Geneviève Fioraso : "La loi sur l’autonomie a été un leurre total"

Le Monde | 02.06.2012 | Propos recueillis par Nathalie Brafman et Isabelle Rey-Lefebvre
dimanche 3 juin 2012
par  antonin
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François Hollande avait promis une réforme en profondeur de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, annonce au Monde que "plus qu’une réforme en profondeur, ce sera une nouvelle loi d’orientation de l’enseignement supérieur et de la recherche qui va remplacer la LRU". Celle-ci sera déposée au Parlement début 2013, "après une grande concertation de toute la communauté universitaire". Des assises régionales auront lieu en octobre puis nationales fin novembre-début décembre.

A peine désignée, la nouvelle ministre a multiplié les visites auprès de la communauté universitaire : enseignants, chercheurs, présidents d’université, syndicats... Objectif : restaurer le dialogue et la confiance. La méthode est saluée. Celle-ci suffira-t-elle à calmer les impatiences ?

Quelle réforme de la LRU envisagez-vous ?

Plus qu’une réforme en profondeur, c’est une loi d’orientation qui remplacera la LRU. Elle sera déposée au Parlement début 2013 après une concertation de toute la communauté universitaire. Des assises régionales auront lieu en octobre puis nationales fin novembre-début décembre.

Reviendrez-vous sur l’autonomie des universités ?

Absolument pas. Mais il faut être réaliste, la LRU n’a pas réellement donné les moyens aux universités d’exercer cette autonomie. Cette loi a d’énormes défauts : la collégialité a été abandonnée et nous sommes devant une hyperprésidentialisation. Sur le papier, le président a tous les pouvoirs. Mais en réalité, dès qu’il essaye de faire des choses innovantes, expérimentales ou d’affirmer une politique autonome, il se fait taper sur les doigts par le ministère. Cette loi sur l’autonomie est un leurre total.

Comment allez-vous vous y prendre ?

Il faut réintroduire de la collégialité. C’est l’esprit même de l’université. Or, on n’y arrive pas en nommant un chef. Il n’est pas possible d’avoir la même organisation dans une université que celle qui prévaut dans une entreprise. Le président manager d’une "entreprise université", ça ne marche pas ! C’est antinomique avec la culture de l’université. Partout ailleurs dans le monde, il existe des "sénats académiques " [une instance faisant contrepoids au conseil d’administration] et un conseil d’administration avec un doyen ou un recteur qui gère les relations extérieures.

Allez-vous modifier le mode électoral ?

Il faudra donner moins de pouvoir au président et mieux distinguer ce qui relève de la stratégie scientifique de ce qui relève de la gestion. Dans tous les cas, tout le personnel, tous les acteurs, au premier rang desquels les étudiants, doivent être davantage impliqués dans le dialogue.

Agence nationale de la recherche (ANR), Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aeres)... les enseignants chercheurs se plaignent du trop grand nombre de structures, qu’allez vous faire ?

Il faut simplifier. Prenons l’exemple de l’ANR. Cette institution est totalement débordée, elle manque de postes. Il n’est pas question de la critiquer mais sur l’ensemble des projets qu’elle doit auditer, elle est en retard. Le précédent gouvernement lui a donné des missions bien trop larges sans lui donner les moyens. Il faudra préciser son champ d’intervention.

Les universités réclament de l’argent, quelles marges de manœuvre budgétaires aurez-vous ?

Je ne veux faire aucune annonce, aucune promesse. Nous ne sommes pas dans la com’. Nous attendons l’audit de la Cour des comptes. Nous ferons un bilan complet la troisième semaine de juin. A partir de là, nous connaîtrons nos marges de manœuvre et le calendrier possible. Il y aura un collectif budgétaire. Je découvre quand même un ministère dans lequel le 10e mois de bourse [160 millions d’euros annuel] n’a pas été budgété. D’autres dépenses, que je ne peux révéler pour l’instant, qui ont été annoncées et largement valorisées auprès des médias et de la communauté ne le sont pas non plus.

François Hollande a promis une allocation d’autonomie pour les étudiants, aurez-vous les moyens de la mettre en place ?

Toutes les aides seront remises à plat en concertation avec les syndicats étudiants : demi-part fiscale, allocation logement, conditions de ressources ou plutôt indépendance fiscale de l’étudiant... mais cela ne sera pas prêt pour la rentrée 2012.

Les opérations de rénovation du plan Campus tardent à se concrétiser sur le terrain et le recours aux partenariats public-privé (PPP) est très critiqué. Allez-vous les remettre en cause ?

Aucune convention n’a été signée, pas un centime d’euro de l’Etat n’a été versé à part les frais d’ingénierie. Les seules qui ont débloqué l’argent, ce sont les collectivités territoriales. Il y a un problème ! Nous rencontrons actuellement tous les acteurs du plan Campus pour faire un bilan, pour savoir où on en est. Il n’est pas question de ne pas tenir compte du travail de qualité réalisé. On me dit que les PPP sont plus efficaces, mais je constate, quatre ans après leur démarrage, que pas un bâtiment n’est sorti de terre. Ils coûtent cher et ne profitent qu’aux grandes majors du BTP. Nous devons envisager d’autres montages juridiques et financiers moins complexes, avec l’appui de la Caisse des dépôts où l’université conserverait la conduite de l’opération.

Les investissements d’excellence visant à doter la France de méga-universités sont critiqués par une partie de la communauté universitaire. Des recours ont été déposés, l’un concerne Paris-Sorbonne Cité, l’autre Marseille. Reviendrez-vous sur ceux déjà signés ?

Arrêtons de nous focaliser sur les Idex ! Nous n’agirons pas, là encore, dans la brutalité mais nous allons remettre à plat les Idex. Nous ne léserons aucun bon projet. Ce qui compte, c’est d’avoir une stratégie de sites et de voir si elle doit être aidée. Cette stratégie s’inscrira sous un nom que l’on définira ensemble.

Y aura-t-il alors un rééquilibrage sur le territoire ?

Il y aura une vision modifiée et rééquilibrée sur le territoire. Comment expliquer que le Nord, l’Ouest et Rhône-Alpes, deuxième région universitaire de recherche, aient été oubliés ? A l’étranger, on tient compte de la diversité des universités. On ne crée pas de mastodontes.

De l’argent a été promis au titre des Idex. Allez-vous en mettre moins dans certains endroits et plus ailleurs ?

Nous allons identifier quelle est la réalité de ces milliards. C’est l’une des missions de la Cour des comptes. L’équilibre et le travail en réseau seront préférés à une compétitivité absurde.

Le plan Réussite en licence lancé en 2007 est très critiqué. L’échec en premier cycle est toujours très important. Quels sont vos remèdes ?

C’est mon chantier prioritaire. Ce plan a mobilisé 730 millions d’euros et aucun indicateur n’a bougé. Comment ces millions ont-ils été utilisés ? Pourquoi cela n’a pas marché ? Mon cabinet et celui de Vincent Peillon [ministre de l’éducation nationale] se sont vus pour travailler sur ce que l’on appelle le -3 ans (le lycée) +3 ans (la licence). L’orientation est primordiale. Toutes les filières sont respectables, qu’elles soient professionnelles ou technologiques. Il n’est pas question d’envoyer au casse-pipe, sans préparation, sans passerelle et sans accompagnement renforcé, des étudiants qui veulent poursuivre leurs études à l’université avec un bac technologique. Mais peut-être faudra-t-il les faire passer par une filière plus professionnalisante, les accompagner ou pourquoi pas leur donner un an de plus. Ils devront aussi retrouver des places dans les IUT, souvent prises par des élèves des bacs généralistes.

Il y a un vrai débat autour de la formation des enseignants, souhaitez-vous que ce soit l’université qui l’assure ?

Absolument. Et elle doit concerner tous les enseignants, même les maîtres de conférence. Sur ce sujet, il y a une énorme déficience renforcée par la réforme de la formation des maîtres. La pédagogie ne s’invente pas. Enseigner est un vrai métier. Il faut l’apprendre.

Propos recueillis par Nathalie Brafman et Isabelle Rey-Lefebvre


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Brèves

Geneviève Fioraso lance à Grenoble ses premières initiatives

mercredi 23 mai 2012

C’est aux terres grenobloises que Geneviève Fioraso, nouvelle ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, a réservé hier [22 mai 2012] sa première sortie officielle en région. Là même où elle a tissé, durant des années, les mailles de l’écosystème innovant grenoblois. (...)

[Extrait] Résoudre la précarité des techniciens de laboratoire

« Malgré le contexte budgétaire difficile, il faut trouver une solution à la situation précaire de certains personnels de techniciens dont l’expertise est indispensable à leur laboratoire. »

Sur le Web : Source : Le Dauphiné

EU: Presidency seeks to expand Erasmus

Tuesday 6 September 2011

UWN | 04 September 2011 | Issue: 187 | Brendan O’Malley

The Polish presidency of the European Union is planning to expand the Erasmus student and staff exchange programme to non-EU countries on its eastern and southern borders.

Barbara Kudrycka, the Polish Minister for Higher Education, said on Tuesday: "We would very much like to see a widening of the Erasmus-scheme to non-EU countries, not only our Eastern neighbors but also for example the ones in the southern neighbourhood. In my view, the best diplomats for countries are students and scientists."

She was speaking at the 22nd European Students’ Convention in the Polish city of Lazy on Tuesday, a four-day event organised by the European Students Union, the umbrella organisation of 45 national unions of students from 38 European countries.

Kudrycka has previously called for all students from Eastern Partnership countries - Armenia, Azerbaijan, Belarus, Georgia, Moldova and Ukraine - to be given the opportunity of studying in EU countries. (...)

Baroin rabote les opérateurs publics

lundi 13 décembre 2010

Interview de François Baroin, ministre du Budget, par le JDD, 12 décembre 2010

JDD : Le Parlement adoptera cette semaine le budget de l’État pour 2011. Vous devez maintenant mettre en œuvre la rigueur. Quelles seront vos premières décisions ?
Baroin : « Il est très important que l’État commence par montrer l’exemple lui-même. Nous avons engagé la réduction de son train de vie. Je réunis demain les directeurs des 497 opérateurs publics [Pôle emploi, Office national des forêts, Commissariat à l’énergie atomique, musée du Louvre, Météo France…] hors universités, qui doivent pour la première fois en 2011 appliquer les mêmes règles de gestion que l’État. Dès l’an prochain, un départ à la retraite sur deux ne sera pas remplacé. Je propose que leur parc de 17.000 automobiles soit réduit de près de 3.000 véhicules, que leurs achats de fournitures soient progressivement diminués de 10% et que leurs superficies immobilières soient ramenées à 12 m² par agent. Nous leur interdirons par ailleurs de recourir à tout endettement. La rémunération au mérite de leurs dirigeants devra aussi être étendue à toute l’équipe de direction. »

Les laboratoires de recherche "hors universités" devront donc être touchés par la rigueur (CNRS, INSERM, CEA, ...). Ce n’est plus toute l’ESR qui est épargnée par les baisse de budgets mais seulement l’Université.

L’Élysée veut "réduire" les organismes de recherche

jeudi 9 décembre 2010

[Science² |09/12/2010]

Arnold Munnich, le conseiller en sciences de la santé de Nicolas Sarkozy relance l’offensive de l’Élysée contre la recherche publique. Il vient de déclarer,que les organismes de recherche allaient subir « une réduction de leur voilure » et laisser la place aux universités pour conduire la recherche.

Pour ce qui est de réduire la voilure, on sait déjà qu’en 2011 le CNRS va diminuer les dotations aux laboratoires de 11% et sabrer 25 millions d’euros dans les budgets des gros équipements.

(...)

Madame la Ministre, le CNESER ne peut être systématiquement contourné...

jeudi 9 décembre 2010

Lettre flash du Snesup, n° 19, 6 décembre 2010

Madame la Ministre,

Pour la deuxième année consécutive, le débat budgétaire en CNESER plénier n’aura pas lieu en décembre. Est-ce une fois de plus, par presse interposée, que les représentants élus de la communauté universitaire prendront connaissance des montants des dotations aux établissements ? Malgré vos déclarations à l’installation du CNESER nouvellement élu en juin 2007, depuis trois ans et demi, vous attachez un soin tout particulier à minorer le rôle du CNESER, et à déposséder ses élus de leur capacité d’intervention constructive pour le service public d’enseignement supérieur et de recherche.

(...)

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