Dans son point de presse, la ministre s’est d’emblée mise dans les pas d’Hubert Curien - ministre de la recherche sous Mitterrand en 1984-1986 et entre 1988 et 1993. Non qu’elle prétende l’égaler comme scientifique (il fut cristallographe) ou dans ses responsabilités (il a dirigé le Cnrs et le Cnes), mais en le présentant comme une sorte "d’étoile", guide pour son action. Une manière également de passer à l’as tant les phases d’essor rapide de la recherche publique entre 1981 et 1984 que la période Claude Allègre (1997-2000) et Roger-Gérard Schwartzenberg (2000-2002) sous Lionel Jospin.
Les deux mots principaux de son discours de la méthode furent "confiance" et "dialogue". La ministre veut ré-instaurer une relation de confiance entre le monde politique et celui des laboratoires, ainsi qu’entre ce dernier et les citoyens.
Le premier couple signifie la fin des méthodes "brutales" de Nicolas Sarkozy, son discours "méprisant" du 22 janvier 2009, le refus de la mobilisation par la "provocation". Fioraso voit dans la visite d’hommage à Marie Curie de François Hollance la marque d’une confiance envers la recherche, les chercheurs, et leur capacité à aider la société à relever les défis d’un 21ème siècle qui verra la population mondiale « passer les 9 milliards d’habitants dans un monde où les ressources naturelles sont limitées et où les disparités entre pays sont trop fortes. »
Le second couple signifie pour elle la nécessité d’entretenir un dialogue continu sur les promesses comme sur les risques des technologies - elle a illustré ce point de vue dans son rapport à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques sur la biologie de synthèse (lire ici).
La ministre a donc commencé par verser du miel sur les cicatrices laissées par Nicolas Sarkozy. Le CNRS et les autres organismes de recherche verront leur rôle de « pilotage » dans la politique scientifique réaffirmé et les Unités mixtes de recherche (entre universités et organismes) seront remis dans leur place centrale. Elle annonce que les Assises de l’Enseignement supérieur et de la recherche, prévues pour fin octobre début novembre aboutiront à une « nouvelle loi cadre » qui remplacera la LRU. Elle annonce un « rééquilibrage des crédits » entre l’ANR et les crédits récurrents des laboratoires, comme une révision du rôle de l’AERES ainsi qu’une « simplification » des dispositifs visant à diminuer le temps perdu par les chercheurs à la « chasse aux crédits ».
Ces propos, glisse Bruno Chaudret, le Président du Conseil scientifique du CNRS, lui ont bien sûr attiré un satisfecit général de ses interlocuteurs.
Toutefois, des inquiétudes pointent déjà. Bruno Chaudret remarque ainsi que « tant que l’on parle de changements qui ne coûte rien... ça va. C’est ensuite que les problèmes commencent. » D’ailleurs, à ma question précise sur la stagnation du nombre de docteurs es-sciences formés chaque année depuis... la fin du mandat de Curien justement, Geneviève Fioraso a répondu qu’elle « espérait » être la ministre d’une augmentation de leur nombre. Mais n’a évoqué, vaguement, que les conventions CIFRE (le thésard fait sa thèse dans l’industrie) pour arriver à ce résultat. Or, la vraie question est : combien de contrats pour financer ces thèses ?
Autre source d’inquiétudes chez certains chercheurs et universitaires, la "coloration" de son cabinet. On y trouve Lionel Collet comme "dir-cab" - un poste qui, en général, n’est pourvu que sur autorisation, voire sur ordre, du Premier ministre - mais aussi Jacques Fontanille et Daniel Filâtre qui, à la Conférence des présidents d’universités, avaient plus joué la coopération avec Valérie Pécresse que la confrontation directe, ce qui leur avait été vivement reprochés par ceux qui manifestaient en 2009. La "réconciliation" voulue par Vincent Peillon (lire ici) tourne pour l’instant à la victoire d’une partie seulement.
Lors de sa participation au Conseil Scientifique, la ministre a été questionnée par Arnaud Le Ny sur le devenir de l’IDEX de Saclay. Sujet polémique s’il en est, avec la signature express de la convention avec l’État juste avant la défaite de Sarkozy. Or, la réponse de la ministre, d’après Le Ny, fut pour l’essentiel dilatoire. Ces constructions juridiques établies par Sarkozy essentiellement pour minorer la place des universités dans les dispositifs destinés à gérer les fonds des IDEX (les intérêts des emprunts et placements dont pour l’instant les universitaires et chercheur n’ont en réalité par vu la couleur....) seront-ils confortés, amendés, ou revus de fond en comble ? La question est ouverte, mais certains universitaires craignent leur perpétuation.
Dans cette situation, les discussions devraient être assez vives entre universitaires et scientifiques sur l’attitude à avoir, en particulier pour les prochaines élections. Faut-il soutenir dès le premier tour les candidats du PS et qui se réclament de François Hollande ? Ou faut-il soutenir tant que possible d’autres candidats, ceux du Front de Gauche par exemple ? Bruno Chaudret avait en quelque sorte devancé cette double question en soutenant la candidature de Jean-Luc Mélenchon, à titre personnel bien sûr.
Par Sylvestre Huet


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