Témoignage : « Les doctorants devraient être davantage sensibilisés au monde de l’entreprise »

Les Echos | 29/05/2012 | Par Jean-Claude Lewandowski
mercredi 30 mai 2012
par  antonin
2 votes

Après sa thèse, Pauline Grondin, docteur en chimie âgée de 30 ans, a obtenu plusieurs postes en CDD dans le secteur privé ou dans l’enseignement. Mais elle peine à décrocher un emploi en CDI. Elle revient sur son parcours et les raisons de ses difficultés d’insertion.

Vous êtes titulaire d’un doctorat en chimie. Sur quoi portait votre thèse ?

Ma thèse, que j’ai effectuée à Bordeaux, portait les matériaux moléculaires magnétiques. C’est un sujet qui peut avoir des applications dans le domaine des cristaux liquides pour l’affichage et le stockage d’informations.

Avez-vous eu des contacts avec le monde de l’entreprise ?

Durant ma thèse, pas du tout. Mais après mon doctorat, en 2007, j’ai enchaîné sur une année de post-doc, qui était financée par le groupe Rhodia. Un poste que j’ai obtenu grâce au rapporteur de ma thèse, qui était consultant dans cette entreprise. C’était un travail intéressant, mais qui n’a pas abouti à une embauche en CDI.

Comment s’est passée cette expérience ?

On m’a laissé carte blanche. En réalité, j’ai travaillé avec deux équipes différentes, et j’avais parfois du mal à savoir ce qu’on attendait précisément de moi. Seul un des deux projets sur lesquels je travaillais a abouti.

En 2009, vous vous êtes donc retrouvée au chômage...

C’était une période assez difficile, d’autant que je n’étais pas armée pour rechercher un emploi. J’ai fini par trouver un CDD de 16 mois près de Philadelphie, aux États-Unis, à nouveau chez Rhodia. Mon poste était financé par le CNRS. Une expérience très agréable et instructive, qui a d’ailleurs abouti au dépôt d’un brevet. Malgré cela, j’ai choisi de rentrer en France à l’issue de mon séjour.

Donc, vous avez de nouveau cherché un emploi ?

Oui, mais dans le monde académique. J’ai ainsi décroché un poste d’enseignante à l’Insa-Lyon, pour 8 mois. Après quoi, j’ai décidé de tenter les concours d’entrée dans la fonction publique, pour devenir maître de conférences. Sans succès. Parallèlement, je me suis remise à la recherche d’emploi, de façon plus organisée. Je me suis inscrite à l’ABG, qui m’a aidée à améliorer mon CV, et j’ai passé quelques entretiens, qui n’ont pas abouti.

Et aujourd’hui ?

J’essaie d’élargir ma recherche d’emploi. J’ai fini par obtenir un contrat avec le CEA, pour un CDD d’un an qui débute en juin. Je vais travailler sur les cellules photovoltaïques. C’est un poste qui me convient bien, sur un sujet d’actualité.

Quand vous repensez à votre parcours, que vous a-t-il manqué ?

Je crois que nous devrions être davantage sensibilisés au monde de l’entreprise. Durant ma formation, je n’ai quasiment jamais rien eu de tel. Les notions de profit, de rentabilité, de délai ou de planification m’étaient totalement étrangères. Or cela devrait être obligatoire. Il est vrai que, quand on commence sa thèse, on se dit qu’on va rester toute sa vie dans le monde académique... En réalité, tôt ou tard, on devra travailler avec l’entreprise.

De leur côté, il faudrait que les entreprises s’ouvrent davantage aux universités. Elles ont tendance à privilégier les grandes écoles. Les ingénieurs, il est vrai, sont mieux préparés que nous à affronter les réalités de l’entreprise. Alors que l’université reste focalisée sur les carrières académiques.

Dans ma promotion, la plupart sont parvenus à décrocher un poste, que ce soit dans le public ou le privé. Je fais partie des 20 % qui peinent à trouver un emploi stable. Question d’opportunité, sans doute. Peut-être aussi aurais-je dû dès le début me concentrer sur la recherche d’un poste en CDI. Mais ma thèse portait sur un sujet de recherche fondamentale : de toute façon, cela n’aurait pas été facile.

A 30 ans, comment voyez-vous votre avenir ?

Je ne vais pas retenter indéfiniment les concours d’entrée. Je voudrais surtout continuer à travailler dans la R&D -mais pas forcément dans le monde de l’entreprise. D’un autre côté, il me semble que mon profil commence à intéresser les recruteurs. J’espère aussi faire mes preuves au CEA, et peut-être y décrocher enfin un poste en CDI... A vrai dire, j’hésite ces entre deux voies.

Côté moral, il y a des hauts et des bas... J’ai progressé pour mes entretiens. Mais je me rends compte que le marché de l’emploi est difficile. Quand on arrête de travailler, on se dit que c’est dommage d’avoir étudié si longtemps en vain.

Propos recueillis par Jean-Claude LEWANDOWSKI


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Illustration de Kyle Thompson



Commentaires

Logo de Fanny
mercredi 30 mai 2012 à 19h05 - par  Fanny

Le problème c’est que quand on connait bien le fameux "monde de l’entreprise", on se dit que la recherche publique c’est pas si mal, même si on est pas payé.
En fait, je dirais même que lorsque je vois ce type de raisonnement, je sais que je vais avoir affaire à quelqu’un qui ne connait pas l’entreprise.

C’est pas le monde de l’entreprise qu’il faut connaitre, c’est les règles et les codes du marché du travail. Légèrement différent.

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Calendrier de la campagne 2013 de qualification universitaire

lundi 9 juillet 2012

Sur le site du ministère :

Chaque candidat doit remplir un dossier pour chacun des deux rapporteurs désignés. Ce dossier comprend :

les pièces obligatoires précisées dans l’article 4 de l’arrêté du 16 juillet 2009 modifié par arrêté du 20 août 2010 des documents complémentaires exigés par les différentes sections du CNU. Ils seront communiqués ultérieurement.

La validité de la qualification est appréciée à la date de clôture des inscriptions au concours ouvert pour chaque emploi. Les candidats à la qualification ne peuvent pas se porter candidats sur les postes dont le dépôt de candidatures serait clos avant la date de prise d’effet de leur qualification

Nouvelle politique des Préfectures sur le titre de séjours scientifiques

samedi 19 février 2011

Voici une petite réactualisation concernant les titres de séjour scientifiques transmise par Sophie Gerber (INRA) :

La Préfecture a changé de politique concernant la durée des titres de séjour scientifiques. Elle ne délivrera plus automatiquement des titres d’un an comme elle le faisait jusque là indifféremment pour les séjours inférieurs et supérieurs à un an. Dorénavant, dans le cas d’un renouvellement de titre de séjour scientifique, la durée inscrite sur la convention sera prise en compte. Ainsi si la convention dure plus d’un an le chercheur bénéficiera d’un titre pluriannuel mais si la convention dure moins d’un an, le titre de séjour expirera le même jour que la fin de la convention. J’attire votre attention sur ce dernier point qui peut s’avérer problématique pour les chercheurs.

A titre d’exemple, une convention d’accueil d’une durée de six mois donnera droit à un titre de séjour de six mois et non plus d’un an, il faudra donc anticiper les renouvellements de contrat plus de deux mois en avance sous peine de devoir recommencer la procédure de demande de convention d’accueil et de renouvellement de titre de séjour tous les six mois. Je vous rappelle qu’une convention d’accueil peut couvrir plusieurs contrats successifs et peut permettre à un chercheur de consacrer son temps et son énergie à ses recherches sans avoir à courir après sa nouvelle convention d’accueil tous les trois mois.

De plus à chaque renouvellement de sa carte de séjour, un scientifique doit s’acquitter d’une taxe OMI de 110 euros.

Recrutement 2011 de PRAG / PRCE

jeudi 2 décembre 2010

[Blog Histoires d’universités | 30/11/2010 | par Pierre Dubois]

À quoi aboutissent deux modes de gestion des ressources humaines, celui des universités autonomes passées aux “responsabilités et compétences élargies” et celui centralisé du ministère de l’Éducation nationale ? A une situation parfaitement ubuesque. La preuve : la procédure de recrutement des PRAG et des PRCE dans les universités pour l’année 2011 est lancée. On se dit que son calendrier et ses différentes étapes vont forcément coincer ici ou là.

(...)

Listes de qualifications : précision sur leur expiration

vendredi 29 octobre 2010

Depuis le décret n°2009-460, « La liste de qualification cesse d’être valable à l’expiration d’une période de quatre années à compter du 31 décembre de l’année de l’inscription sur la liste de qualification. » Ainsi, si vous avez été qualifié en janvier ou février 2007, vous restez qualifié jusqu’au 31/12/2011. Vous pouvez ainsi postuler sur les postes publiés au fil de l’eau en 2011 sans redemander une nouvelle qualification.

Campagne de recrutement ATER 2010-2011 à Paris 8

lundi 3 mai 2010

Campagne ouverte du 28 avril 2010 au 20 mai 2010 inclus

  • Université de Paris 8 à Saint Denis Des postes sont susceptibles d’être vacants dans les sections suivantes : 01, 02, 03, 05, 07, 11, 12, 16, 18, 23, 25 - 26, 27, 61, 70, 71.
  • Institut technologique de Montreuil
    Sections 61 et 27.
  • Institut Technologique de Tremblay
    Pour les sections suivantes : 71 et 11.

Pour plus d’informations et télécharger le dossier de candidature pour l’année universitaire 2010-2011

http://www.univ-paris8.fr - rubrique : enseignants – ATER

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