Les docteurs à la conquête de l’entreprise

Les Echos | 29/05/2012 | Par Jean-Claude Lewandowski
dimanche 3 juin 2012
par  antonin
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Les docteurs, atout gagnant des entreprises » : c’était le thème d’un colloque organisé la semaine dernière, à Paris, par le Medef, la Conférence des présidents d’université et l’ABG-Intelli’Agence. Une manifestation qui intervenait doublement à point nommé. D’abord parce qu’elle rappelait que ces profils sont une force clef au service de l’innovation et de la création d’entreprises, à un moment où ces deux sujets mobilisent de nombreux acteurs de la vie économique.

« La tentation de l’aventure entrepreneuriale germe de plus en plus dans l’esprit des docteurs », souligne ainsi Martine Pretceille, directrice de l’ABG-Intelli’Agence. Qui note que, par exemple, la moitié des 149 lauréats 2011 du Concours national d’entreprises innovantes sont titulaires d’un doctorat. Une étude récente de Novancia et de l’ANRT montre aussi que 52 % des doctorants ont un projet entrepreneurial. Mais surtout parce que, peu à peu, le regard des entreprises sur les titulaires d’un doctorat change, et inversement. Les docteurs cessent d’être perçus dans les organisations comme des « professeurs Nimbus », déconnectés du réel. Ils apportent des compétences utiles, sinon indispensables, au développement de l’entreprise. Des compétences qui, comme le remarque Pierre Beuzit, président de l’ABG, « dépassent de loin leur spécialité ».

 « En parfaite adéquation »

« Ils savent plus que d’autres faire montre de résistance au stress ; ils ont appris à manager des projets et à respecter des échéances ; et ils affichent de solides qualités de maturité et de créativité », énumère ainsi Marie Roussel, responsable RH d’EcoMundo, une jeune PME qui emploie une dizaine de ces profils. « L e grand intérêt des docteurs n’est pas qu’ils disposent de telle ou telle compétence, mais qu’ils réunissent tout un ensemble de qualités en parfaite adéquation avec les attentes des entreprises », renchérit Matthieu Lafon, coauteur d’une étude fouillée sur ce sujet.

Résultat, les recruteurs s’intéressent de plus en plus aux docteurs. Pas seulement pour leur confier des emplois dans les services R&D : « Dans certaines fonctions de rupture, comme la prospective, la veille technologique ou la stratégie, les docteurs peuvent jouer un rôle déterminant pour la compétitivité de l’entreprise, insiste Bruno Carrias, président du comité Formation par la recherche au Medef. Ce sont typiquement des postes qui leur conviennent. »

Les docteurs en littérature ou en sciences humaines et sociales ne sont pas à l’écart du mouvement. « Leur façon de penser, leur esprit d’équipe et leur sens de l’organisation apportent un enrichissement très utile aux travaux des scientifiques durs », observe Catherine Mayaux, de l’université de Cergy-Pontoise. « La variété des fonctionnements intellectuels des docteurs aide l’entreprise à s’oxygéner, résume Jean-Luc Placet, président du Syntec. C’est un apport précieux. »

Inversement, les docteurs ne voient plus leur avenir uniquement au sein des grands laboratoires publics ou du monde académique : ils se tournent de plus en plus vers les entreprises. Et s’efforcent pour cela d’en comprendre le fonctionnement, les priorités et les codes.

Il est vrai qu’un peu partout se mettent en place des outils pour favoriser cette transition entre recherche et entreprise. L’ABG-Intelli’Agence, association spécialisée dans l’insertion professionnelle des chercheurs, en est un. Mais les universités multiplient les formations pour aider les docteurs à décrocher un emploi. Le PRES-université de Grenoble offre ainsi une large gamme de cursus, représentant environ 120 heures de formation, qui visent à préparer leur insertion. A Nantes, le collège doctoral organise divers événements : forums, doctoriales, colloques... Des missions destinées aux « docteurs experts » (veille scientifique, études de marché, accompagnement de projet...), d’une durée de 32 jours le plus souvent, facilitent aussi l’emploi des docteurs. A l’UPMC, à Paris, chaque doctorant suit un plan individuel de formation, avec séminaires ou ateliers qui peuvent ouvrir sur le management, la communication, la préparation à l’emploi... ou la création de start-up.

Pour autant, l’accès à l’entreprise n’est pas toujours un long fleuve tranquille pour les jeunes docteurs. « Leur embauche n’est pas encore au niveau souhaité », déplore Guy Cathelineau, président de l’université Rennes-I. « Un effort a été accompli ces dernières années, admet Pierre Beuzit, président de l’ABG. Mais entre ces deux mondes, il manque encore en France des dispositifs qui fassent le lien.  » La méfiance et l’incompréhension réciproques n’ont pas disparu.

 Cartographie des compétences

Il n’empêche : les choses bougent. Et surtout, une prise de conscience s’opère chez les recruteurs : « Le titre de docteur, on l’oublie trop souvent en France, est la référence mondiale pour l’enseignement supérieur, assène Jean-Luc Beylat, président d’Alcatel-Lucent Bell Labs France. La formation par la recherche n’est plus un plus, mais un impératif. » Même tonalité pour Jean-Paul Straetmans, de Saint-Gobain Recherche : « Le standard international, c’est le doctorat. » Pour franchir une étape supplémentaire, une cartographie détaillée des compétences des docteurs est en cours d’élaboration. Elle sera présentée en juin. De quoi fournir de nouveaux arguments aux titulaires d’un doctorat face aux recruteurs.

par JEAN-CLAUDE LEWANDOWSKI


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L’emploi des docteurs en chiffres
Un peu plus de la moitié (52 %) des docteurs travaillent aujourd’hui dans le secteur public, contre 43 % dans une structure privée et 5 % au sein d’une association ou d’une ONG. Les postes dédiés à la R&D prédominent (53 % du total), mais 46 % des emplois concernent d’autres secteurs d’activité. On trouve ainsi de nombreux titulaires d’un doctorat dans l’enseignement (17 % du total), les sièges sociaux et la gestion (6,1 %), les activités liées à l’informatique (5 %), la santé (3,5 %), l’administration, la défense ou la Sécurité sociale (2,9 %), l’industrie chimique (2,8 %)... Hors R&D et enseignement, les principaux métiers représentés sont les fonctions support, le conseil, l’informatique et la production, et même... la direction d’entreprise (4,9 % des cas).

Photos : L’université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris, propose à chacun de ses 3.400 doctorants un plan individuel de formation préparant à l’emploi (management, communication...) ou à la création de start-up. - Nicolas TAVERNIER/REA



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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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