université est liée à la crainte que les étudiants ont de quitter le statut de boursier et d’entrer dans la précarité parce que le marché de l’emploi ne leur offre pas assez de possibilités", souligne-t-il néanmoins.


Illustration : The Ruins of Detroit par Yves Marchand et Romain Meffre



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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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