Education nationale : contractuel attend titularisation

Le Monde | 02/03/2012 | par Flora Genoux
vendredi 9 mars 2012
par  antonin
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"Il y a eux et il y a nous" : depuis quelques années, Virginie (son prénom a été changé) évite de faire part de son statut à ses collègues dans la salle des professeurs. Elle fait partie des quelque 24 000 enseignants non titulaires de l’éducation nationale, soit près de 5,8 % des enseignants, selon les chiffres des syndicats pour l’année 2010-2011. Plus des trois quarts d’entre eux sont en CDD. Depuis 2007, la situation n’a fait qu’"empirer" : la part de non-titulaires dans l’éducation nationale, essentiellement dans les collèges et lycées, a en effet augmenté de 25 %, selon les syndicats. Les agents de ce ministère seraient ainsi les premiers concernés, en nombre, par le projet de loi définitivement adopté par le Parlement jeudi 1er mars sur la tituralisation des précaires dans la fonction publique.

 ULTIME VARIABLE D’AJUSTEMENT

Au regard de ce projet de loi, estime le syndicat UNSA-éducation, environ 8 000 professeurs pourraient accéder à la titularisation (soit la possibilité d’obtenir le statut de fonctionnaire) ou à un CDI (sans statut de fonctionnaire). Le ministère de l’éducation nationale avance lui le chiffre de "dix mille enseignants [qui] pourraient bénéficier d’un plan de titularisation". "C’est un premier pas, mais pas suffisant pour pallier les manques", estime le syndicat. Malgré ce texte, le SNES craint qu’une "politique du contractuel ne se mette en place".

Dès la rentrée, nombreux étaient les contractuels parmi les professeurs. Conséquence de la suppression de 66 000 postes sur la durée du quinquennat, les titulaires manquaient, poussant les chefs d’établissement à agir à la marge : heures supplémentaires pour les professeurs titulaires, suppression d’options, regroupement de classes. Le vivier de professeurs titulaires dédiés au remplacement s’épuisant, "le recours aux contractuels est exponentiel à mesure que l’année avance", estime Isabelle Poussard, permanente au SNPDEN, le Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale. "Les besoins de remplacements deviennent plus aigus en février et au printemps avec les épidémies, les congés maternités et quelques départs à la retraite", confirme de son côté Anne Feray, du syndicat enseignant SNES. Les contractuels apparaissent alors comme l’ultime variable d’ajustement. En mars 2010, le ministre de l’éducation, Luc Chatel, encourageait d’ailleurs le recours dans "chaque académie" à "un vivier complémentaire de personnels contractuels remplaçants".

 PLUS DE CONTRACTUELS DANS LES ÉTABLISSEMENTS DIFFICILES

"Les étudiants sont aussi moins nombreux à préparer les concours, remarque Anne Feray, il y a une dégradation du métier d’enseignant." Les résultats du Capes pèsent aussi sur le nombre de titulaires. En mathématiques par exemple, 950 postes étaient ouverts, 574 personnes seulement ont été admises au concours. Idem dans d’autres disciplines : l’éducation musicale, les lettres modernes et classiques, l’anglais. Des contractuels sont donc recrutés pour les matières générales. Un changement : il y a quelques années, ils étaient essentiellement recherchés pour des matières très spécialisées, notamment en lycée professionnel.

Les besoins varient selon les matières, mais aussi selon les régions. L’académie de Créteil se situe ainsi largement au-dessus la moyenne nationale : 12 % de ses enseignants sont des contractuels, selon Bruno Bobkiewizc, secrétaire académique à la SNPDEN. Dans cette académie, le nombre de précaires augmente mécaniquement en fonction de la "difficulté" réputée des établissements, selon ce proviseur : "paradoxalement, ce sont dans les établissement où il y a des besoins d’enseignants formés que l’on fait le plus appel aux contractuels". Les titulaires, trop peu nombreux, demandent en effet en priorité des établissements réputés plus calmes. Contacté par Le Monde.fr, le rectorat de Créteil n’a pas commenté ces données.

 "ON NE S’ASSURE PAS DE LA QUALITÉ"

"Ces contractuels sont recrutés dans l’urgence, on ne s’assure pas de la qualité de l’enseignement", dénonce Anne Feray. Selon Bruno Bobbkiewizc, "il est possible de se retrouver avec des gens pas du tout sérieux, avec un avis négatif dans un établissement. Mais comme il y a un besoin dans un autre établissement, on les envoie quand même."

Si elle affirme faire un métier qu’elle adore, Virginie raconte son désaroi : elle enchaîne les CDD et les vacations dans treize établissements différents depuis 2001. Elle a été appelée deux mois après "un entretien de dix minutes" pour enseigner dans une ZEP. Elle connaîtra encore douze autres établissements. "On m’a donné un trousseau de clés et aucune pédagogie, aucun cours", se souvient l’enseignante. Virginie dit faire office de "bouche-trou". "Ce changement chaque année produit une réelle impossibilité de travailler en équipe, car à peine je commence à connaître mes collègues, les méthodes d’un établissement, que l’année s’achève", raconte-t-elle. A 42 ans, elle vient de signer un nouveau CDD pour un an. Avec ce que cela signifie également à titre personnel : "Comment construire une vie avec cette précarité ?", s’interroge-t-elle.

Malgré l’expérience qu’elle a accumulé, Virginie ne peut prétendre à l’obtention d’un CDI. Il lui faudrait pour cela avoir effectué des CDD sans aucune interruption. En réalité, les contrats sont fréquemment signés en discontinu. D’après le projet de loi, la période nécessaire resterait de six ans pour l’obtention d’un CDI, spécifient les syndicats. Elle serait en revanche ramenée à quatre ans pour la titularisation, doublée d’un examen. Une interrogation demeure cependant sur le type d’examen, selon l’UNSA : concours ou examen professionnel.

par Flora Genoux


Lire sur le site lemonde.fr

Photo : AFP, Patrice Coppee



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US : Dwindling tenure posts

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Sur le Web : Read on nature.com

Les coupes budgétaires pèsent sur la recherche académique américaine

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Une recherche académique en récession aux USA...

Étudiants étrangers : la sénatrice Dominique Gillot dépose une proposition de loi visant à améliorer leurs conditions d’accueil et de séjour

vendredi 15 février 2013

« Il n’est (?) ni dans l’intérêt des pays d’origine, ni dans le nôtre, de renvoyer chez eux les étrangers dès la fin de leurs études. Au contraire, c’est après au moins une première expérience professionnelle que ces diplômés pourront, à leur retour chez eux ou à l’international, mettre à profit les compétences acquises en France et en faire la promotion. » Voilà ce qu’écrit Dominique Gillot, sénatrice (PS) du Val d’Oise, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France qu’elle dépose mardi 12 février 2013.

« Droit illimité au séjour » pour les diplômés d’un doctorat français. Dans son article 4, la proposition de loi « crée un droit illimité au séjour en France pour tout diplômé d’un doctorat obtenu en France, à qui la carte ’compétences et talents’ est délivrée sur sa demande ». Il est précisé que « cette disposition a vocation à favoriser les échanges entre les pays d’origine et la France, permettant de développer une coopération économique continue, enrichissante, sans pillage des cerveaux des pays émergents ».

Titularisations loi Sauvadet : du nouveau ?

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  • Reçu ce jour sur la liste SLR-débats -
    Selon l’AEF (dépêche n° 174978 du 22/11, extraits) :
  • « Le MESR « a obtenu les moyens de créer une voie supplémentaire et réservée d’accès à la fonction publique. En 2013, plus de 2 000 personnes pourront en bénéficier », se réjouit Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, dans un communiqué mercredi 21 novembre 2012, après avoir reçu « les organisations syndicales représentatives dans l’enseignement supérieur et la recherche pour leur annoncer le plan d’action ministériel pour la résorption de l’emploi précaire ». Cette réunion faisait suite au comité technique ministériel du 6 novembre dernier, qui n’avait pas pu se tenir faute de quorum : la CGT, la FSU et FO avaient en effet refusé de siéger pour protester contre les modalités de titularisation des contractuels retenues par le MESR
  • La ministre rappelle que le recensement effectué fait état de 8 400 précaires à ce jour dans les universités et de 1 400 dans les organismes de recherche. Elle se donne « pour objectif de conduire le plan de titularisation en quatre ans ». « En complément, les nouvelles orientations de l’ANR (Agence nationale pour la recherche) vont contribuer à diminuer le flux de nouveaux CDD. En particulier, aucun projet scientifique ne pourra être financé s’il repose à plus de 30 % sur le travail d’agents non titulaires ». »
Sur le Web : Lire la suite sur SLR
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