Fioraso au Cnrs : satisfactions et inquiétudes

{Sciences²} | 24 mai 2012 | par Sylvestre Huet
vendredi 25 mai 2012
par  antonin
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La visite au Cnrs de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso, s’est terminée par un point de presse dont je reviens.

En résumé, la ministre a obtenu des membres du Conseil Scientifique du Cnrs interrogés un satisfecit très net sur sa méthode et le ton qu’elle emploie... mais des inquiétudes se font déjà jour sur la politique qu’elle pourra conduire.

Dans son point de presse, la ministre s’est d’emblée mise dans les pas d’Hubert Curien - ministre de la recherche sous Mitterrand en 1984-1986 et entre 1988 et 1993. Non qu’elle prétende l’égaler comme scientifique (il fut cristallographe) ou dans ses responsabilités (il a dirigé le Cnrs et le Cnes), mais en le présentant comme une sorte "d’étoile", guide pour son action. Une manière également de passer à l’as tant les phases d’essor rapide de la recherche publique entre 1981 et 1984 que la période Claude Allègre (1997-2000) et Roger-Gérard Schwartzenberg (2000-2002) sous Lionel Jospin.

Les deux mots principaux de son discours de la méthode furent "confiance" et "dialogue". La ministre veut ré-instaurer une relation de confiance entre le monde politique et celui des laboratoires, ainsi qu’entre ce dernier et les citoyens.

Le premier couple signifie la fin des méthodes "brutales" de Nicolas Sarkozy, son discours "méprisant" du 22 janvier 2009, le refus de la mobilisation par la "provocation". Fioraso voit dans la visite d’hommage à Marie Curie de François Hollance la marque d’une confiance envers la recherche, les chercheurs, et leur capacité à aider la société à relever les défis d’un 21ème siècle qui verra la population mondiale « passer les 9 milliards d’habitants dans un monde où les ressources naturelles sont limitées et où les disparités entre pays sont trop fortes. »

Le second couple signifie pour elle la nécessité d’entretenir un dialogue continu sur les promesses comme sur les risques des technologies - elle a illustré ce point de vue dans son rapport à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques sur la biologie de synthèse (lire ici).

La ministre a donc commencé par verser du miel sur les cicatrices laissées par Nicolas Sarkozy. Le CNRS et les autres organismes de recherche verront leur rôle de « pilotage » dans la politique scientifique réaffirmé et les Unités mixtes de recherche (entre universités et organismes) seront remis dans leur place centrale. Elle annonce que les Assises de l’Enseignement supérieur et de la recherche, prévues pour fin octobre début novembre aboutiront à une « nouvelle loi cadre » qui remplacera la LRU. Elle annonce un « rééquilibrage des crédits » entre l’ANR et les crédits récurrents des laboratoires, comme une révision du rôle de l’AERES ainsi qu’une « simplification » des dispositifs visant à diminuer le temps perdu par les chercheurs à la « chasse aux crédits ».

Ces propos, glisse Bruno Chaudret, le Président du Conseil scientifique du CNRS, lui ont bien sûr attiré un satisfecit général de ses interlocuteurs.

Toutefois, des inquiétudes pointent déjà. Bruno Chaudret remarque ainsi que « tant que l’on parle de changements qui ne coûte rien... ça va. C’est ensuite que les problèmes commencent. » D’ailleurs, à ma question précise sur la stagnation du nombre de docteurs es-sciences formés chaque année depuis... la fin du mandat de Curien justement, Geneviève Fioraso a répondu qu’elle « espérait » être la ministre d’une augmentation de leur nombre. Mais n’a évoqué, vaguement, que les conventions CIFRE (le thésard fait sa thèse dans l’industrie) pour arriver à ce résultat. Or, la vraie question est : combien de contrats pour financer ces thèses ?

Autre source d’inquiétudes chez certains chercheurs et universitaires, la "coloration" de son cabinet. On y trouve Lionel Collet comme "dir-cab" - un poste qui, en général, n’est pourvu que sur autorisation, voire sur ordre, du Premier ministre - mais aussi Jacques Fontanille et Daniel Filâtre qui, à la Conférence des présidents d’universités, avaient plus joué la coopération avec Valérie Pécresse que la confrontation directe, ce qui leur avait été vivement reprochés par ceux qui manifestaient en 2009. La "réconciliation" voulue par Vincent Peillon (lire ici) tourne pour l’instant à la victoire d’une partie seulement.

Lors de sa participation au Conseil Scientifique, la ministre a été questionnée par Arnaud Le Ny sur le devenir de l’IDEX de Saclay. Sujet polémique s’il en est, avec la signature express de la convention avec l’État juste avant la défaite de Sarkozy. Or, la réponse de la ministre, d’après Le Ny, fut pour l’essentiel dilatoire. Ces constructions juridiques établies par Sarkozy essentiellement pour minorer la place des universités dans les dispositifs destinés à gérer les fonds des IDEX (les intérêts des emprunts et placements dont pour l’instant les universitaires et chercheur n’ont en réalité par vu la couleur....) seront-ils confortés, amendés, ou revus de fond en comble ? La question est ouverte, mais certains universitaires craignent leur perpétuation.

Dans cette situation, les discussions devraient être assez vives entre universitaires et scientifiques sur l’attitude à avoir, en particulier pour les prochaines élections. Faut-il soutenir dès le premier tour les candidats du PS et qui se réclament de François Hollande ? Ou faut-il soutenir tant que possible d’autres candidats, ceux du Front de Gauche par exemple ? Bruno Chaudret avait en quelque sorte devancé cette double question en soutenant la candidature de Jean-Luc Mélenchon, à titre personnel bien sûr.

Par Sylvestre Huet


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Commentaires

Logo de philippe B
lundi 11 juin 2012 à 19h36 - par  philippe B

Suite aux dérives économiques, programmatiques et sécuritaires du PPP de VINCI université PARIS 7 DIDEROT,

Le changement c’est pour maintenant ?

Il y a urgence ...

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Brèves

Geneviève Fioraso lance à Grenoble ses premières initiatives

mercredi 23 mai 2012

C’est aux terres grenobloises que Geneviève Fioraso, nouvelle ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, a réservé hier [22 mai 2012] sa première sortie officielle en région. Là même où elle a tissé, durant des années, les mailles de l’écosystème innovant grenoblois. (...)

[Extrait] Résoudre la précarité des techniciens de laboratoire

« Malgré le contexte budgétaire difficile, il faut trouver une solution à la situation précaire de certains personnels de techniciens dont l’expertise est indispensable à leur laboratoire. »

Sur le Web : Source : Le Dauphiné

EU: Presidency seeks to expand Erasmus

Tuesday 6 September 2011

UWN | 04 September 2011 | Issue: 187 | Brendan O’Malley

The Polish presidency of the European Union is planning to expand the Erasmus student and staff exchange programme to non-EU countries on its eastern and southern borders.

Barbara Kudrycka, the Polish Minister for Higher Education, said on Tuesday: "We would very much like to see a widening of the Erasmus-scheme to non-EU countries, not only our Eastern neighbors but also for example the ones in the southern neighbourhood. In my view, the best diplomats for countries are students and scientists."

She was speaking at the 22nd European Students’ Convention in the Polish city of Lazy on Tuesday, a four-day event organised by the European Students Union, the umbrella organisation of 45 national unions of students from 38 European countries.

Kudrycka has previously called for all students from Eastern Partnership countries - Armenia, Azerbaijan, Belarus, Georgia, Moldova and Ukraine - to be given the opportunity of studying in EU countries. (...)

Baroin rabote les opérateurs publics

lundi 13 décembre 2010

Interview de François Baroin, ministre du Budget, par le JDD, 12 décembre 2010

JDD : Le Parlement adoptera cette semaine le budget de l’État pour 2011. Vous devez maintenant mettre en œuvre la rigueur. Quelles seront vos premières décisions ?
Baroin : « Il est très important que l’État commence par montrer l’exemple lui-même. Nous avons engagé la réduction de son train de vie. Je réunis demain les directeurs des 497 opérateurs publics [Pôle emploi, Office national des forêts, Commissariat à l’énergie atomique, musée du Louvre, Météo France…] hors universités, qui doivent pour la première fois en 2011 appliquer les mêmes règles de gestion que l’État. Dès l’an prochain, un départ à la retraite sur deux ne sera pas remplacé. Je propose que leur parc de 17.000 automobiles soit réduit de près de 3.000 véhicules, que leurs achats de fournitures soient progressivement diminués de 10% et que leurs superficies immobilières soient ramenées à 12 m² par agent. Nous leur interdirons par ailleurs de recourir à tout endettement. La rémunération au mérite de leurs dirigeants devra aussi être étendue à toute l’équipe de direction. »

Les laboratoires de recherche "hors universités" devront donc être touchés par la rigueur (CNRS, INSERM, CEA, ...). Ce n’est plus toute l’ESR qui est épargnée par les baisse de budgets mais seulement l’Université.

L’Élysée veut "réduire" les organismes de recherche

jeudi 9 décembre 2010

[Science² |09/12/2010]

Arnold Munnich, le conseiller en sciences de la santé de Nicolas Sarkozy relance l’offensive de l’Élysée contre la recherche publique. Il vient de déclarer,que les organismes de recherche allaient subir « une réduction de leur voilure » et laisser la place aux universités pour conduire la recherche.

Pour ce qui est de réduire la voilure, on sait déjà qu’en 2011 le CNRS va diminuer les dotations aux laboratoires de 11% et sabrer 25 millions d’euros dans les budgets des gros équipements.

(...)

Madame la Ministre, le CNESER ne peut être systématiquement contourné...

jeudi 9 décembre 2010

Lettre flash du Snesup, n° 19, 6 décembre 2010

Madame la Ministre,

Pour la deuxième année consécutive, le débat budgétaire en CNESER plénier n’aura pas lieu en décembre. Est-ce une fois de plus, par presse interposée, que les représentants élus de la communauté universitaire prendront connaissance des montants des dotations aux établissements ? Malgré vos déclarations à l’installation du CNESER nouvellement élu en juin 2007, depuis trois ans et demi, vous attachez un soin tout particulier à minorer le rôle du CNESER, et à déposséder ses élus de leur capacité d’intervention constructive pour le service public d’enseignement supérieur et de recherche.

(...)

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