Les jeunes, des précaires à temps plein

Presseurop | 15/09/2011 | par Wawrzyniec Smoczyński
jeudi 22 septembre 2011
par  antonin
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La crise favorise l’émergence d’une nouvelle classe sociale en Europe. Nommée "le précariat" par les sociologues, elle est composée de jeunes sans perspective d’emploi correct et d’une vie décente.

La jeunesse polonaise actuelle est la première génération "rassasiée". Selon le rapport gouvernemental "Młodzi 2011" ("Les jeunes 2011"), les Polonais de 15 à 34 ans ressemblent à leurs camarades ouest-européens : hédonistes assumés, fervents consommateurs, ils affichent un rapport plutôt détaché à l’institution du mariage, cultivent leur individualisme, mais tiennent à être utiles pour la collectivité.

Tout en considérant le travail comme le socle de leur réussite et bonheur futurs, ils peinent de plus en plus à en trouver. Les Polonais de 18 à 34 ans représentent plus de la moitié des chômeurs déclarés, et le taux de chômage de leur tranche d’âge est deux fois plus élevé que la moyenne nationale de 11,7% (données de juillet 2011).

Le contexte social est à haut risque, comme le montre l’exemple de l’Europe occidentale, régulièrement touchée, depuis quelques années, par les explosions de colère de ses jeunes. Les banlieues de Paris en flammes, les batailles de rue dans le centre d’Athènes, les manifestations de masse à Madrid et, plus récemment, les émeutes à Londres sont les signes évidents d’une crise sociale.

 L’incertitude du lendemain

Les jeunes sont les principales victimes de la crise économique. Actuellement, 20,4% des Européens de 15 à 24 ans à la recherche d’un travail restent sans emploi. C’est environ un tiers de plus qu’en 2008. Ce taux n’est pourtant qu’une moyenne européenne, qui masque des disparités entre les pays qui affichent des taux aussi préoccupants que 42% des jeunes sans emploi en Espagne, 30% dans les pays baltes, en Grèce et en Slovaquie, ou 20% en Pologne, Hongrie, Italie et Suède.

Lorsque les jeunes finissent par trouver un emploi, celui-ci est rarement stable. La Slovénie et la Pologne sont les champions du travail temporaire, puisque 60% des salariés de moins de 25 ans travaillent sous ce type de contrat. La situation n’est guère plus brillante en France, en Allemagne, en Suède, en Espagne et au Portugal, où ce pourcentage dépasse 50%.

La sous-rémunération des jeunes est un autre phénomène très répandu en Espagne, en France et au Portugal. Les Espagnols âgés de 16 à 19 ans ne reçoivent que 45,5% du salaire d’un adulte, ceux de 20 à 24 ans, 60,7%. Ces bas salaires ont une incidence directe sur la recrudescence du nombre de travailleurs pauvres qui, bien que pourvus d’un emploi, ne peuvent subvenir à leurs besoins. Ils sont les plus nombreux en Roumanie (17,9%) et en Grèce (13,8%), devant l’Espagne (11,4%), la Lettonie (11,1 %) et la Pologne (11%).

Ce qui lie toutes ces personnes, c’est l’incertitude du lendemain, qui empêche tout projet, et des salaires si médiocres qu’ils ne permettent pas de vivre décemment. En latin, Precarius signifie "obtenu par la prière". Dans la sociologie actuelle, c’est une personne suspendu entre la prospérité et la pauvreté, dépourvu de sécurité matérielle, et constamment menacé de l’effondrement de son statut social.

Nous assistons ainsi à la naissance d’une nouvelle classe sociale mondiale, affirme Guy Standing, professeur d’intelligence économique à l’Université de Bath et auteur du livre "The Precariat : The New Dangerous Class" (Le précariat, la nouvelle classe dangereuse).

 Le pacte avec le diable

Depuis 20 ans, les gouvernements occidentaux ont réussi à cacher la précarisation de classes moyennes. Les États-Unis et le Royaume-Uni subventionnent les plus bas salaires par le biais du système fiscal. Le Danemark, l’Allemagne et les Pays-Bas ont orienté leur politique sociale vers un système d’encouragement du retour à l’emploi, pour alléger à tout prix les statistiques du chômage. En France, en Italie et en Espagne, l’Etat assiste indirectement ses jeunes en versant des retraites aux parents, lesquels entretiennent leurs enfants au chômage. Les gouvernements des pays développés ont conclu un pacte avec le diable. Ce système ne pouvait pas tenir éternellement. Et il vient de lâcher.

La crise financière a fait planer sur l’Europe la menace de la faillite des Etats et les gouvernements ne peuvent tout simplement plus se permettre de dissimuler le précariat à coup d’aides financières. Dans le même temps, la récession de 2009 a fait exploser les chiffres du chômage et a entraîné une nouvelle vague de précarisation. 97% des emplois créés l’an dernier au Royaume-Uni sont des contrats de travail temporaire. En Allemagne, près de la moitié des nouveaux emplois sont à durée déterminée, sans oublier les 7 millions personnes qui font des "McJobs" payés moins de 400 euros par mois. Au Portugal, 300 000 personnes exercent à temps partiel. En France, 20% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté.

 L’eau au moulin des extrémistes

Selon Guy Standing, le précariat européen est composé de trois groupes. Le premier, assimilable au lumpenprolétariat industriel, est une minorité souvent criminalisée, encline à la violence, telle qu’elle s’est déchaînée il y a quelques semaines dans les rues de Londres. Le deuxième groupe est celui des jeunes instruits, prédisposés à avoir un travail, mais qui, dans la situation actuelle, ne voient plus de possibilité de s’en sortir, tout en continuant à rêver d’un monde meilleur. Ces jeunes-là sont sortis en mai dans les rues de Madrid.

Mais plus important est le troisième groupe, constitué de travailleurs plus âgés : au fil des années, ils ont perdu sécurité matérielle et statut social, se retrouvent marginalisés, et en imputent la responsabilité aux étrangers.

Cette population est un véritable pain béni pour les partis extrémistes et un vrai danger pour l’actuel modèle de société, met en garde l’économiste. Si le précariat représente une menace pour l’Europe, ce n’est pas sous la forme d’émeutes, même si elles se feront certainement plus nombreuses dans les prochaines années. Le véritable danger, c’est justement la montée en puissance des populistes anti-immigrés et anti-européens, soutenus par une part croissante de la population. Sur le dos du précariat âgé prospèrent Marine Le Pen en France, Geert Wilders aux Pays-Bas, les "Vrais Finlandais" en Finlande et les "Démocrates de Suède" en Suède. Quant au précariat jeune, son éventuelle politisation aboutira plus vraisemblablement à une alliance avec l’extrême gauche, avec des mouvements anarchistes ou néo-communistes.

Cela ne présage rien de bon pour l’Europe. Compte tenu de la faiblesse des dirigeants européens face à la crise économique, il est difficile de penser qu’ils seront plus opérationnels face à l’imminente crise sociale. Il ne s’agira plus alors des intérêts nationaux, mais des intérêts générationnels : les conflits se joueront sur le plan intérieur entre les jeunes et les vieux. Aujourd’hui, les élites politiques vieillissantes de l’Europe défendent avant tout les intérêts de leur propre génération, ce qui ne fait qu’aggraver la frustration des jeunes chômeurs.

par Wawrzyniec Smoczyński


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Illustration : Graffiti dans les rues de Madrid (par PacoPan)



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[Sweden] New legislation to help foreign postgraduates stay on

Sunday 27 April

On 1 July this year, new legislation will come into force in Sweden that includes measures which will make it considerably easier for foreign doctoral candidates and students to stay and work in the country after graduating.

An agreement between the outgoing Alliance government and the Swedish Green party will secure a majority vote for the proposal in the parliament. (...) – University World News, by Jan Petter Myklebust, 21 March 2014 Issue No:312

On the Web : Full news here

US : Dwindling tenure posts

vendredi 18 avril

Tenure is dying out at US universities.

The proportion of non-tenure-track and non-tenured faculty posts continues to rise across all US institutions, finds a report by the American Association of University Professors (AAUP) in Washington DC. Losing Focus : The Annual Report on the Economic Status of the Profession, 201314 surveyed 1,159 public and private US institutions and found that the overall proportion of assistant professors in non-tenure-track posts was 23.4 for 201314, compared with 20.8 in 201011. Dwindling tenured and tenure-track posts threaten the ability of scientists to conduct research without interference from funders or administrators, says John Curtis, the report’s lead author and director of research and public policy for the AAUP. - Nature, 508, 277, 09 April 2014

Sur le Web : Read on nature.com

Les coupes budgétaires pèsent sur la recherche académique américaine

jeudi 12 décembre 2013

Aux USA, les répercussions des coupes budgétaires fédérales pour la recherche académique sont bien visibles selon une études récentes :

  • moins de place pour les étudiants dans les labos (stages, doctorat, ...) : - 31% ;
  • moins de CDD à temps partiel : -30% ;
  • moins de postdoctorants : - 24% ;
  • moins de postes fixes dans 22% des cas.

Une recherche académique en récession aux USA...

Étudiants étrangers : la sénatrice Dominique Gillot dépose une proposition de loi visant à améliorer leurs conditions d’accueil et de séjour

vendredi 15 février 2013

« Il n’est (?) ni dans l’intérêt des pays d’origine, ni dans le nôtre, de renvoyer chez eux les étrangers dès la fin de leurs études. Au contraire, c’est après au moins une première expérience professionnelle que ces diplômés pourront, à leur retour chez eux ou à l’international, mettre à profit les compétences acquises en France et en faire la promotion. » Voilà ce qu’écrit Dominique Gillot, sénatrice (PS) du Val d’Oise, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France qu’elle dépose mardi 12 février 2013.

« Droit illimité au séjour » pour les diplômés d’un doctorat français. Dans son article 4, la proposition de loi « crée un droit illimité au séjour en France pour tout diplômé d’un doctorat obtenu en France, à qui la carte ’compétences et talents’ est délivrée sur sa demande ». Il est précisé que « cette disposition a vocation à favoriser les échanges entre les pays d’origine et la France, permettant de développer une coopération économique continue, enrichissante, sans pillage des cerveaux des pays émergents ».

Titularisations loi Sauvadet : du nouveau ?

vendredi 23 novembre 2012
  • Reçu ce jour sur la liste SLR-débats -
    Selon l’AEF (dépêche n° 174978 du 22/11, extraits) :
  • « Le MESR « a obtenu les moyens de créer une voie supplémentaire et réservée d’accès à la fonction publique. En 2013, plus de 2 000 personnes pourront en bénéficier », se réjouit Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, dans un communiqué mercredi 21 novembre 2012, après avoir reçu « les organisations syndicales représentatives dans l’enseignement supérieur et la recherche pour leur annoncer le plan d’action ministériel pour la résorption de l’emploi précaire ». Cette réunion faisait suite au comité technique ministériel du 6 novembre dernier, qui n’avait pas pu se tenir faute de quorum : la CGT, la FSU et FO avaient en effet refusé de siéger pour protester contre les modalités de titularisation des contractuels retenues par le MESR
  • La ministre rappelle que le recensement effectué fait état de 8 400 précaires à ce jour dans les universités et de 1 400 dans les organismes de recherche. Elle se donne « pour objectif de conduire le plan de titularisation en quatre ans ». « En complément, les nouvelles orientations de l’ANR (Agence nationale pour la recherche) vont contribuer à diminuer le flux de nouveaux CDD. En particulier, aucun projet scientifique ne pourra être financé s’il repose à plus de 30 % sur le travail d’agents non titulaires ». »
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