LA CIFRE – Entre avantages et contraintes, retour sur expérience

Master sociologie | 16 avril 2012 | par rydergillespie
dimanche 20 mai 2012
par  antonin
3 votes

Trouver ou recevoir un financement pour réaliser sa thèse se révèle être un enjeu majeur pour assurer au doctorant de bonnes conditions de travail. De nombreuses possibilités existent cependant, parmi lesquelles, la CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la REcherche). Cette possibilité qui lie, dans un accord tripartite, étudiant, laboratoire et entreprise pour la réalisation d’une thèse en trois ans, peut présenter des avantages mais aussi des inconvénients. Il nous est donc apparu intéressant de revenir sur un certain nombre d’expériences vécues de doctorants en contrat CIFRE. L’échange ci-dessous est, nous l’espérons, le premier d’une série. (Si vous êtes intéressés pour apporter votre témoignage sur votre expérience CIFRE ou compléter ce texte, vous pouvez contacter l’équipe du site à cette adresse : redac.socioehess[at]gmail.com)

Pour toute information complémentaire sur la CIFRE : http://www.anrt.asso.fr/

Simone Morgagni, doctorant à l’EHESS et à l’université de Bologne (Italie), nous expose ici son expérience de la CIFRE :

1 – Quelles ont été tes motivations à réaliser une thèse sous convention CIFRE et sur quoi porte ta recherche ? As-tu contacté spontanément l’entreprise ou as-tu répondu à une offre ?

Dans mon cas la motivation a été assez simple dans le sens où j’aurais bien aimé me lancer dans un doctorat mais que je ne l’aurais jamais fait sans financement. Une fois perdue l’occasion de l’allocation de l’école, j’ai commencé à explorer un peu le panorama des possibles et je suis tombé sur la possibilité d’une CIFRE autour de laquelle j’ai construit un premier projet pouvant avoir un intérêt à la fois scientifique et appliqué. Je suis allé le présenter à deux ou trois entreprises susceptibles d’être intéressées, chose qui, par la suite, m’a conduit à entamer ce parcours. Il faut admettre qu’au départ il n’a pas été facile d’identifier et de contacter le bon interlocuteur, mais après les premières prises de contact et les premiers rencontres directes, les choses ont eu tendance à se simplifier progressivement.

2 – Comment a été négocié la CIFRE avec l’entreprise, et éventuellement le laboratoire, sur le choix du sujet (le sujet a-t-il été imposé, ont-il été intéressés par celui que tu proposais) ?

Vue la situation initiale la négociation était assez simple car je suis arrivé avec un projet déjà établi pouvant, tant bien que mal, rentrer dans le cadre des intérêts de l’entreprise dans un domaine dans lequel ils ne faisaient substantiellement pas de recherche. Par conséquent le projet n’a pas vraiment été modifié par rapport à ce que j’avais proposé au départ. Il faut toutefois prendre en compte les modifications et changements pouvant avoir lieu en cours de route suite aux imprévisibles de la recherche et des nécessités internes comme pourraient l’être les changements de politique industrielle, des chefs de départements, des modifications budgétaires et ainsi de suite. Les temps de la recherche sont différents de ceux des entreprises qui évoluent bien plus vite et qui, souvent, ne voient l’activité de recherche que comme une variable d’ajustement mineur à prendre en compte. D’un point de vue économique aussi, il n’a pas fallu négocier grand chose, le salaire étant fixe et le laboratoire n’étant point intervenu.

3 – Quel part de ton temps consacres-tu à l’entreprise et en quoi consiste le travail que tu fournis à l’entreprise ? Est-il utile pour ta propre recherche ?

La question du temps risque toujours d’être un peu difficile à traiter. Dans mon cas, lors de ces deux premières années, j’ai eu la chance de n’avoir quasiment pas travaillé sur autre chose que des projets s’apparentant à ma recherche, or apparemment ce n’est souvent pas le cas. Ce qui est sûr c’est qu’on passe la majeure partie du temps en entreprise ou sur le terrain et de ce point de vue il est assez difficile d’avoir réellement le temps de la recherche en sciences humaines. Personnellement je trouve que si les trois ans de bourse fonctionnent assez bien en sciences dures ou pour les ingénieurs, cela s’avère plus compliqué dans nos disciplines, car la thèse est différemment conçue et nécessite plus de travail pour être aboutie en tant que travail scientifique. Le risque est donc celui d’arriver à temps au bon résultat du coté entreprise et de ne pas arriver nécessairement à terminer une thèse faite de la meilleure manière au niveau scientifique. C’est un peu un risque à prendre et, ce qui est sûr, c’est que la thèse CIFRE n’a pas vocation à produire des enseignants-chercheurs, mais des chercheurs appliqués. Après une CIFRE, si on n’a pas vraiment fait attention et si on ne s’est pas vraiment efforcé dans ce sens, un retour dans l’académie me semble bien plus difficile qu’une insertion définitive dans le monde du travail.

4 – Quels avantages et quelles contraintes posent le travail en entreprise en parallèle du travail pour la thèse ?

Du coté des avantages, sûrement, les moyens économiques, car les entreprises permettent d’obtenir plus facilement et plus rapidement du matériel et de lancer des projets. Personnellement j’ai géré (pour moi ou pour d’autres) un budget annuel qui dépasse de plusieurs fois celui de mon laboratoire, chose qui permet de mieux travailler et d’apprendre à gérer des budgets et des projets. Un autre aspect très positif pour moi a été celui du travail d’équipe, souvent rare en SHS et fondamental dans le cadre d’un projet industriel. Cette manière de travailler permet de s’enrichir plus, de moins se perdre dans son propre travail et de voir les choses sous des aspects différents. Petit hic, dans mon cas, mes collègues n’étant pas des chercheurs, je dois systématiquement me diriger ailleurs pour ne pas me priver de ce type d’échange. Il faut aussi dire que le fait de travailler dans une entreprise plutôt que dans une bibliothèque ou dans une école, fait que les échanges scientifiques fortuits diminuent (celui-ci pourrait être un aspect négatif). Négatif également le fait d’avoir comme premier but celui de développer quelque chose et non pas de faire de la recherche pure ainsi que de devoir systématiquement en démontrer l’utilité à court/moyen terme, bref, une CIFRE c’est avant tout de la production industrielle (que cela soit bien ou mal caché) impliquant un voile de recherche, pas de la recherche pour la recherche.

5 – L’entreprise a-t-elle influencée l’orientation de ta recherche au cours de la réalisation de celle-ci (de manière positive ou négative) ?

Oui, bien évidemment. Il y a eu des unes comme des autres, mais l’entreprise, comme tout contexte, influe fortement sur l’orientation qu’on donne au travail et le but du jeu est probablement celui de ne pas perdre la barre du projet réfléchi au début. C’est une sorte de médiation permanente qu’il faut assumer pour ne pas perdre de vue l’aspect recherche ou l’aspect utilitariste. Comme j’ai eu l’occasion de le dire, un revirement industriel, un changement de politique d’entreprise, une augmentation/diminution de budget, une modification du paysage industriel, un changement de tuteur ou autre peuvent rendre une thèse CIFRE extrêmement plus intéressante ou centrale pour l’entreprise comme la faire basculer du coté des choses inintéressantes. Pas facile.

6 – Existe-t-il des contraintes par rapport à la publication de tes travaux ?

Pour l’instant, et dans mon cas, je n’ai pas eu trop de soucis sur ce point. D’ailleurs, pour éviter cela, j’ai choisi de couper en deux le travail, avec d’un coté une partie de terrain et d’expériences empiriques, et de l’autre une réflexion théorique, tout en cherchant à me protéger par le biais d’un contrat cadre établissant la propriété, la gestion et les limites d’usage des données. A priori il faut considérer que tout ce qui est sensible ne sera pas publié et communiqué et évidemment il en sera de même pour tout ce qui sera à breveter. Le fait est qu’il est assez difficile de répondre à une question de ce type du fait des énormes différences entre disciplines et entre projets. Un ingénieur qui travaille dans le domaine de la défense n’aura probablement pas les mêmes contraintes qu’un sociologue qui travaille sur la réception des concerts de musique classique.

Témoignage recueilli par Cyril Granier et Ryder Gillespie, étudiants EHESS

Coordination : Laura Chartain, allocataire-monitrice mention Sociologie


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Commentaires

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jeudi 29 août 2013 à 10h31 - par  cifre et precarite

des infos sur le contrat cifre :

http://cifre-et-precarite.overblog.com/

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Brèves

Le plus grand nombre de contractuels de la FPE est dans l’enseignement supérieur

vendredi 2 décembre 2011

Selon le Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2010-2011, en 2009, (cf. tableaux p.261 et p.262) on dénombrait un total de 360 907 agents non-titulaires dans la Fonction Publique d’État (FPE). Sans compter les "Emplois statutaires de non-titulaires des ÉPA dérogatoires, dont : Pôle emploi, CROUS, INRAP, Agence de l’eau...". Pour comparaison, il y a 355 001 agents non titulaires dans la Fonction Publique Territoriale (tableau V 1.1-1, p.67).

  • 131 542 agents non-titulaires dans les différents ministères, correspondant à 107000 Équivalent Temps Plein.
  • 229 365 agents non-titulaires dans les EPA (Établissements Publics à caractère Administratif), 181807 ETP, sur un total de 348416 agents. Ce qui fait quasiment 3 fois plus de non-titulaires.
  • En 2009, il y avait 68 915 non-titulaires dans l’Éducation nationale et 75 884 dans l’Enseignement supérieur, soit le plus gros contingent de non-titulaires de tous les ministères (tableau 1.3-3, p.229).
Sur le Web : Lire sur POOLP

Droits d’inscription universitaires 2011-2012

lundi 1er août 2011

JORF n°0176 du 31 juillet 2011, page 13076, texte n° 13

Arrêté du 28 juillet 2011

  • Licence 177€
  • Master 245€
  • Doctorat 372€

Diplôme de médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et paramédicaux 177€, 2e cycle 245€...

Tous les détails pour les autres diplômes ci-dessous :

Sur le Web : Sur legifrance.gouv.fr

Section 19 du CNU, suite et pas fin (du tout)

samedi 18 juin 2011

Agora relance le dossier "auto-promotion" qui se déroule au sein de la section 19 du Conseil National Universitaire (CNU) :

Nous vous relayions il y a quelques jours la déclaration de professeurs siégeant au sein de la 19e section du CNU et dénonçant les nouvelles auto-promotions dont elle a été le théâtre. Pour compléter cette dernière, nous reproduisons, avec sa permission, la lettre ouverte qu’Alain Quemin a adressé à ses collègues. Voilà qui devrait alimenter les discussions au prochain Congrès de l’Association française de sociologie (AFS), début juillet à Grenoble, où les principaux intéressés ne seront malheureusement sans doute pas présents…

Sur le Web : La suite sur Agora

Répression policière à l’École Normale Supérieure

mardi 19 avril 2011

Communiqué du 19 avril 2011

Alors que les grévistes allaient entamer leur 100éme jour de grève et que les négociations avec la direction suivaient leur cours, la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a décidé d’ordonner l’évacuation des locaux occupés par les grévistes et les étudiants qui soutenaient le mouvement. A 6h, les forces de l’ordre en nombre conséquent ont délogé les occupants sans sommation en défonçant la porte. 14 personnes ont été arrêtées et sont actuellement retenues au commissariat du 5éme arrondissement.

Après le référé au tribunal administratif et les menaces quotidiennes des huissiers, la direction de l’ENS franchit un pas de plus dans la répression de ses propres salariés précaires et étudiants syndiqués et non syndiqués. Le mouvement social est déterminé à continuer la lutte et ne cédera pas aux pressions comme aux menaces physiques.

Le comité de mobilisation de l’ENS


Le comité a appelé à un rassemblement de soutien aux interpelés qui sont sorti du commissariat vers 9h30, puis à une assemblée Générale à l’ENS (45 rue d’Ulm) à 12h.

Affaire Lorne : Valérie Pécresse missionne le recteur pour que soit lancée la procédure disciplinaire

lundi 18 avril 2011

Après le refus du président de l’université de Bretagne occidentale Pascal Olivard de saisir la section disciplinaire à l’encontre de Pascal David, président de la commission de spécialistes qui n’avait pas titularisé Marie-Claude Lorne, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche hausse le ton.

Valérie Pécresse a demandé, le 18 avril 2011, au tout nouveau recteur de l’académie de Rennes Alexandre Steyer "de saisir formellement le président de l’université de Bretagne occidentale pour qu’il engage les poursuites, et l’informer qu’à défaut il se substituera à lui pour initier la procédure devant la section disciplinaire, à l’expiration d’un délai d’un mois".
La ministre fait référence au décret du 13 juillet 1992 qui dispose qu’en "cas de défaillance de l’autorité responsable, le recteur d’académie peut engager la procédure après avoir saisi cette autorité depuis au moins un mois".
Valérie Pécresse souhaite ainsi que "la lumière soit faite sur les dysfonctionnements importants et les manquements, notamment à la déontologie universitaire commis lors de l’examen du dossier de titularisation, en 2008, de Marie-Claude Lorne". En attendant que la "mission sur l’éthique et la déontologie universitaires" ne fasse des propositions pour "garantir éthique et transparence à toutes les étapes de la carrière des enseignants-chercheurs".

EducPros, Sophie Blitman, 18.04.11

Sur le Web : Sur EducPros.fr
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