Les docteurs, atout gagnant des entreprises » : c’était le thème d’un colloque organisé la semaine dernière, à Paris, par le Medef, la Conférence des présidents d’université et l’ABG-Intelli’Agence. Une manifestation qui intervenait doublement à point nommé. D’abord parce qu’elle rappelait que ces profils sont une force clef au service de l’innovation et de la création d’entreprises, à un moment où ces deux sujets mobilisent de nombreux acteurs de la vie économique.
« La tentation de l’aventure entrepreneuriale germe de plus en plus dans l’esprit des docteurs », souligne ainsi Martine Pretceille, directrice de l’ABG-Intelli’Agence. Qui note que, par exemple, la moitié des 149 lauréats 2011 du Concours national d’entreprises innovantes sont titulaires d’un doctorat. Une étude récente de Novancia et de l’ANRT montre aussi que 52 % des doctorants ont un projet entrepreneurial. Mais surtout parce que, peu à peu, le regard des entreprises sur les titulaires d’un doctorat change, et inversement. Les docteurs cessent d’être perçus dans les organisations comme des « professeurs Nimbus », déconnectés du réel. Ils apportent des compétences utiles, sinon indispensables, au développement de l’entreprise. Des compétences qui, comme le remarque Pierre Beuzit, président de l’ABG, « dépassent de loin leur spécialité ».
« En parfaite adéquation »
« Ils savent plus que d’autres faire montre de résistance au stress ; ils ont appris à manager des projets et à respecter des échéances ; et ils affichent de solides qualités de maturité et de créativité », énumère ainsi Marie Roussel, responsable RH d’EcoMundo, une jeune PME qui emploie une dizaine de ces profils. « L e grand intérêt des docteurs n’est pas qu’ils disposent de telle ou telle compétence, mais qu’ils réunissent tout un ensemble de qualités en parfaite adéquation avec les attentes des entreprises », renchérit Matthieu Lafon, coauteur d’une étude fouillée sur ce sujet.
Résultat, les recruteurs s’intéressent de plus en plus aux docteurs. Pas seulement pour leur confier des emplois dans les services R&D : « Dans certaines fonctions de rupture, comme la prospective, la veille technologique ou la stratégie, les docteurs peuvent jouer un rôle déterminant pour la compétitivité de l’entreprise, insiste Bruno Carrias, président du comité Formation par la recherche au Medef. Ce sont typiquement des postes qui leur conviennent. »
Les docteurs en littérature ou en sciences humaines et sociales ne sont pas à l’écart du mouvement. « Leur façon de penser, leur esprit d’équipe et leur sens de l’organisation apportent un enrichissement très utile aux travaux des scientifiques durs », observe Catherine Mayaux, de l’université de Cergy-Pontoise. « La variété des fonctionnements intellectuels des docteurs aide l’entreprise à s’oxygéner, résume Jean-Luc Placet, président du Syntec. C’est un apport précieux. »
Inversement, les docteurs ne voient plus leur avenir uniquement au sein des grands laboratoires publics ou du monde académique : ils se tournent de plus en plus vers les entreprises. Et s’efforcent pour cela d’en comprendre le fonctionnement, les priorités et les codes.
Il est vrai qu’un peu partout se mettent en place des outils pour favoriser cette transition entre recherche et entreprise. L’ABG-Intelli’Agence, association spécialisée dans l’insertion professionnelle des chercheurs, en est un. Mais les universités multiplient les formations pour aider les docteurs à décrocher un emploi. Le PRES-université de Grenoble offre ainsi une large gamme de cursus, représentant environ 120 heures de formation, qui visent à préparer leur insertion. A Nantes, le collège doctoral organise divers événements : forums, doctoriales, colloques... Des missions destinées aux « docteurs experts » (veille scientifique, études de marché, accompagnement de projet...), d’une durée de 32 jours le plus souvent, facilitent aussi l’emploi des docteurs. A l’UPMC, à Paris, chaque doctorant suit un plan individuel de formation, avec séminaires ou ateliers qui peuvent ouvrir sur le management, la communication, la préparation à l’emploi... ou la création de start-up.
Pour autant, l’accès à l’entreprise n’est pas toujours un long fleuve tranquille pour les jeunes docteurs. « Leur embauche n’est pas encore au niveau souhaité », déplore Guy Cathelineau, président de l’université Rennes-I. « Un effort a été accompli ces dernières années, admet Pierre Beuzit, président de l’ABG. Mais entre ces deux mondes, il manque encore en France des dispositifs qui fassent le lien. » La méfiance et l’incompréhension réciproques n’ont pas disparu.
Cartographie des compétences
Il n’empêche : les choses bougent. Et surtout, une prise de conscience s’opère chez les recruteurs : « Le titre de docteur, on l’oublie trop souvent en France, est la référence mondiale pour l’enseignement supérieur, assène Jean-Luc Beylat, président d’Alcatel-Lucent Bell Labs France. La formation par la recherche n’est plus un plus, mais un impératif. » Même tonalité pour Jean-Paul Straetmans, de Saint-Gobain Recherche : « Le standard international, c’est le doctorat. » Pour franchir une étape supplémentaire, une cartographie détaillée des compétences des docteurs est en cours d’élaboration. Elle sera présentée en juin. De quoi fournir de nouveaux arguments aux titulaires d’un doctorat face aux recruteurs.
par JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI


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