Les chercheurs constituent un vivier de créateurs d’entreprises innovantes à fort potentiel de développement. Malgré les mesures mises en place par le gouvernement depuis une dizaine d’années pour faciliter les passerelles entre la recherche et la création d’entreprises, ils sont pourtant peu nombreux à tenter l’aventure entrepreneuriale. La sensibilisation et la formation ont un rôle important à jouer pour les amener à considérer cette possibilité de carrière.
Pour cerner leurs besoins et les freins en matière de création d’entreprises, Novancia Business School Paris, avec le concours de l’ANRT (Association Nationale de la Recherche et de la Technologie), a mené l’enquête auprès de 1 618 doctorants Cifre*.
Un gisement de créateurs important
L’enquête, réalisée par Erwan Lamy, enseignant-chercheur de Novancia, révèle que 51,5% des doctorants Cifre indiquent avoir un projet de création d’entreprise dont 31,3% ont l’intention ferme de créer.
Les résultats montrent toutefois des disparités d’intention entrepreneuriale selon les disciplines : les doctorants en sciences humaines et humanités sont ainsi les plus tentés par l’aventure, à 44,3%, suivis des doctorants en science de la société (40,7%), en information/communication (40,6%) puis les doctorants en sciences de l’ingénieur (40,3%). Les chimistes et physiciens, quant à eux, optent majoritairement pour une carrière de chercheurs en grande entreprise (respectivement 51,6% et 44%) et se montrent peu enclins à travailler dans des PME, que ce soit pour encadrer la R&D ou y être chercheurs.
Une intention entrepreneuriale contrainte par le contexte économique ?
Cet engouement des doctorants Cifre pour la création s’explique-t-il par les tensions sur le marché de l’emploi, qui les conduiraient à envisager cette alternative faute d’autres débouchés ?
Pour Erwan Lamy "la création d’entreprise n’est pas envisagée comme un palliatif puisque les doctorants ayant l’intention de créer se montrent plus confiants dans leurs perspectives d’emploi à l’issue du doctorat, à 86,3%, que leurs condisciples n’ayant pas l’intention de créer (confiants à 81,6%)." À noter : ce sont les doctorants en biologie, médecine et santé qui sont le plus sceptiques sur leurs perspectives d’emploi (70,6% de confiants).
Les motivations à la création font relativement consensus, quelle que soit la discipline suivie. Les doctorants ayant l’intention ferme de créer mettent d’abord en avant le plaisir de créer (90,3%), le désir d’autonomie (87,5%) et la possibilité d’appliquer leurs travaux de recherche (85,9%). L’aspect financier est important mais n’est pas prioritaire, cité par 72% d’entre eux.
Les freins à la création
Concernant les freins à la création, les doctorants tentés par l’aventure entrepreneuriale soulignent d’abord la difficulté de mobiliser des ressources financières suffisantes pour 79%, la complexité (55,4%) et le facteur risque trop important (52%).
Le tiercé est identique pour les doctorants qui ne sont pas tentés par l’entrepreneuriat. Ils ont en revanche une sensibilité forte à un autre frein qui semble plus décisif dans leur intention de ne pas se lancer : la crainte de ne plus avoir assez de temps pour leur recherche, citée par 59,3% d’entre eux (contre 39.6% des doctorants ayant l’intention ferme de créer qui y voient un frein).
Pour Erwan Lamy, "il est frappant de noter que le risque financier est considéré avec la même acuité par les entrepreneurs que par les non-entrepreneurs. Cela suggère que les considérations financières n’affectent pas l’intention entrepreneuriale puisque les non-entrepreneurs ne les perçoivent pas de manière plus prégnante." Et de conclure "il s’agit donc davantage d’une inquiétude générale sans rapport direct avec la décision de passer à l’acte."
Lever les barrières grâce à la sensibilisation
Lorsqu’on les interroge sur les difficultés pressenties et liées à la création, les doctorants ayant l’intention ferme de créer citent d’abord :
- L’obtention des ressources financières : 82,8%
- La constitution d’une clientèle : 78,8%
- Les formalités administratives : 66,9%
- L’acquisition des compétences commerciales : 61,4%
- L’acquisition des compétences gestionnaires : 54,1%
C’est donc dans ces domaines que l’accompagnement des doctorants futurs entrepreneurs peut permettre de lever des barrières.



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