École : Comment organiser la précarité

Témoignage Chrétiens | 13/09/2011 | Par Ariane Puccini
mardi 27 septembre 2011
par  antonin
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Ce sont les pompiers de l’éducation nationale : les professeurs contractuels. Sans formation en IUFM, souvent assurant les remplacements de dernière minute, parfois en CDD, ils doivent enseigner à des collégiens et lycéens.

«  Cherche professeur de collège/lycée en CDD pour la rentrée 2011. » Les annonces qui paraissent via Pôle Emploi à la demande de l’Éducation Nationale pourraient être rédigées ainsi. Car cela devient une habitude : les rectorats font de plus en plus appel à des professeurs non-titulaires.

Ceux-ci ne sont pas fonctionnaires, n’ont pas passé les concours de recrutement (Capes, agrégation), et doivent, sans formation adéquate mais à condition d’être titulaire d’un bac + 3, dispenser des cours à des collégiens et lycéens. À la rentrée 2010, les salles des profs comptaient en moyenne 6 % de non-titulaires, soit 32 000 professeurs dans l’enseignement privé et public.

Une tendance à la hausse sur les six dernières années scolaires : dans le public, le nombre de non-titulaires a bondi de plus de 60 %. Tandis que sur la même période, le nombre d’admis aux concours dans l’enseignement public a reculé de 40 % et que 16 000 suppressions de postes sont annoncées à la rentrée 2011, le recours aux professeurs non-titulaires ne surprend pas les syndicats.

 INSÉCURITÉ PERMANENTE

«  Variables d’ajustement » pour l’Éducation Nationale, selon eux, les professeurs non-titulaires assurent les remplacements ponctuels mais occupent aussi des postes qui n’ont pas été pourvus par les concours. « Pour certaines matières, les concours ne sont simp­lement pas ouverts alors que l’enseignement existe  », explique Matthieu Brabant, responsable du collectif non-titulaire de la CGT Éduc’action.

Sur l’académie de Créteil, championne métro­politaine en matière de précarité des professeurs, le nombre de non-titulaires représente 10 % de l’ensemble des enseignants. « Cela a des conséquences sur la qualité de l’enseignement, explique Dominique Chauvin, co-secrétaire général du SNES Créteil. Parce que ce sont des gens qui n’ont pas de formation professionnelle (dans l’éducation, NDLR). Mais aussi parce que ce sont des personnels qui ne sont pas sûrs d’être en poste l’année suivante. »

« Ils sont dans l’insécurité morale permanente et subissent de fréquentes interruptions de paie, détaille Éric Degorce, secrétaire adjoint Force ouvrière pour l’académie de Créteil. Par exemple, un vacataire qui aurait commencé à travailler le 1er janvier peut espérer toucher un acompte fin mars. »

Car face à la précarité, les non-titulaires ne sont pas tous égaux. Les vacataires ne sont payés qu’à l’heure enseignée pour un maximum de 200 heures par an, et ne bénéficient pas d’indemnités chômage. Les contractuels signent un contrat pour un certain nombre d’heures sur un an maximum, et bénéficient d’indemnités-chômage.

 DIFFÉRENTS STATUTS

Enfin, il existe des professeurs non-titulaires en CDI, qui ont cumulé six ans de CDD sans interruption. Pour autant, ils n’ont pas le même statut qu’un collègue titulaire : s’ils ne sont affectés à aucun poste, ils ne touchent que 70 % de leur salaire. Une situation que Mme Elyasmino, professeur de lettres classiques depuis 20 ans, connaît bien. Elle n’a pas obtenu son Capes après plusieurs tentatives. « Mais franchement, je ne vois pas ce que je dois encore prouver. Chaque année, le rectorat me rappelle. »

Sanaa Tanouti, également contractuelle, enseigne l’anglais depuis 2000. Elle n’espère pas obtenir un jour le Capes : étant marocaine, elle n’est pas autorisée à se présenter aux concours. Fatiguée de jongler avec les emplois du temps de plusieurs établissements, de l’angoisse des rentrées sans affectation, elle s’est décidée à préparer un doctorat en phonétique générale. « C’est dommage, j’aurais préféré enseigner dans le secondaire », soupire-t-elle.

Et pourtant, cette situation a semblé émouvoir Nicolas Sarkozy en janvier 2010, lors d’une émission « Face aux Français » sur TF1. Devant les inquiétudes d’un professeur précaire, il s’était dit « prêt à envisager la titularisation progressive » de ces enseignants. Une loi devrait ainsi être examinée dès l’automne au parlement, pour un vote fin 2011. Les syndicats d’enseignants sont sceptiques : ils ne savent pas combien bénéficieront de cette titularisation, mais ils savent déjà que 16 000 autres postes seront supprimés à la rentrée 2012.

 Paroles de profs précaires

Témoignage de trois professeurs contractuels qui ont connu, pour certains, une rentrée en trombe et qui, tous, attendent la titularisation :


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Brèves

Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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