L’édition scientifique : son modèle, ses scandales

Blog MyScienceWork | 6 juillet 2011 | par Laurence Bianchini
jeudi 28 juillet 2011
par  antonin
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En 1665, deux premières revues savantes firent leur apparition : Le Journal des Sçavans et Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Leur objectif était la publication d’articles scientifiques afin de favoriser leur diffusion et de développer l’archivage à long terme des résultats scientifiques. En 2009, il existait environ 24 000 journaux à comité de lecture auxquels quelques 1 million d’auteurs contribuaient. En résultent en moyenne 1,5 million de publications/an lues par 10-15 millions de lecteurs dans plus de 10,000 institutions [1], ces nombres augmentant de 6 à 7 % chaque année. Pour réguler ce foisonnement de publications, des maisons d’édition scientifiques se sont développées avec pour rôle initial la diffusion des résultats scientifiques et le maintien de la qualité des publications. Mais depuis quelques années, des scandales ont entaché la réputation des grandes maisons d’édition dont le fonctionnement même était déjà régulièrement critiqué (business plan, peer-review, prix…)


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Page de couverture de la 1ère édition du journal des sçavans, Paris, 5 January 1665.

De ces éditeurs les trois plus importants sont Thomson Reuters dont Thomson Scientific, Reed Elsevier dont la branche publiant les revues scientifiques et médicales s’appelle Elsevier et Wolters Kluwer qui inclut Springer. Ils représentent à eux seuls 90 % du marché. En parallèle des maisons d’édition, de nouvelles pratiques ont émergé, principalement dues au développement de l’Internet. En particulier, l’open access et l’auto-archivage sont très symptomatiques de la rupture entre le monopole établi par certaines maisons d’édition et l’ouverture totale du web.

 C’est la politique de la maison (d’édition)

Les maisons d’édition scientifiques sont la source d’importants profits dont l’objet marchand est la publication des résultats scientifiques. Les auteurs de ses résultats, qu’ils soient de la recherche académique ou privée, ne cherchent pas à tirer profit de ses publications mais au contraire leur objectif est la diffusion des résultats à des fins collaboratives et d’accroissance de notoriété. La publication de résultats scientifiques, du point de vue des institutions qui les produisent, n’est donc pas lucrative. Au contraire, bien que la soumission d’article à certaines revues reste gratuite ce n’est absolument pas le cas pour toutes les revues. De fait, les tarifs pour publier dans plusieurs revues de prestige sont si élevés qu’ils imposent aux institutions de payer le prix fort pour pouvoir publier dans de grandes revues.

Prenons par exemple le cas de la prestigieuse revue PNAS dans laquelle sont publiés des articles de 6 à 10 pages :

PNAS Plus articles will cost $195 per research article page, with no additional charges for the author summary, color figures, […] extrait de la ligne éditoriale de PNAS

Ainsi, plusieurs revues demandent à la soumission d’un article des frais de plus de 1000 dollars. D’autres revues annoncent que la soumission d’un article dans leur revue est gratuite. Néanmoins, les auteurs et leurs institutions sont souvent amenés à payer des frais « optionnels » pour obtenir des services qui ne sont, eux, absolument pas optionnels. Par exemple, pour inclure une figure en couleur dans un article soumis à Nature :

A contribution towards the total cost of reproduction of colour figures is requested. We currently charge £757.05 for the first colour figure and £270.38 for each additional figure. Inability to pay this charge will not prevent publication of colour figures judged essential by the editors, but this must be agreed with the editor prior to acceptance.

Or, rares sont les articles scientifiques sans graphiques ni schémas.

La communication scientifique écrite se base sur deux étapes : la publication des résultats, dont nous venons de parler, et la lecture des articles diffusant les résultats des autres. Pour accéder aux articles, il est alors nécessaire d’appartenir à une institution, laquelle se sera abonnée à un certain nombre de revues jugées intéressantes tout en tenant compte du budget attribué à ces dépenses.

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Les 10 abonnements les plus chers auxquels est abonnée l’université de Karlsruhe en 2009. Source : http://www.ubka.uni-karlsruhe.de/allg/sonstiges/zsabos.html

Les prix des abonnements aux revues de plus fort impact sont élevés et ne cessent d’augmenter malgré l’abandon progressif des versions imprimées des revues au profit des versions électroniques ainsi que l’amélioration de l’archivage automatique par des machines. Ainsi, pendant la crise économique, les prix des revues scientifiques n’ont cessé d’augmenter (de 4 à 5 % par an) ce qui mit certaines bibliothèques académiques en difficulté après qu’elles aient subi de sévères coupes budgétaires [<1>].

Par ailleurs, la politique des éditeurs dans le domaine du droit d’auteur est telle que les auteurs sont amenés à céder tous leurs droits au profit de l’éditeur. Ces droits autorisent l’éditeur à publier le texte à ses frais puis à être le bénéficiaire des revenus dont le texte sera la source. L’auteur, après avoir cédé ses droits, ne dispose ni d’un accès privilégié à la version publiée en ligne ni au droit d’utiliser son texte sous une autre forme que celle publiée. De la même manière, les auteurs de livres scientifiques de qualité –fruit du labeur intense de plusieurs scientifiques spécialistes du domaine– ne se voient « offrir » en compensation de leur travail qu’une, voire parfois deux, copie(s) de l’ouvrage qu’ils ont eux-mêmes écrit. Ces livres, dont le prix est souvent de plusieurs centaines d’euros, sont donc une offrande de temps et d’énergie faite à la Science mais dont les éditeurs sont de fait les intermédiaires et par la même occasion les banquiers.

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Le business modèle © tomo jesenicnik – Fotolia.com

Néanmoins, certains éditeurs (plus de 60% des éditeurs référencés dans SHERPA RoMEO) autorisent les chercheurs à déposer une copie de leurs articles dans une archive ouverte moyennant une période d’embargo plus ou moins longue.

Ces politiques d’édition sont relativement communes à tous les groupes d’édition scientifique hormis quelques exceptions, dont les revues d’édition en accès libre, ou « open access  », qui ont indépendamment développé un modèle différent de celui décrit jusqu’ici. Il est vrai que l’édition scientifique fonctionne grâce à des chercheurs qui travaillent gratuitement, payent pour publier mais aussi pour lire les publications ce qui est assez surprenant lorsque l’on en apprend le fonctionnement sans être soi-même impliqué dans ce processus vicieux. Celui-ci trouve pourtant sa logique dans l’histoire de la publication scientifique ainsi que de la science en elle-même. En effet, du fait de l’hyperspécialisation des disciplines scientifiques, l’édition scientifique ne peut être confiée à un non-spécialiste comme le serait l’édition d’un roman par exemple. De ce fait, pour juger de la qualité scientifique du contenu d’un article, l’édition scientifique se base sur le « peer-reviewing » ou évaluation par les pairs. Ceci sous-entend de confier le travail de relecture, d’appréciation ou de suggestions/corrections à des chercheurs du domaine scientifique traité par l’article. La confiance que peut mettre un lecteur dans les résultats publiés repose donc sur le travail gratuit des chercheurs ; les mêmes par ailleurs que ceux qui payent pour publier leurs travaux.

Au cours de ce processus, en plus d’être l’intermédiaire entre les auteurs et les référés, l’éditeur est en charge des corrections mineures : niveau de langage, qualité et taille des figures et mises en page finale. Une lecture attentive des consignes de publications met en avant le caractère extrêmement restrictif du processus de soumission : taille des figures, format du texte, vocabulaire à employer… tout est très règlementé et tout est à charge de l’auteur qui le soumet. En somme, la publication d’un article dans un revue de haut prestige est un travail en soit, très couteux, très chronophage et surtout ne permettant qu’une communication limitée aux travaux les plus « à la mode ».

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Evolution des prix des abonnements source : http://www.slideshare.net/brembs/whats-wrong-with-scholarly-publishing-today-ii Modified from ARL : http://www.arl.org/bm doc/arlstats06.pdf, http://www.arl.org/bm doc/arlstat08.pdf

Le plan de financement des quelques plus grandes revues scientifiques se base essentiellement sur les abonnements, personnels ou institutionnels, pour obtenir l’accès aux revues majeures. Force est de noter la pratique des ventes liées appelées « packages » ou « bouquets » de revues, regroupant typiquement une ou deux revues à fort impact associée(s) à plusieurs revues à faibles impacts et dont le sujet n’est peu, ou pas, en lien avec celles qui intéressent l’abonné, (il s’agit des « big deals »).

[…] chaque éditeur a un ou plusieurs contrats-type qui évoluent au cours du temps. Ces contrats incluent, généralement, des clauses de confidentialité qui rendent impossible leur analyse systématique.

Pour simplifier, nous appellerons ‘Big Deal’, un contrat pluriannuel par lequel une bibliothèque s’engage à augmenter le montant total qu’elle consacre à l’achat de revues d’un éditeur. Celui-ci s’engage pour sa part à donner un accès électronique à une collection plus large que celle pour laquelle la bibliothèque a un abonnement papier. Les revues électroniques sont donc vendues sous forme liée. De plus, le prix payé par chaque bibliothèque diffère et dépend des dépenses historiques en abonnements papier

http://www.ecares.org/ecare/persona...

Il est donc habituel, pour les institutions, de s’abonner à un très grand nombre de revues dont l’intérêt n’est pas majeur et ce parce que ce système de package n’est pas contournable.

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Communiquer les résultats scientifiques chez les éditeurs classiques © Laurence Bianchini/MyScienceWork

Malgré une politique tarifaire élevée et la dépossession des droits d’auteur, le premier fléau de ce processus de publication est sa lenteur pouvant aller jusqu’à 10 mois voire plus. Cette durée peut pénaliser une carrière scientifique sachant, par exemple, que plusieurs publications sont nécessaires pour soutenir une thèse de doctorat qui, de son côté, doit être soutenue en 3 ans (délai de plus en plus strict). Lors du processus de soumission et pendant plusieurs mois après le premier envoi de l’article, des échanges de suggestions/corrections s’effectuent entre l’auteur et le référé, par le biais de l’éditeur, pour aboutir soit au rejet sans condition de l’article soit à l’acceptation pour publication avec ou sans modification. Après un travail de correction de plusieurs mois lorsque des expériences supplémentaires ont été demandées par les référés, c’est à ce stade, que l’auteur est contraint de se déposséder de ses droits d’auteur au profit de l’éditeur de manière définitive et irrévocable (sous réserve du respect des conditions de validité des conventions) [2].

En ce qui concerne l’archivage à long terme des publications par des maisons d’éditions fonctionnant selon un système totalement capitaliste, leur fiabilité est controversée et toute confiance ne leur est pas accordée à ce sujet alors que l’archivage numérique est l’argument principal utilisé pour justifier les prix élevés des revues et des plateformes des revues.

 Les scandales autour de l’édition scientifique

Parmi les éditeurs scientifiques Elsevier fut la maison d’édition qui déclencha le plus de scandales. En juin 2007, les éditeurs de la revue médicale The Lancet (appartenant à Reed Elsevier) s’insurgeaient dans un éditorial éthique contre leur maison-mère, accusant celle-ci de promouvoir la vente d’armes. Cette activité, bien que légale, ne semblait pas compatible avec les aspirations de diffusion de la médecine selon les manifestants. De plus, The Lancet était à l’époque très impliquée dans une controverse affirmant que le nombre de morts en Irak était plus élevé que ce qui avait été publiquement annoncé. Plusieurs pétitions ont alors circulé et des manifestations ont regroupé de nombreux chercheurs, médecins et professionnels publiant dans ces revues pour dénoncer un conflit d’intérêt de la part d’Elsevier qui mit fin à ces activités en mai 2007.

Edito de The Lancet (en anglais) : Reed-Elsevier’s hypocrisy in selling arms and health




Les conflits d’intérêt sont particulièrement dérangeant dans les domaines de la santé et de la pharmaceutique comme l’a souligné une autre accusation portée contre Elsevier, en 2009, qui a été cette fois-ci accusé d’avoir publié six fausses revues médicales en réalité sponsorisées par de grands groupes pharmaceutiques et ce dans le but de publier des articles semblables à des articles scientifiques mais dont l’objectif était de promouvoir certaines substances thérapeutiques. S’en suivirent d’autres affaires de publications massives et injustifiées de certains auteurs influents ou encore l’affaire des Ghost writers publiant dans des revues médicales pour le compte de l’industrie pharmaceutique, d’autres cas de faux journaux ou de duplications d’articles. En bref, l’édition scientifique est partiellement corrompue sous couvert de revues à forts impacts lus par des milliers de médecins et de chercheurs.

De plus, malgré le système d’évaluation par les pairs censé garantir la qualité des articles publiés, on remarque que cette sélection n’est pas exempte d’erreurs. Pour exemple, fin 2010 un groupe de chercheurs annonçait avoir découvert une bactérie capable d’intégrer l’arsenic (qui est toxique) à la place du phosphore dans son ADN. Ainsi, lors d’une conférence de presse attendue et très relayée par la presse internationale, le groupe de scientifique et la NASA ont abusivement annoncé la possibilité de nouvelle forme de vie (extraterrestre) très différente de ce que nous connaissions. Après un buzz médiatique important et deux jours seulement après la publication de l’article dans Science, ce résultat fut démenti et ce par le biais de chercheurs contestant – notamment sur leurs blogs et sur Twitter- les méthodes peu fiables et les conclusions hâtives du travail présenté [3]. Ces contestations furent rejetées par la NASA, les auteurs de l’article et l’éditeur, sous prétexte que la discussion n’était pas légitime ni conforme à l’évaluation selon les pairs. L’unanimité des scientifiques-blogeurs/journalistes réussit finalement à faire entendre leur voix et Science publia des commentaires/discussions autour des résultats de la bactérie à l’arsenic mettant sérieusement en défaut le processus de révision par les pairs dans le cas de cet article. Ainsi, pas moins de neuf commentaires furent publiés dans la journée du 3 juin 2011 :

NEWS & ANALYSIS MICROBIOLOGY

Concerns About Arsenic-Laden Bacterium Aired

The debate that erupted 5 months ago over whether a bacterium could thrive on arsenic, even incorporating the element in its DNA, is finally being aired in the scientific literature rather than on blogs. Originally published online by Science on 2 December 2010, the paper describing this potentially unprecedented microbe appears on page 1163 of this week’s issue. Eight Technical Comments, released online last week, formally raise many of the criticisms that were quickly hurled when the study was published online and publicized in a NASA briefing. The scientific exchange is unlikely to be the final word on the contentious issue, all agree, especially because there have yet been no independent studies of the microbe at the center of this spat.
Elizabeth Pennisi, Science 3 June 2011

Technical comments on a bacterium that can grow by using arsenic instead of phosphorus

Wolfe-Simon et al. […] reported that bacterium GFAJ-1 can grow by using arsenic instead of phosphorus. However, the presence of contaminating phosphate in the growth medium, as well as the omission of important DNA purification steps, cast doubt on the authors’ conclusion that arsenic can substitute for phosphorus in the nucleic acids of this organism.
Rosemary J. Redfield, Science 3 June 2011

 Les universités boycottent les éditeurs scientifiques

En parallèle de ces scandales, les politiques de bouquets de revues ainsi que les prix élevés des abonnements institutionnels ont, ces dernières années, fait l’objet de plusieurs boycotts de la part de grandes universités. Le prestigieux institut Max-Planck avait annulé son abonnement chez Springer dès 2007 car aucun accord sur les prix et les services n’avait pu être trouvé. Ensuite début 2010, les universités de Californie engagèrent un duel puis un boycott des revues du groupe Nature Publishing Group (NPG), accusant cette dernière de hausse de prix de plus de 400 % en plein cœur de la crise économique et alors que les universités de Californie fournissent au groupe NPG une grande partie de ces publications. Puis, fin 2010 ce fut au tour de l’université Pierre et Marie Curie (UPMC) d’annuler son contrat avec Elsevier vraisemblablement pour des raisons similaires.

Parmi les nombreux scandales ayant touché l’édition scientifique, nous n’avons ici évoqué que les plus retentissants. Avec les boycotts des éditeurs par les universités, ils mettent en avant les dérives d’un système lucratif soumis au monopole de quelques grands éditeurs. Les scientifiques, somme toute des êtres humains avant tout, sont les victimes mais aussi les garants de ce système empirique.

 Évaluer la recherche scientifique

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Une compétition néfaste à l’évolution d’une science internationale et collaborative. source : © ioannis kounadeas - Fotolia.com

Une fonction récente de la bibliographie est l’évaluation des scientifiques par leurs publications. Cette pratique a malheureusement induit un dévoiement de la publication scientifique. Aujourd’hui, en plus de son caractère de diffusion des résultats scientifiques –ce qui n’est en somme que de la communication– le taux de publication et l’impact de ces publications sont les facteurs-clefs grâce auxquels le travail de recherche des scientifiques est évalué.

De fait, les revues scientifiques sont classées par ordre d’importance du contenu grâce notamment au facteur d’impact (Impact Factor IF) et à l’eigenfactor afin que les lecteurs ne soient pas noyés dans l’abondance des revues mais puissent aisément s’orienter vers les journaux à plus forts impacts. Ces deux facteurs sont calculés par des sous-branches de Thomson Reuters et incluent de nombreuses bases de données d’articles scientifiques dont les plus connues sont Web of Science® pour Thomson et Scopus® pour Elsevier.

Le facteur d’impact est le rapport entre le nombre de citations reçues par un périodique pendant deux ans et le nombre d’articles publiés par ce périodique pendant la même période.

Journal : EMBO Journal

Citations en 2005 d’articles publiés en : 2004 – 4314
en : 2003 – 6624
2004+2003 : 10938

Nombre d’articles publiés en : 2004 – 462
en : 2003 – 626
2004+2003 : 1088

Facteur d’impact : citations d’articles récents/Nbre d’articles récents = 10.053 = IF

De nos jours, ce classement des revues permet en outre de classer l’importance des études d’un scientifique suivant le journal dans lequel il aura été publié. Il fournit ainsi un moyen simple de « noter » les scientifiques en parallèle de l’indice de Hirsch (ou h-index) qui quantifie le nombre total de publications d’un individu et le niveau de citation de ses publications (sous le nom « citations reports » des auteurs dans ISI Web of Scienceaccessible aux abonnés uniquement).

Cependant, ces indices d’évaluation sont régulièrement critiqués pour leur manque de transparence, leur caractère peu reproductible et les critères de classement qu’ils induisent, privilégiant la quantité plus que la qualité. L’intégrité de ces facteurs a aussi déjà été remise en question et le classement des revues a été récemment supprimé en Australie :

This approach [the abandon of the global factors, IF etc.] will allow experts to make judgements about the quality of journals in the context of each discipline.

(Cette approche [l’abandon des indices d’évaluation globaux, IF etc.] permettra aux experts de juger de la qualité des journaux indépendamment dans chaque discipline.) Professor Sheil

Notons par ailleurs que le très controversé « Classement de Shanghai » juge de la qualité des universités notamment par rapport au nombre d’articles publiés dans les deux revues Nature et Science.

L’utilisation de la bibliographie à des fins d’évaluation de la recherche, légitime en un sens, a pourtant induit un changement des pratiques de publications. Ainsi, parfois, des résultats sont publiés prématurément plutôt que d’être travaillés avec attention. La quête du « Nature » ou du « Science » engendre parfois une perte de temps importante lorsque l’article soumis peine à passer la barrière des multiples référés et d’autres articles furent parfois publiés à tort puis démentis par des études plus poussées. Afin de sonner l’alarme, certains font parfois référence à ce dévoiement de la publication scientifique par l’usage de la phrase : « Publie ou Péris » (« Publish or Perish »). Cette phrase fait référence à l’impact de la publication sur l’évolution de la carrière et les promotions d’un scientifique. Ainsi de nos jours, l’obtention d’un poste au CNRS passe forcément par un nombre minimum de publications dont certaines dans des revues à fort impact. En conséquence de quoi, comme nous l’avons constaté grâce au cas de la bactérie à l’arsenic, des données importantes ont parfois été insuffisamment traitées.

En conclusion, les critères d’impact des publications et des recherches qui sont utilisés semblent plus être des critères de visibilité que de qualité. Par ailleurs, cette compétition entre scientifiques est probablement en partie la cause de la faible exploitation des pratiques sociales de partage de données. En effet, le Web 2.0 ne promeut pas un esprit de compétition entre ses membres mais favorise plutôt les initiatives de partage de données, la consultation et la discussion. La communication scientifique par les éditeurs classiques est un pilier de ce système qui fut plusieurs fois ébranlé par des considérations morales et éthiques ces dernières années et autour duquel s’élèvent des doutes sur son intégrité et des critiques de son système de financement.

Les nouvelles pratiques de la diffusion scientifique, et notamment l’open access, bien qu’elles ne soient pas systématiquement entrées dans les pratiques courantes, offrent une alternative intéressante et démocratique pour favoriser l’accès aux publications ainsi que la visibilité des scientifiques tout en proposant des contenus de qualité. Par la même occasion, la communication scientifique, s’affranchissant du système imposé par les éditeurs, sera ainsi en position de repenser son système en permettant par exemple aux auteurs de se réapproprier la publication de leurs résultats selon des formats moins rigides.


Lire sur le Blog MyscienceWork

En savoir plus :

1) L’évolution de la pratique des réseaux sociaux en science, L. Bianchini, MyScienceWork 2011, http://blog.mysciencework.com/2011/...

2) L’open access : vers une nouvelle pratique de la communication scientifique, L. Bianchini, MyScienceWork 2011, http://blog.mysciencework.com/2011/...

3) Periodicals Price Survey 2011 | Under Pressure, Times Are Changing, S. Bosch, K. Henderson, H. Klusendorf, 2011, http://www.libraryjournal.com/lj/lj...

4) Elsevier a boycotter ?, Owni, http://ownisciences.com/2010/11/02/...

5) Conclusions du Conseil sur l’information scientifique à l’ère numérique : accès, diffusion et conservation, 2007, http://www.consilium.europa.eu/ueDo...

6) Escape from the impact factor, P. Campbell, Nature, 2008, http://www.knowtex.com/nav/escape-f...

7) La liste Sherpa des éditeurs scientifiques : http://www.sherpa.ac.uk/romeo/browse.php

8) LES GHOSTWRITERS DES SOCIÉTÉS PHARMACEUTIQUES, OWNI 2011, http://owni.fr/2011/06/10/les-ghost...

Illustration de l’article : "La Cité des Livres" par Schuiten


[1] L’évolution de la pratique des réseaux sociaux en science, L. Bianchini, MyScienceWork, 2011, http://blog.mysciencework.com/2011/...

[2] Aspects juridiques de la publication scientifique : Guide pratique à l’attention des membres de la communauté universitaire, Laurence Thys, (2009) http://orbi.ulg.ac.be/bitstream/226...

[3] INTOXICATION MÉDIATIQUE À L’ARSENIC, 2011, http://www.knowtex.com/nav/intoxica...



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Brèves

[Sweden] New legislation to help foreign postgraduates stay on

Sunday 27 April

On 1 July this year, new legislation will come into force in Sweden that includes measures which will make it considerably easier for foreign doctoral candidates and students to stay and work in the country after graduating.

An agreement between the outgoing Alliance government and the Swedish Green party will secure a majority vote for the proposal in the parliament. (...) – University World News, by Jan Petter Myklebust, 21 March 2014 Issue No:312

On the Web : Full news here

US : Dwindling tenure posts

vendredi 18 avril

Tenure is dying out at US universities.

The proportion of non-tenure-track and non-tenured faculty posts continues to rise across all US institutions, finds a report by the American Association of University Professors (AAUP) in Washington DC. Losing Focus : The Annual Report on the Economic Status of the Profession, 201314 surveyed 1,159 public and private US institutions and found that the overall proportion of assistant professors in non-tenure-track posts was 23.4 for 201314, compared with 20.8 in 201011. Dwindling tenured and tenure-track posts threaten the ability of scientists to conduct research without interference from funders or administrators, says John Curtis, the report’s lead author and director of research and public policy for the AAUP. - Nature, 508, 277, 09 April 2014

Sur le Web : Read on nature.com

Les coupes budgétaires pèsent sur la recherche académique américaine

jeudi 12 décembre 2013

Aux USA, les répercussions des coupes budgétaires fédérales pour la recherche académique sont bien visibles selon une études récentes :

  • moins de place pour les étudiants dans les labos (stages, doctorat, ...) : - 31% ;
  • moins de CDD à temps partiel : -30% ;
  • moins de postdoctorants : - 24% ;
  • moins de postes fixes dans 22% des cas.

Une recherche académique en récession aux USA...

Étudiants étrangers : la sénatrice Dominique Gillot dépose une proposition de loi visant à améliorer leurs conditions d’accueil et de séjour

vendredi 15 février 2013

« Il n’est (?) ni dans l’intérêt des pays d’origine, ni dans le nôtre, de renvoyer chez eux les étrangers dès la fin de leurs études. Au contraire, c’est après au moins une première expérience professionnelle que ces diplômés pourront, à leur retour chez eux ou à l’international, mettre à profit les compétences acquises en France et en faire la promotion. » Voilà ce qu’écrit Dominique Gillot, sénatrice (PS) du Val d’Oise, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France qu’elle dépose mardi 12 février 2013.

« Droit illimité au séjour » pour les diplômés d’un doctorat français. Dans son article 4, la proposition de loi « crée un droit illimité au séjour en France pour tout diplômé d’un doctorat obtenu en France, à qui la carte ’compétences et talents’ est délivrée sur sa demande ». Il est précisé que « cette disposition a vocation à favoriser les échanges entre les pays d’origine et la France, permettant de développer une coopération économique continue, enrichissante, sans pillage des cerveaux des pays émergents ».

Titularisations loi Sauvadet : du nouveau ?

vendredi 23 novembre 2012
  • Reçu ce jour sur la liste SLR-débats -
    Selon l’AEF (dépêche n° 174978 du 22/11, extraits) :
  • « Le MESR « a obtenu les moyens de créer une voie supplémentaire et réservée d’accès à la fonction publique. En 2013, plus de 2 000 personnes pourront en bénéficier », se réjouit Geneviève Fioraso, ministre de l’ESR, dans un communiqué mercredi 21 novembre 2012, après avoir reçu « les organisations syndicales représentatives dans l’enseignement supérieur et la recherche pour leur annoncer le plan d’action ministériel pour la résorption de l’emploi précaire ». Cette réunion faisait suite au comité technique ministériel du 6 novembre dernier, qui n’avait pas pu se tenir faute de quorum : la CGT, la FSU et FO avaient en effet refusé de siéger pour protester contre les modalités de titularisation des contractuels retenues par le MESR
  • La ministre rappelle que le recensement effectué fait état de 8 400 précaires à ce jour dans les universités et de 1 400 dans les organismes de recherche. Elle se donne « pour objectif de conduire le plan de titularisation en quatre ans ». « En complément, les nouvelles orientations de l’ANR (Agence nationale pour la recherche) vont contribuer à diminuer le flux de nouveaux CDD. En particulier, aucun projet scientifique ne pourra être financé s’il repose à plus de 30 % sur le travail d’agents non titulaires ». »
Sur le Web : Lire la suite sur SLR
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