Être doctorante et mère à la fois

Blog Ressources pour la thèse et au-delà | 22 mars 012 | par Bénédicte Peslier-Peralez
vendredi 23 mars 2012
par  antonin
8 votes

Eu égard aux nombreuses remarques, mêlées tantôt d’étonnement, tantôt de scepticisme, qui me sont adressées lorsque je fais le récit de ma première année de contrat doctoral, qui est aussi celle de la naissance de ma fille, il me semble important de partager mon expérience afin d’infirmer l’idée selon laquelle études et maternité ne peuvent guère se côtoyer.

Ma démarche sera simple : elle consistera à déjouer plusieurs préjugés sur la question et à rassurer ceux ou celles qui souhaitent mener de concert ces deux beaux et honorables projets que sont la thèse et l’accompagnement d’un enfant dans les premières années de sa vie. Aucun prosélytisme de ma part : je n’ai nullement l’intention d’encourager la natalité pendant la thèse ! J’aborderai chronologiquement chacune des questions, tant d’ordre personnel que d’ordre administratif et professionnel, qui se posent au gré des années de doctorat.

 Comment concilier la thèse et l’arrivée d’un enfant, voire plus généralement, la thèse et la présence d’un enfant chez soi ?

Disons d’emblée qu’il n’y a pas de période plus propice qu’une autre pour se lancer dans un projet de grossesse pendant la thèse. Je connais une jeune femme qui a donné naissance à son 4è enfant six mois à peine avant de soutenir une thèse unanimement saluée par le jury ! Dans mon cas, mes recherches n’en étaient qu’aux prémisses lorsque ma fille est née. Quel que soit le cas de figure, les débuts de la maternité nous imposent une vie plus sédentaire qu’à l’ordinaire – mais là encore, la contrainte varie selon les choix d’allaitement, de mode de garde qui sont faits – et nous obligent à renoncer à certains déplacements. Néanmoins, il suffit déjà de ne pas habiter dans la ville de son université pour être confronté parfois à de telles frustrations. Pour ma part, je n’avais pas prévu de colloques cette année-là et j’ai pu compenser au cours des années suivantes. N’oublions pas, enfin, qu’un nourrisson dort normalement beaucoup et laisse du temps pour travailler !

Il va de soi qu’un mode de garde doit être envisagé rapidement : s’il est aisé de travailler jusqu’au premier anniversaire de son enfant, il est presque impossible, à partir de là, de s’adonner sérieusement aux tâches universitaires tout en s’occupant de lui. L’on est trop souvent sollicité, sans compter que la mise en concurrence des deux projets nuit et à l’un et à l’autre : soit l’on culpabilise de ne pas travailler, soit l’on s’en veut de ne pas consacrer assez de temps à son enfant. Mieux vaut accepter de ne pas être à ses côtés au cours de la journée et partager avec lui les heures de la fin d’après-midi jusqu’à la soirée.

 Peut-on facilement faire reconnaître et valoir son congé maternité par l’administration lorsqu’on souscrit à un contrat doctoral ?

Oui. Quand bien même la future mère serait semestrialisée et devrait partir au début du mois de novembre en congé de maternité, on ne peut légitimement pas l’en empêcher. Toutefois, je suppose que chaque université procède comme elle l’entend. En outre, le savoir-vivre veut que l’on prévienne le département dont on dépend afin que les responsables puissent prévoir le remplacement des cours.

À Paris III, non seulement la naissance de ma fille a été accueillie avec chaleur, mais j’ai été remplacée pendant mon congé de maternité et déchargée de la correction des copies de partiel. Par politesse et par solidarité pour mes collègues, j’ai proposé d’assurer moi-même ces corrections, dans la mesure où l’on me faisait parvenir les copies. J’ai aussi indiqué que l’on pouvait aménager mon travail sur l’année– j’étais semestrialisée – de façon à rattraper d’une autre manière les quelques heures manquantes. L’on m’a rétorqué qu’il n’y avait aucune raison que je ne bénéficie pas des conditions dont jouissent les futures mères pendant un congé de maternité.

Je rappelle que le contrat doctoral doit faire apparaître un alinéa relatif aux congés maladie et autres absences. Toute doctorante peut donc demander la prolongation de la durée de son contrat, soit 4 mois, à l’issue des trois années officielles de son contrat. J’ignore, en revanche, comment se présente la situation lorsqu’on est ATER, mais dès lors que l’on souscrit à un contrat de travail, l’on bénéficie d’une protection sociale et de droits.

 La conciliation des deux projets peut-elle être mal reçue par le milieu universitaire ?

La réponse est oui, dans la mesure où chacun est libre de penser que la priorité doit être donnée à la thèse sur l’établissement d’une vie de famille. À l’inverse, j’ai déjà été félicitée de conjuguer les deux au nom de principes tout à fait personnels. Ceci dit, l’on peut aussi être en couple avec quelqu’un qui a déjà des enfants, sans que personne n’en sache rien.

De façon générale, la sollicitude vis-à-vis de nos collègues et de nos responsables est récompensée par celle des différents interlocuteurs auxquels nous avons affaire au cours de la thèse. Il suffit de prévenir tous ceux qui pourraient être importunés par notre absence – programmée ou non… certains congés sont anticipés contre notre gré. J’avais personnellement fait le choix d’avertir mon directeur de thèse et mon département de recherche avant même le début des cours, afin de prévoir d’éventuels remplaçants en cas de problème.

Aucune université ne peut en théorie refuser d’attribuer un contrat sous prétexte que la doctorante est enceinte et ne pourra, par conséquent, se consacrer pleinement à sa thèse. En pratique, rien n’empêche de maquiller les raisons qui ont prévalu à ce refus… C’est un risque à prendre.

De fait, il n’y a pas de doctorant modèle. Tel croit être beaucoup plus efficace parce qu’il n’a pas à consacrer de temps à un enfant qui sacrifiera plusieurs heures de travail hebdomadaires pour une passion, un loisir, une cause, ou pour des raisons familiales ou personnelles… En un sens, je m’aperçois que l’organisation de mes journées, conditionnée par le rythme de mon enfant, m’a appris à être très efficace. Ne généralisons pas : il faut du temps pour faire de la recherche, mais il n’est pas rare que l’on mène plus rondement son travail lorsqu’on sait que notre journée s’achève à 16h30 que lorsqu’on ne donne aucune limite à son emploi du temps.

Je terminerai par une remarque simple : tout est question de priorité. Il est des années où l’on privilégie les cours, d’autres où la rédaction passe avant toute chose. La grossesse et l’éducation d’un jeune enfant ne sont qu’une variable supplémentaire, au même titre que notre vie sentimentale. L’essentiel consiste d’abord à assumer son choix, à accepter les contretemps et à s’accorder une marge de manœuvre afin de ne pas être pris au piège par un calendrier trop serré.

par Bénédicte Peslier-Peralez


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Illustration : Anja Photography



Commentaires

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dimanche 12 mars 2017 à 14h24 - par  antonin

Bonjour,
Non et je pense que c’est plus facile au début qu’à la fin. Il faut surtout bien faire reconnaître ces congés maternités afin de prolonger d’autant le contrat doctoral. Là il y a a eu des administrations qui ont posé problème... Mettez en place des solutions de travail à distance et collaboratif avec votre labo de rattachement car cela vous donnera plus de souplesse ;)

dimanche 12 mars 2017 à 11h28

Bonjour
pour le congé maternité, est ce problématique d’avoir commencer sa grossesse juste avant de signer le contrat doctoral ? En tombant enceinte tot dans votre these avez vous eu des problèmes à ce sujet ?
’Merci

samedi 12 juillet 2014 à 16h53

Je vous remercie pour ce billet :)

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Calendrier de la campagne 2013 de qualification universitaire

lundi 9 juillet 2012

Sur le site du ministère :

Chaque candidat doit remplir un dossier pour chacun des deux rapporteurs désignés. Ce dossier comprend :

les pièces obligatoires précisées dans l’article 4 de l’arrêté du 16 juillet 2009 modifié par arrêté du 20 août 2010 des documents complémentaires exigés par les différentes sections du CNU. Ils seront communiqués ultérieurement.

La validité de la qualification est appréciée à la date de clôture des inscriptions au concours ouvert pour chaque emploi. Les candidats à la qualification ne peuvent pas se porter candidats sur les postes dont le dépôt de candidatures serait clos avant la date de prise d’effet de leur qualification

Nouvelle politique des Préfectures sur le titre de séjours scientifiques

samedi 19 février 2011

Voici une petite réactualisation concernant les titres de séjour scientifiques transmise par Sophie Gerber (INRA) :

La Préfecture a changé de politique concernant la durée des titres de séjour scientifiques. Elle ne délivrera plus automatiquement des titres d’un an comme elle le faisait jusque là indifféremment pour les séjours inférieurs et supérieurs à un an. Dorénavant, dans le cas d’un renouvellement de titre de séjour scientifique, la durée inscrite sur la convention sera prise en compte. Ainsi si la convention dure plus d’un an le chercheur bénéficiera d’un titre pluriannuel mais si la convention dure moins d’un an, le titre de séjour expirera le même jour que la fin de la convention. J’attire votre attention sur ce dernier point qui peut s’avérer problématique pour les chercheurs.

A titre d’exemple, une convention d’accueil d’une durée de six mois donnera droit à un titre de séjour de six mois et non plus d’un an, il faudra donc anticiper les renouvellements de contrat plus de deux mois en avance sous peine de devoir recommencer la procédure de demande de convention d’accueil et de renouvellement de titre de séjour tous les six mois. Je vous rappelle qu’une convention d’accueil peut couvrir plusieurs contrats successifs et peut permettre à un chercheur de consacrer son temps et son énergie à ses recherches sans avoir à courir après sa nouvelle convention d’accueil tous les trois mois.

De plus à chaque renouvellement de sa carte de séjour, un scientifique doit s’acquitter d’une taxe OMI de 110 euros.

Recrutement 2011 de PRAG / PRCE

jeudi 2 décembre 2010

[Blog Histoires d’universités | 30/11/2010 | par Pierre Dubois]

À quoi aboutissent deux modes de gestion des ressources humaines, celui des universités autonomes passées aux “responsabilités et compétences élargies” et celui centralisé du ministère de l’Éducation nationale ? A une situation parfaitement ubuesque. La preuve : la procédure de recrutement des PRAG et des PRCE dans les universités pour l’année 2011 est lancée. On se dit que son calendrier et ses différentes étapes vont forcément coincer ici ou là.

(...)

Listes de qualifications : précision sur leur expiration

vendredi 29 octobre 2010

Depuis le décret n°2009-460, « La liste de qualification cesse d’être valable à l’expiration d’une période de quatre années à compter du 31 décembre de l’année de l’inscription sur la liste de qualification. » Ainsi, si vous avez été qualifié en janvier ou février 2007, vous restez qualifié jusqu’au 31/12/2011. Vous pouvez ainsi postuler sur les postes publiés au fil de l’eau en 2011 sans redemander une nouvelle qualification.

Campagne de recrutement ATER 2010-2011 à Paris 8

lundi 3 mai 2010

Campagne ouverte du 28 avril 2010 au 20 mai 2010 inclus

  • Université de Paris 8 à Saint Denis Des postes sont susceptibles d’être vacants dans les sections suivantes : 01, 02, 03, 05, 07, 11, 12, 16, 18, 23, 25 - 26, 27, 61, 70, 71.
  • Institut technologique de Montreuil
    Sections 61 et 27.
  • Institut Technologique de Tremblay
    Pour les sections suivantes : 71 et 11.

Pour plus d’informations et télécharger le dossier de candidature pour l’année universitaire 2010-2011

http://www.univ-paris8.fr - rubrique : enseignants – ATER

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